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Ce matin je suis
content d'avoir dormi 12 heures de rang. C'est la preuve que
mes problèmes intestinaux résultent bien d'un coup de froid.
Rien à craindre côté mal des montagnes. Je vais pouvoir
poursuivre ma route en toute sécurité.
Dans la grande
salle du bas, j'ai retrouvé guides et porteurs serrés les uns
contre les autres autour du feu. A mon arrivée, Ramzi m'a cédé
sa place, il m'a proposé une pomme de terre bouillie et m'a
servi une tasse de thé. Pendant que j'épluche et déguste ma
patate, il est allé chercher le registre où l'on inscrit la
commande du déjeuner. Je commence à connaître tous ces hommes
que je retrouve à chaque étape. Les uns et les autres
s'inquiètent de ma santé.
Ramzi me présente
le registre. Après le repas du soir, mes deux compagnons ont
inscrit leurs souhaits et comme je suis toujours pressé
d'aller me coucher, je n'ai pas pu satisfaire à cette
tradition. Cela me permet de pouvoir m'inspirer de la commande
de mes amis. Mon retard n'a aucun effet sur le service. Les
déjeuners seront préparés les uns après les autres et dans
l'ordre où les clients se présentent. Les commandes sont
inscrites chambre par chambre, le registre sert
essentiellement à la rédaction de l'addition.
Ce matin, la
route que nous prenons n'est que le prolongement de celle de
la veille. Après les pentes raides des jours précédents, le
chemin paraît presque plat et large. Nous pouvons marcher de
front en discutant. La vallée est vaste et nous dévoile peu à
peu les sommets des Annapurna 3, 4 et 2. Nos yeux sont rivés
sur ces montagnes dont la face visible n'est qu'un mur
vertical de 4 à 5000 mètres de haut. Les glaciers qui les
surmontent sont en surplomb et présentent de gigantesques
crevasses. Lorsque ces blocs de glace se détachent, le
spectacle doit être terrifiant.
De nombreux
marchands se sont installés sur le bord du chemin pour
présenter les produits de l'artisanat népalais. Les étals
exposent presque toujours les mêmes objets: colliers, bagues,
bracelets, pièces de monnaie tibétaines, boites à bijou, et
autres bibelots. J'en profite pour m'acheter un bonnet en
laine de Yack. Chandra nous offre fréquemment des tasses de
thé que nous avalons les unes après les autres. Pour déjouer
le mal des montagnes, il faut beaucoup boire et pisser. En
fait l'air est sec et nous avons très soif.
D'un passage
surélevé, nous apercevons la piste de l'aéroport de Hongde. En
traversant ce village, nous nous arrêtons au check post et
remplissons le registre traditionnel.
C'est à midi
trente que nous arrivons à Manang. Vu la grosseur du nom sur
la carte, je m'attendais à trouver une ville importante. En
fait, il n'y a que des bâtiments assez distants les uns des
autres et les hôtels sont assez minables. Mes compagnons ont
trouvé une lodge avec douche chaude, mais vu la température
extérieure et le ciel qui commence à se couvrir, je ne me
sentirais pas le courage de me dénuder. Ma chambre donne sur
une terrasse dont on descend par un escalier très raide. On
accède à la cuisine par un étroit couloir.
Manang est au
confluent de deux vallées, la Khangsar Khola au sud qui
remonte jusqu'au lac Tilicho qu'avait visité Maurice Herzog et
la Jhargung Khola au nord qui conduit à Thorung Pass. La
Marsyangdi est nourrie des eaux de ces deux vallées, ainsi que
d'un glacier qui s'arrête dans la rivière et alimente la
centrale électrique de Manang.
Après avoir mangé,
nous décidons d'aller visiter le village de Penghi. Il est au
nord ouest de Manang, mais ne figure pas sur la carte. Il est
bâti comme une citadelle et la route qui y conduit n'est pas
évidente à trouver et ce n'est qu'à l'issue d'un raidillon que
nous réussissons à l'atteindre. Mon altimètre indique 3750 m..
Nous avons bien soufflé pour monter. Les rues sont étroites,
souvent boueuses et offrent peu de boutiques.
Le ciel couvert
nous prive des rayons du soleil et sans eux il fait vite
froid. Je ne me suis pas assez habillé et lorsque nous
redescendons, je commence à trembler. De retour à la lodge, je
prend de la coramine glucose et de l'asplégique pour apaiser
ma fébrilité. Je commande un repas chaud et léger. Au cours du
repas, nous discutons de la journée du lendemain. Il était
prévu de s'arrêter une journée complète à Manang pour
s'adapter à l'altitude, mais mes compagnons remettent en cause
cette idée. Ils souhaiteraient s'avancer en direction de
Thorung Pass. L'absence de difficulté de la marche de cet
après midi nous encourage dans ce sens. Pour ma part, je
souhaiterais approcher les glaciers de plus près. La carte
nous laisse supposer qu'il est possible de partir par le
chemin qui conduit du lac Tilicho jusqu'à une route qui
rejoint celle de Thorung Pass en nous rapprochant de ce col.
Ainsi nous ne resterons pas inactifs et surtout nous ferons un
bref passage au dessus de 4000 m pour nous habituer à
l'altitude. Nous en parlons à Chandra qui accepte.
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de gauche à droite, Khamel,
Lesca, Chandra et Ramzi
devant les moulins à prière de Manang
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d'étranges rochers aux pieds
des Annapurna |
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