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En me couchant, je
n'ai pas pris conscience de l'importance du froid que je
devrai affronter. Je ne me suis pas mieux équipé que les jours
précédents, aussi, j'ai mal dormi. Profitant de cet éveil
forcé et inquiet de devoir abandonner mon caméscope, je me
remémores les gestes fait hier soir et j'en conclue que j'ai
dû faire une erreur de branchement. Le réveil de mes
compagnons de chambre donne à 6 h le signal du lever du jour.
Je vérifie immédiatement mes hypothèses et procède à un nouvel
essai. Ca marche! Ouf! Mais je n'ai pas les deux heures
nécessaires au chargement. Je devrai donc me passer de
caméscope. Tant pis, je ferai de la photo.
Je retrouve mes
compagnons dans la cour de la Lodge où nous nous faisons
servir des "Tibetan Breads" à la confiture et bien entendu du
thé. Depuis le début du trek, je remonte la Marsyangdi dans
une direction sud-nord. A partir de Bagarchhap la vallée
change radicalement d'orientation et se dirige vers l'ouest.
Par contre la Dudh Khola part en direction du nord-nord/est.
C'est cette vallée qui conduit au célèbre Manaslu. Ce
31/10/93, je suis donc au coeur de l'Himalaya, entre la chaîne
des Annapurna et celle du Manaslu.
La marche du jour
ne va pas être très longue, mais le paysage change
considérablement. La vallée est très profonde et ne nous
laisse apercevoir que rarement les très hauts sommets qui sont
derrière. Elle me rappelle la vallée de Viella dans les
Pyrénées que j'ai découverte cet été. Mais ici, les
proportions sont multipliées par trois, voire quatre. Cette
comparaison avec les Pyrénées n'est pas la seule à faire. En
se heurtant avec le continent asiatique, la plaque indienne a
soulevé le plateau tibétain (tout comme le Haut Aragon a été
soulevé), mais sur l'autre versant, des vallées
perpendiculaires à la chaîne, profondes et abruptes,
permettent d'accéder soit aux plateaux tibétains, soit à des
vallées d'altitude parallèles à la chaîne. C'est ainsi qu'en
quittant Bagarchhap, nous allons grimper très durement, au
travers d'une forêt très dense, jusqu'à Pisang (3185 m) où
nous accéderons à ce plateau.
A Dhanagyu, une
heure et demie après notre départ, deux sommets enneigés nous
apparaissent: à l'est c'est le Phungi (6398 m) et au sud un
sommet de 4487 mètres dont ma carte ne donne pas le nom. Nous
sommes tout excités par ces deux sommets, nous voudrions tant
voir les Annapurna pourtant si proches. Nous sommes déçus de
constater qu'aucun guide n'est capable de nous donner le nom
exact de ceux-ci. C'est avec ma boussole et ma carte au 1/150
000° que je parviens à les situer. Je m'apercevrai plus tard,
qu'il est rare que nos guides connaissent les montagnes qu'ils
font visiter. Il faut reconnaître qu'elles n'ont pas des
caractéristiques qui permettent de les identifier à coup sûre.
La boussole est indispensable pour cela. Tout au long de mon
séjour, j'apprendrai à Chandra à s'en servir et je lui en
ferai cadeau avant de le quitter.
Chandra est jeune,
il a 21 ans et a déjà fait une dizaine de fois le tour des
Annapurna. Il parle anglais, mais son vocabulaire est encore
limité. Comme beaucoup de népalais, il est conscient du plus
que lui apporterait une bonne connaissance de cette langue.
Tous les soirs, il tient la comptabilité du groupe et étudie
attentivement une méthode d'initiation à la langue anglaise.
Il apprend très vite. A notre contact, il n'a eu aucun mal à
détecter quelques phrases courantes de français et à nous les
ressortir. Il est célibataire et très attaché à son "look". Je
découvrirai plus tard qu'à l'inverse de nos deux porteurs,
c'est un gourung, donc un bouddhiste.
Kamal est le
deuxième porteur. Il a un faciès mongol. Il est habillé d'un
survêtement jaune, alors que Ramzi est vêtu d'une sorte de
pyjama blanc, un peu usé, et presque toujours coiffé d'un
bonnet en laine. Tous les trois sont salariés de l'agence,
mais la hiérarchie est forte. Dès que Chandra apparaît, Ramzi
et Kaml lui cèdent la meilleure place. Kamel est le plus
discret des trois. Cela ne veut pas dire qu'il ne soit pas
attentif à tout. C'est lui qui a le plus de difficultés à
s'exprimer en anglais, cela ne l'empêche pas de nous signaler
tous les petits pièges de notre marche et de nous soulager de
bien des démarches.
A dix heures, nous
nous arrêtons à nouveau pour boire un thé et nous en profitons
pour déguster du "Yack cheese". C'est très bon et nous sommes
étonnés que ce fromage ne soit jamais inscrit sur les menus
qui nous sont présentés dans les lodges. A 11 h l'Annapurna II
nous apparaît enfin. Il domine la vallée. Je m'empresse de le
photographier. Les Annapurna sont numérotés en fonction de
leur hauteur, c'est ainsi que l'Annapurna deux s'élève à 7937
mètres.
En approchant le
village de Kodo, notre route est à nouveau bordée de poteaux
électriques. Chame, que nous atteignons à midi et demie, est
équipée d'une petite centrale électrique. Celle-ci sert la
nuit pour les besoins en éclairage. Dans la journée, elle
alimente de petites unités industrielles, vraisemblablement
une scierie.
En entrant dans
Chame, je vois un panneau "Post Office" et un autre "Central
Télécommunication". Nous traversons le village qui est assez
grand et situé en ubac. Les lodges ne sont pas
extraordinaires. Changra nous en fait visiter plusieurs. A
force de chercher, nous traversons toute la ville et un pont
suspendu. C'est à sa sortie que nous trouvons un ensemble de
lodges modernes, bien ensoleillées et avec une très belle vue
sur le Phungi à l'Est et sur l'Annapurna II et le Lamjung
Himal (6983 m), au sud. La vue est impressionnante. Nous
sommes à moins de 7 km de ce sommet.
Le temps de nous
faire servir notre déjeuner, il est 15 h.. Pendant que mes
compagnons vont se baigner et laver leur linge dans la source
d'eau chaude qui sort du bord de la rivière, je retourne à
Chame pour voir si je peux téléphoner à ma famille. Au fond
d'une cour boueuse où des poules s'activent, ce qui me fait
penser à la ferme qui avait hébergé mes parents pendant la
débâcle, je trouve le préposé. Il est équipé d'une grosse
veste et tente de se réchauffer en faisant les cent pas. Je
lui demande si je peux téléphoner, il me répond qu'on ne peut
qu'envoyer des
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télégrammes. Ensemble, nous
montons au "Central Télécommunication Office", une pièce très
sombre située à l'étage de ce que j'ai pris pour une ferme. Il
s'installe derrière son bureau, une grande table recouverte
par de nombreux papiers. On doit pouvoir y retrouver tous les
derniers télégrammes. Il me tend un formulaire sur lequel
j'écris "APRES 3 JOURS DE MARCHE SUIS A CHAME AU PIED DE
ANNAPURNA 2 - ANDRE".
Pour trouver le tarif, il sort de dessous les papiers, une
brochure qui me fait penser aux livres que consultait mon
grand père pour faire ses métrés. A ce moment, sa relève entre
et il lui abandonne sa tâche. Ce dernier rédige un reçu qu'il
découpe comme il peut. Faute de règle, il utilise son stylo à
bille. Puis il me
rend la monnaie, avec des
billets sortis du portefeuille pris dans sa veste. Nous sommes
loin des principes de la gestion comptable de notre poste!
Mais ici, tout est si différent!
A mon retour à la
lodge, le soleil est déjà couché et le froid est déjà très
présent. Je descends tout de même à la source d'eau chaude
pour me laver les pieds. L'eau y est vraiment chaude.
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Repos dans une lodge de Chame |
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