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Mon aventure au Népal 1993

En route pour Manang

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            Ce matin je suis content d'avoir dormi 12 heures de rang. C'est la preuve que mes problèmes intestinaux résultent bien d'un coup de froid. Rien à craindre côté mal des montagnes. Je vais pouvoir poursuivre ma route en toute sécurité.

 

            Dans la grande salle du bas, j'ai retrouvé guides et porteurs serrés les uns contre les autres autour du feu. A mon arrivée, Ramzi m'a cédé sa place, il m'a proposé une pomme de terre bouillie et m'a servi une tasse de thé. Pendant que j'épluche et déguste ma patate, il est allé chercher le registre où l'on inscrit la commande du déjeuner. Je commence à connaître tous ces hommes que je retrouve à chaque étape. Les uns et les autres s'inquiètent de ma santé.

 

            Ramzi me présente le registre. Après le repas du soir, mes deux compagnons ont inscrit leurs souhaits et comme je suis toujours pressé d'aller me coucher, je n'ai pas pu satisfaire à cette tradition. Cela me permet de pouvoir m'inspirer de la commande de mes amis. Mon retard n'a aucun effet sur le service. Les déjeuners seront préparés les uns après les autres et dans l'ordre où les clients se présentent. Les commandes sont inscrites chambre par chambre, le registre sert essentiellement à la rédaction de l'addition.

 

             Ce matin, la route que nous prenons n'est que le prolongement de celle de la veille. Après les pentes raides des jours précédents, le chemin paraît presque plat et large. Nous pouvons marcher de front en discutant. La vallée est vaste et nous dévoile peu à peu les sommets des Annapurna 3, 4 et 2. Nos yeux sont rivés sur ces montagnes dont la face visible n'est qu'un mur vertical de 4 à 5000 mètres de haut. Les glaciers qui les surmontent sont en surplomb et présentent de gigantesques crevasses. Lorsque ces blocs de glace se détachent, le spectacle doit être terrifiant.

 

            De nombreux marchands se sont installés sur le bord du chemin pour présenter les produits de l'artisanat népalais. Les étals exposent presque toujours les mêmes objets: colliers, bagues, bracelets, pièces de monnaie tibétaines, boites à bijou, et autres bibelots. J'en profite pour m'acheter un bonnet en laine de Yack. Chandra nous offre fréquemment des tasses de thé que nous avalons les unes après les autres. Pour déjouer le mal des montagnes, il faut beaucoup boire et pisser. En fait l'air est sec et nous avons très soif.

 

            D'un passage surélevé, nous apercevons la piste de l'aéroport de Hongde. En traversant ce village, nous nous arrêtons au check post et remplissons le registre traditionnel.

 

            C'est à midi trente que nous arrivons à Manang. Vu la grosseur du nom sur la carte, je m'attendais à trouver une ville importante. En fait, il n'y a que des bâtiments assez distants les uns des autres et les hôtels sont assez minables. Mes compagnons ont trouvé une lodge avec douche chaude, mais vu la température extérieure et le ciel qui commence à se couvrir, je ne me sentirais pas le courage de me dénuder. Ma chambre donne sur une terrasse dont on descend par un escalier très raide. On accède à la cuisine par un étroit couloir.

 

            Manang est au confluent de deux vallées, la Khangsar Khola au sud qui remonte jusqu'au lac Tilicho qu'avait visité Maurice Herzog et la Jhargung Khola au nord qui conduit à Thorung Pass. La Marsyangdi est nourrie des eaux de ces deux vallées, ainsi que d'un glacier qui s'arrête dans la rivière et alimente la centrale électrique de Manang.

 

            Après avoir mangé, nous décidons d'aller visiter le village de Penghi. Il est au nord ouest de Manang, mais ne figure pas sur la carte. Il est bâti comme une citadelle et la route qui y conduit n'est pas évidente à trouver et ce n'est qu'à l'issue d'un raidillon que nous réussissons à l'atteindre. Mon altimètre indique 3750 m.. Nous avons bien soufflé pour monter. Les rues sont étroites, souvent boueuses et offrent peu de boutiques.

 

            Le ciel couvert nous prive des rayons du soleil et sans eux il fait vite froid. Je ne me suis pas assez habillé et lorsque nous redescendons, je commence à trembler. De retour à la lodge, je prend de la coramine glucose et de l'asplégique pour apaiser ma fébrilité. Je commande un repas chaud et léger. Au cours du repas, nous discutons de la journée du lendemain. Il était prévu de s'arrêter une journée complète à Manang pour s'adapter à l'altitude, mais mes compagnons remettent en cause cette idée. Ils souhaiteraient s'avancer en direction de Thorung Pass. L'absence de difficulté de la marche de cet après midi nous encourage dans ce sens. Pour ma part, je souhaiterais approcher les glaciers de plus près. La carte nous laisse supposer qu'il est possible de partir par le chemin qui conduit du lac Tilicho jusqu'à une route qui rejoint celle de Thorung Pass en nous rapprochant de ce col. Ainsi nous ne resterons pas inactifs et surtout nous ferons un bref passage au dessus de 4000 m pour nous habituer à l'altitude. Nous en parlons à Chandra qui accepte.

 

de gauche à droite, Khamel, Lesca, Chandra et Ramzi

devant les moulins à prière de Manang

d'étranges rochers aux pieds des Annapurna

 

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