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Mon aventure au Népal 1993

De Bagarchhap à Chame

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            En me couchant, je n'ai pas pris conscience de l'importance du froid que je devrai affronter. Je ne me suis pas mieux équipé que les jours précédents, aussi, j'ai mal dormi. Profitant de cet éveil forcé et inquiet de devoir abandonner mon caméscope, je me remémores les gestes fait hier soir et j'en conclue que j'ai dû faire une erreur de branchement. Le réveil de mes compagnons de chambre donne à 6 h le signal du lever du jour. Je vérifie immédiatement mes hypothèses et procède à un nouvel essai. Ca marche! Ouf! Mais je n'ai pas les deux heures nécessaires au chargement. Je devrai donc me passer de caméscope. Tant pis, je ferai de la photo.

 

            Je retrouve mes compagnons dans la cour de la Lodge où nous nous faisons servir des "Tibetan Breads" à la confiture et bien entendu du thé. Depuis le début du trek, je remonte la Marsyangdi dans une direction sud-nord. A partir de Bagarchhap la vallée change radicalement d'orientation et se dirige vers l'ouest. Par contre la Dudh Khola part en direction du nord-nord/est. C'est cette vallée qui conduit au célèbre Manaslu. Ce 31/10/93, je suis donc au coeur de l'Himalaya, entre la chaîne des Annapurna et celle du Manaslu.

 

            La marche du jour ne va pas être très longue, mais le paysage change considérablement. La vallée est très profonde et ne nous laisse apercevoir que rarement les très hauts sommets qui sont derrière. Elle me rappelle la vallée de Viella dans les Pyrénées que j'ai découverte cet été. Mais ici, les proportions sont multipliées par trois, voire quatre. Cette comparaison avec les Pyrénées n'est pas la seule à faire. En se heurtant avec le continent asiatique, la plaque indienne a soulevé le plateau tibétain (tout comme le Haut Aragon a été soulevé), mais sur l'autre versant, des vallées perpendiculaires à la chaîne, profondes et abruptes, permettent d'accéder soit aux plateaux tibétains, soit à des vallées d'altitude parallèles à la chaîne. C'est ainsi qu'en quittant Bagarchhap, nous allons grimper très durement, au travers d'une forêt très dense, jusqu'à Pisang (3185 m) où nous accéderons à ce plateau.

           

            A Dhanagyu, une heure et demie après notre départ, deux sommets enneigés nous apparaissent: à l'est c'est le Phungi (6398 m) et au sud un sommet de 4487 mètres dont ma carte ne donne pas le nom. Nous sommes tout excités par ces deux sommets, nous voudrions tant voir les Annapurna pourtant si proches. Nous sommes déçus de constater qu'aucun guide n'est capable de nous donner le nom exact de ceux-ci. C'est avec ma boussole et ma carte au 1/150 000° que je parviens à les situer. Je m'apercevrai plus tard, qu'il est rare que nos guides connaissent les montagnes qu'ils font visiter. Il faut reconnaître qu'elles n'ont pas des caractéristiques qui permettent de les identifier à coup sûre. La boussole est indispensable pour cela. Tout au long de mon séjour, j'apprendrai à Chandra à s'en servir et je lui en ferai cadeau avant de le quitter.

 

            Chandra est jeune, il a 21 ans et a déjà fait une dizaine de fois le tour des Annapurna. Il parle anglais, mais son vocabulaire est encore limité. Comme beaucoup de népalais, il est conscient du plus que lui apporterait une bonne connaissance de cette langue. Tous les soirs, il tient la comptabilité du groupe et étudie attentivement une méthode d'initiation à la langue anglaise. Il apprend très vite. A notre contact, il n'a eu aucun mal à détecter quelques phrases courantes de français et à nous les ressortir. Il est célibataire et très attaché à son "look". Je découvrirai plus tard qu'à l'inverse de nos deux porteurs, c'est un gourung, donc un bouddhiste.

 

            Kamal est le deuxième porteur. Il a un faciès mongol. Il est habillé d'un survêtement jaune, alors que Ramzi est vêtu d'une sorte de pyjama blanc, un peu usé, et presque toujours coiffé d'un bonnet en laine. Tous les trois sont salariés de l'agence, mais la hiérarchie est forte. Dès que Chandra apparaît, Ramzi et Kaml lui cèdent la meilleure place. Kamel est le plus discret des trois. Cela ne veut pas dire qu'il ne soit pas attentif à tout. C'est lui qui a le plus de difficultés à s'exprimer en anglais, cela ne l'empêche pas de nous signaler tous les petits pièges de notre marche et de nous soulager de bien des démarches.

 

            A dix heures, nous nous arrêtons à nouveau pour boire un thé et nous en profitons pour déguster du "Yack cheese". C'est très bon et nous sommes étonnés que ce fromage ne soit jamais inscrit sur les menus qui nous sont présentés dans les lodges. A 11 h l'Annapurna II nous apparaît enfin. Il domine la vallée. Je m'empresse de le photographier. Les Annapurna sont numérotés en fonction de leur hauteur, c'est ainsi que l'Annapurna deux s'élève à 7937 mètres.

 

            En approchant le village de Kodo, notre route est à nouveau bordée de poteaux électriques. Chame, que nous atteignons à midi et demie, est équipée d'une petite centrale électrique. Celle-ci sert la nuit pour les besoins en éclairage. Dans la journée, elle alimente de petites unités industrielles, vraisemblablement une scierie.

 

            En entrant dans Chame, je vois un panneau "Post Office" et un autre "Central Télécommunication". Nous traversons le village qui est assez grand et situé en ubac. Les lodges ne sont pas extraordinaires. Changra nous en fait visiter plusieurs. A force de chercher, nous traversons toute la ville et un pont suspendu. C'est à sa sortie que nous trouvons un ensemble de lodges modernes, bien ensoleillées et avec une très belle vue sur le Phungi à l'Est et sur l'Annapurna II et le Lamjung Himal (6983 m), au sud. La vue est impressionnante. Nous sommes à moins de 7 km de ce sommet.

 

            Le temps de nous faire servir notre déjeuner, il est 15 h.. Pendant que mes compagnons vont se baigner et laver leur linge dans la source d'eau chaude qui sort du bord de la rivière, je retourne à Chame pour voir si je peux téléphoner à ma famille. Au fond d'une cour boueuse où des poules s'activent, ce qui me fait penser à la ferme qui avait hébergé mes parents pendant la débâcle, je trouve le préposé. Il est équipé d'une grosse veste et tente de se réchauffer en faisant les cent pas. Je lui demande si je peux téléphoner, il me répond qu'on ne peut qu'envoyer des   

télégrammes. Ensemble, nous montons au "Central Télécommunication Office", une pièce très sombre située à l'étage de ce que j'ai pris pour une ferme. Il s'installe derrière son bureau, une grande table recouverte par de nombreux papiers. On doit pouvoir y retrouver tous les derniers télégrammes. Il me tend un formulaire sur lequel j'écris "APRES 3 JOURS DE MARCHE SUIS A CHAME AU PIED DE ANNAPURNA 2 - ANDRE".

 

            Pour trouver le tarif, il sort de dessous les papiers, une brochure qui me fait penser aux livres que consultait mon grand père pour faire ses métrés. A ce moment, sa relève entre et il lui abandonne sa tâche. Ce dernier rédige un reçu qu'il découpe comme il peut. Faute de règle, il utilise son stylo à bille. Puis il me

rend la monnaie, avec des billets sortis du portefeuille pris dans sa veste. Nous sommes loin des principes de la gestion comptable de notre poste! Mais ici, tout est si différent!

 

            A mon retour à la lodge, le soleil est déjà couché et le froid est déjà très présent. Je descends tout de même à la source d'eau chaude pour me laver les pieds. L'eau y est vraiment chaude.

 

Repos dans une lodge de Chame

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