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Mon aventure au Népal 1993

 A la frontière du Tibet.

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            Pour dormir cette nuit, je me suis beaucoup plus vêtu, mais si j'ai eu un bon sommeil jusqu'à trois heures du matin, à ce moment là, un coup de froid l'a interrompu. Heureusement, j'ai tout de même profité du meilleur de la nuit.

 

            Au lever du jour, c'est le réveil de tous les trekkeurs. Nous commençons à nous connaître. Dans la chambre à côté de la mienne, il y a une allemande et une suédoise qui font le tour sans guide et sans porteur. Nous avons sympathisé avec elles à partir de cette étape et elles se joindront à notre groupe jusqu'à Thorung Phedi. La suédoise est mignonne, mais parle peu. L'allemande fait plus garçon manqué, mais elle parle toutes les langues, s'intéresse à tout et se révèle fort sympathique. Il y a le couple de Montpellier dont j'ai déjà parlé, avec qui nous ferons route jusqu'à Pisang. Il y a deux américains qui doivent faire 120 à 150 kg chacun. Ils marchent difficilement par rotation de leur hanche et font de tous petits pas, soufflent beaucoup et s'aident d'un bâton. Nous ne cessons de les doubler, mais leur progression est constante et nous étonne. Ils s'arrêteront à Manang à l'approche des 4000 m. Ce matin, en face de notre lodge, il y a un grand campement. Ce sont deux jeunes américaines qui ont embauché 28 porteurs. Elles dorment sous tente, mais ont chambre, séjour, douche, W-C., cuisiniers, etc. , en quelque sorte tout le confort mais il faut monter et démonter tout cela chaque jour et surtout le porter. L'une d'elle ressemble à Mary Popins. Elle est blanche comme un cachet d'aspirine, se promène en robe légère mais longue, un parapluie à la main. Sa compagne est plutôt de style "St Tropez", un maillot de bain une pièce noir lui servant de body. Elles ont un guide très "Play Boy", mais fort sympathique.

 

            Ce matin, les sommets sont dégagés et leurs masses de glace, suspendues dans le vide, luisent aux premiers rayons du soleil. Le Lamjung Himal brille de tous ses feux. Avant de partir, je suis allé faire un tour de l'autre côté de la rivière. En revenant de la poste, j'ai remarqué un ensemble de bâtiments neufs d'apparence mieux structurés que les autres. Il s'agit d'une ferme modèle et d'un centre de soins, mais les bâtiments semblent vides et fermés. De là, un chemin très abrupt conduit à des terres ou des habitations qui sont au fond d'un vallon qui forme un sillon vertigineux en direction du massif des Annapurna.

 

            De retour, Kamel m'attend à la sortie du pont suspendu. Il a déjà sa charge sur le dos. Le temps de prendre mon sac et c'est le départ. Nous entrons dans une forêt de grands arbres. La route est de plus en plus raide. Nous atteignons le fond de la vallée par un long passage taillé dans le roc, puis zigzaguons pour nous élever jusqu'à un col qui sera notre première halte au dessus de 3000 m.

 

            Lors du premier arrêt pour boire le thé, j'endosse la charge de Ramzi pour voir ce que représente monter avec une charge portée à la népalaise. Ma transformation en porteur fait rire tout le monde. Mes compagnons me proposent de me filmer pour la postérité. Il s'avère que ce n'est pas aussi difficile que cela, c'est le cou qui n'y est pas habitué. Pour le reste, l'aisance est grande.

 

            Nous poursuivons notre route, mais tout le monde pêne beaucoup pour monter. Notre allemande, plus que les autres. Elle a eu froid et a d'important mots de tête. Je lui donne de la "Coramine Glucose". Moi aussi, je ne suis pas dans la meilleure forme. Cette nuit j'ai du me lever trois fois. J'ai le ventre bourré de gaz que je dégage comme je peux. Je pense que c'est dû à la quantité d'oignons de plus en plus importante que nous avons dans presque tous les plats.

 

            Nous débouchons enfin sur le col. C'est un changement total de végétation. La vallée s'incline un peu plus en direction de l'est et, si coté sud la montagne reste couverte d'arbres, en face elle n'est qu'un vaste plan très incliné, sans la moindre végétation. L'histoire de ces lieux a justifié l'interdiction encore récente de leur accès par les touristes. Ici, les réfugiés tibétains avaient leurs camps d'entraînement. D'ici ils menaient des actions de guérilla contre les chinois, jusqu'au jour où le gouvernement népalais les mit en demeure de déposer les armes. Voisine du Tibet dont elle est culturellement très proche, la vallée est bouddhiste. Ses villes ont une architecture très différente de celles que nous venons de voir. Elles ont l'austérité des lieux. De loin on repère la multitude des mats déployant au vent leurs drapeaux à prières. A l'entrée, il y a souvent un porche sous lequel on passe et qui est généralement équipé de moulins à prières. On trouve aussi une ou deux places où la route est coupée par un long mur alignant plusieurs dizaines de ces moulins.

 

            Je retrouve le français de l'aéroport de Moscou, si effrayé de passer Thorung Pass. Il vient de rencontrer un guide des Pyrénées qui redescendait après avoir dû abandonner. Il n'y a que lui pour faire de telles rencontres. Comme me font remarquer mes deux compagnons, à son contact on prendrait vite le bourdon. Il a depuis longtemps décidé de faire une longue halte à Manang pour s'acclimater. J'apprendrai par la suite qu'il a passé ce col de plus de 5400 m sans aucune difficulté.

 

            A  11h 30, nous sommes donc au plus prêt de l'Annapurna II. Nous faisons un petit arrêt pour reprendre notre souffle. Nous mangeons quelques pommes de terre bouillies. Au pied d'une "Stupa", une lodge est en pleine construction. Des femmes descendent des pierres de la montagne. Elles les portent sur le dos à l'aide d'une planche munie d'une étagère sur laquelle repose la pierre. Deux hommes taillent une poutre au rabot, ils ont des copeaux jusqu'aux genoux.

 

            Nous reprenons la route dans une vallée qui s'est considérablement élargie et après la montée que nous venons de faire, elle nous paraît presque plate. Autour les sommets enneigés se font plus nombreux et omniprésents. Côté sud et d'est en ouest, il y a : l'Annapurna III (7555 m), l'Annapurna IV (7525 m), l'Annapurna II (7937 m) et le Lamjung Himal (6983 m), et de l'autre côté de la vallée le Pisang Peak (6091m). Nous passons entre de petites lagunes qui donnent au paysage un aspect de hauts plateaux suisses.

 

            Deux heures plus tard nous arrivons à Pisang (3185 m). Nous trouvons une lodge au bord de la route où une ville nouvelle s'est installée pour mieux attraper le touriste. Le vrai village, lui, est plus haut et il faut gravir une bonne côte pour l'atteindre. Nous irons avec Ramzi. La vue y est splendide, mais une nouvelle fois les batteries de mon caméscope me lâchent au plus mauvais moment. Il faut dire, j'ai eu le sentiment d'avoir atteint le point fort de ce trek, aussi j'ai beaucoup filmé. L'altitude et surtout le froid participent aussi à les décharger plus rapidement que de coutume.

 

            A cinq heures on nous a appelé pour le repas du soir. Avec mes troubles intestinaux, je n'ai vraiment pas faim. Je me contente d'une soupe de tomates et d'un thé. En nous installant dans notre chambre, un français d'un certain âge nous a dit son plaisir d'entendre parler sa langue. A table je le retrouve. C'est un Palois, il arrive de Jomsom et il attend son fils qui est entrain de gravir Pisang Peak. Ils sont toute une équipe venue d'Aquitaine et issue des milieux de la gendarmerie. Ils sont arrivés en avion à Jomsom, ont passé Thorung Pass dans le sens le plus difficile. Le plus jeune aurait eu quelques difficultés, ce qui ne les a pas empêché de monter à Thorung Peak (6482 m). Ce sont des habitués du Népal.

 

            A 18 h je suis au lit. Dans toute cette vallée, il y a de l'électricité, mais elle n'a guère changé les habitudes.

Notre groupe au environ de Pisang

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