Accueil
Qui suis-je?
Ma généalogie
Mon environnement
Mes voyages
Mon Portfolio
Dernières nouvelles
Mes liens

 

Boite aux lettres

 

 

 

Mon aventure au Népal 1993

Je rejoins mes compagnons de trek.

page précédente

page suivante

                   

            Je viens de passer une excellente nuit. Par l'escalier extérieur, je descends de la chambre et retrouve Ramzi dans la grande salle qui sert à la fois de cuisine et de salle à manger. Dans un angle de la pièce, assise en tailleur, la patronne s'active à ranimer le feu et à préparer le petit déjeuner. A l'autre bout de la pièce, dans un hamac un bébé dort du sommeil des justes. Deux murs de la salle sont occupés par le vaisselier dont les plats à "dal bat", les tasses à thé et autres ustensiles en inox reluisent.

 

            Les gestes de cette vieille sont empreints d'une grande sérénité. Assise à même le sol, elle a à portée de main tous les ustensiles et tous les produits dont elle a besoin pour cuisiner. Le fourneau fait à peine 30 cm de haut, 50 de large et un mètre de long. Il est entouré de petits tapis pour permettre au visiteur de venir se réchauffer à ses cotés. Elle tire à elle une planche ronde et épaisse et la saupoudre de farine. Avec son rouleau à pâtisserie, elle étale la pâte pour faire un chapati. J'admire la façon dont elle utilise son fourneau, en déplaçant la marmite, la bouilloire et la poêle pour leur donner la bonne température de cuisson. Sur le bord, à même la fonte, elle dépose la pâte du chapati qu'elle tourne et retourne au gré de la cuisson, Pendant ce temps, sa fille balaye la terrasse.

 

              Hier soir, j'ai découvert un Ramzi paternelle. La fille de la patronne lui avait confié son enfant pour servir les clients et c'est avec beaucoup de talent qu'il a joué les nounous, chantant des chansons qui m'ont fait pensé qu'il faudra que je l'enregistre.

 

            Aujourd'hui Ramzi n'est pas pressé de partir. Je me suis rendu compte que maintenant que je porte mon sac à dos et mon camescope, mes deux sacs de voyage sont à moitié pleins et constituent des charges déséquilibrées. Je propose à Ramzi de tout rentrer dans le plus grand de mes sacs. Une fois cette réorganisation faite, nous reprenons notre route. Nous traversons des gorges de plus en plus profondes. La Marsyangdi a de plus en plus de difficultés à s'y frayer un chemin. Par moment, elle a été contrainte de creuser un sillon très profond pour passer. Lorsque nous sommes à son niveau ou lorsque nous l'enjambons par une passerelle suspendue, nous sommes assourdis par le bouillonnement de ses eaux. Les cascades se font de plus en plus nombreuses et de tous côtés elles sortent de la montagne pour grossir ses flots tumultueux. La forêt elle-même se fait plus dense et les lieux cultivables se font plus rares.

 

            Tout à coup notre chemin surplombe un grand replat où la Marsyangdi cesse de dévaler les pentes comme pour prendre un peu de repos. Elle fait même quelques méandres au milieu d'un grand espace herbeux totalement plat. Au fond un village apparaît, c'est Tal (altitude 1700 m). A l'entrée nous passons sous un porche, c'est le signe que nous sommes dans une ville bouddhiste. A l'autre bout, quelques lodges très colorées ont installé des tables sur la rue. Ramzi me fait servir un thé et préparer mon déjeuner. Comme hier, il disparaît dès que je passe à table.

 

            Pendant que j'avale mon plat de riz, on me tape sur l'épaule. En me retournant, je découvre un jeune garçon qui me tend un papier et me demande si c'est bien moi sur la photo. C'est mon permis de trek qui, en deux jours, a réussi à me rattraper. Comment un gamin a-t-il pu parcourir deux à trois cents kilomètres pour retrouver quelqu'un qu'il n'a jamais vu? Cela restera pour moi un mystère! Mais le Népal, c'est cela!

 

            Le gamin semble accompagné d'un copain. Lorsque Ramzi réapparaît, ils me demandent si je n'ai pas des médicaments. Le copain me montre sa jambe où une grosse plaie est couverte d'une épaisse croûte. Je me transforme en infirmier. Après lecture des différentes notices de ma pharmacie, je pulvérise un désinfectant et j'applique une compresse. Je ne suis pas très certain que le remède sera efficace, mais le gamin est satisfait et, devant ce succès, le porteur de mon permis en profite pour me demander de faire quelque chose à une ampoule qu'il s'est fait. Etonné par le nombre de médicaments que je possède, Ramzi me demandera plus tard si je ne suis pas médecin. Bien que je lui aie expliqué quel était mon travail, je ne suis pas convaincu qu'il m'ait cru.

 

            Comme Ramzi n'est pas pressé de partir, j'en profite pour m'approcher de la grande cascade qui, à la sortie nord de la ville, tombe dans un trou. A son pied, la chute de ses eaux crée une bruine qui recouvre

immédiatement mes lunettes et me fait battre en retraite. Sur un petit monticule, trois jeunes décryptent le contenu d'un livre à grand renfort de commentaires.

 

            De retour, une jeune femme m'invite à visiter son échoppe. Je me laisse prendre au piège. Elle me commente les uns après les autres, les bijoux, boites, couteaux, chapelets et autres produits de l'artisanat népalais que l'on trouve à Katmandou, mais aussi dans tous les villages et bords de chemins que je viens de traverser. Le plus étonnant est que tous ces produits sont présentés comme des produits tibétains et non pas népalais, alors qu'ils sont tous fabriqués au Népal.

 

            Enfin, après un dernier thé, nous nous décidons à quitter Tal. La route ne cesse de monter et de descendre pour franchir les falaises bordant chacun des méandres de la rivière. A tous moments nous changeons de rive. A l'entrée de Bagarchhap, nous rattrapons enfin le groupe de français avec lesquels je dois marcher. L'accueil est plus que froid. Ils ont le sentiment que l'agence fait des affaires sur leur dos en économisant un guide. Je leur explique, comme je peux, que c'est moi qui ait poussé à cette solution, mais mes arguments et mon embarras n'arrivent pas à les convaincre. Désespéré, j'en arrive à proposer de faire route séparée. Ils m'assurent alors qu'ils n'ont rien contre moi, mais continuent à râler.

 

            Philippe est parisien, il travaille pour l'Aérospatiale. Régis est Orléanais, c'est un commercial. Pendant un temps j'ai cru qu'ils étaient frères car ils ont le même pantalon et la même casquette aux couleurs bariolées. Ils ont fait de nombreux treks et voyages ensemble. Ils ont visité de nombreux pays et c'est leur passion des voyages qui les a fait se connaître. Ils font d'ailleurs partie d'une association de routards qui se réunit régulièrement pour visionner les photos de leur exploits. Ils vérifient tous les prix : "ici le Coca est 20 roupies plus cher qu'à Katmandou". Moi, j'en suis encore à faire de savants calculs pour convertir en francs ce que j'achète. Il faut dire, qu'ici où il n'y a pas de pièces de monnaie, on est vite envahi par les billets et si on sort un billet de 1000 roupies (130 frs) on crée une véritable révolution. Les népalais qui vous entourent, ont leurs yeux qui se transforment en compteur de caisse enregistreuse et celui à qui on tend le billet est contraint de partir dans l'arrière boutique pour vous rendre la monnaie. On a donc toujours le sentiment de dépenser des fortunes, et mes calculs s'avèrent nécessaires pour relativiser la chose.

 

            Régis et Philippe sont aussi très attachés à avoir une douche chaude. L'"hot shower" est le plus qu'offrent certaines lodges, mais il vaut mieux vérifier si la publicité est exacte. En général, l'eau est chauffée par un capteur solaire fonctionnant en thermosiphon et posé sur le toit d'une terrasse. Il ne faudrait pas en déduire que les lodges sont équipées de douches carrelées avec des robinets thermostatiques. Les douches, comme les W-C., sont des baraques en bois situées au fond du jardin et il ne faut pas être trop exigeant sur la propreté et les commodités qu'elles offrent. Pour ma part, ayant fait le choix de limiter ma propreté au strict minimum, je ne les ai jamais utilisées. Les W-C. ne sont pas mieux. C'est souvent un trou dans le plancher, mais avec leur volonté de satisfaire le client, les népalais ont tenté d'imiter les W-C. à la turque que nous connaissons. Le résultat est parfois surprenant. Il y a parfois deux morceaux de bois, imitant les repose-pied, mais soit ils vous mettent en total déséquilibre, soit ils vous interdisent de bien viser le trou. Dans la lodge d'hier, ils n'avaient rien trouvé de mieux que d'ajouter une caisse de 50 ou 60 cm de haut sur laquelle il fallait monter pour faire ses besoins. Les recommandations inscrites sur le permis de trek, vous ordonnent de ne pas jeter les papiers toilette que vous utilisez, ils pourraient s'envoler sous l'effet du vent et aller déflorer la nature. En général, un bidon est prêt à les accueillir, un autre est plein d'eau, au cas où un nettoyage s'impose.

 

            Ce soir à Bagarchhap, il fait froid. Nous sommes à 2164 mètres d'altitude et le village est à l'ombre depuis un bon moment lorsque la nuit tombe. Régis et Philippe ont refusé de s'installer dans plusieurs lodges qui n'avaient pas de "hot shower". Nous en trouvons enfin une qui est d'aspect assez moderne et qui leur convient. Notre guide "Chandra" leur attribue une chambre et me loge dans une autre en compagnie d'un allemand. Un tuyau de poêle traverse la pièce et passe à côté de mon lit. Par le plancher, comme par le tuyau, il sort une fumée qui rend l'atmosphère irrespirable. Au Népal, on ne connaît pas encore l'étanchéité des bâtiments. On aime les courants d'air et, notamment les cuisines, sont enfumées par le fourneau dont la moitié de la combustion se fait dans la pièce elle-même. Il n'est pas rare qu'il n'y ait pas de cheminée. Aussi de nombreux népalais ont des problèmes pulmonaires.

 

            Je demande à changer de chambre et on m'en donne une autre où je me retrouve avec deux autres allemands. Dans la journée, les batteries de mon camescope m'ont lâché, je sors le chargeur et effectue les raccordement avec ma batterie solaire, mais impossible d'en tirer la moindre électricité. Désespéré, pensant que le froid est la cause de cette difficulté, je rejoins, tout penaud, mes compagnons pour le repas du soir. Dans la grande salle, je retrouve mes voisins d'avion, un couple d'infirmiers de Montpellier qui font aussi le tour des Annapurna. Ils sont avec un porteur qu'ils ont recruté à Dumré. Nous dînons ensemble. Après avoir passé commande et s'être assuré que nous sommes bien servis, Chandra rejoint nos deux porteurs pour prendre son repas. Je réalise ainsi que lorsque Ramzi me quittait, c'était pour aller prendre son repas avec ses compatriotes.

Suite