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Mon aventure au Népal 1993

En avant pour Thorung Pass

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Ce matin, c'est Ramzi qui donne le signal du lever, après la marche de la veille, personne n'est pressé. Dehors, je retrouve mes chaussettes raidies par le gel. Pas question de se laver à la fontaine, elle est gelée. Je me fais donner un bol d'eau tiède. Le temps que je fasse mes ablutions, le gant de toilette que j'ai posé sur le mur, s'est collé à la pierre.

 

            A neuf heures, nous réussissons à décoller. Le ciel est totalement dégagé, les sommets enneigés brillent sous les rayons du soleil. Nous atteindrons Thorung Phedi à 12 h 15. C'est la dernière halte avant le col. Il s'agit d'un ensemble de bâtiments en pierre, bâti sur un surplomb qui domine de 300 m le fond de la vallée. Celle-ci s'arrête là, dans un cirque étroit aux pentes vertigineuses. Les bâtiments sont de plain-pied et n'ont pour toiture qu'une terrasse en terre battue. Ils forment de petites cours où nous pouvons profiter du soleil à l'abri du vent.

 

            Peu après nous, trois femmes arrivent chargées de bidons de 40 litres d'eau qu'elles ont été puiser dans la rivière. Elles feront encore deux autres voyages avant la tombée du jour. Je les retrouve un peu plus tard en train de tricoter, assises au soleil au pied d'un mur, tout en buvant le thé dans des tasses en porcelaine. Je ne peux m'empêcher de trouver la scène insolite, en ce lieu. Dans un bâtiment en cours de construction, des ouvriers posent une toiture. A côté, je découvre pour la première fois une table chauffante installée. Il s'agit d'une grande table entourée d'un banc et recouverte d'une grande nappe qui tombe jusqu'au sol, dessous on glisse un plateau de braises. J'apprendrai plus tard que c'est un japonais qui a introduit cette technique à Muktinath. Depuis, l'efficacité de ce chauffage a fait école.

 

            En arrivant, j'ai fait une petite sieste d'une heure car je n'ai pas la forme. Par mesure de sécurité, j'ai pris un diurétique contre le mal des montagnes. A 15 heures, il n'y a déjà plus de soleil et très vite le froid se fait sentir. Nous nous retrouvons dans un des réfectoires où, serrés les uns contre les autres, nous avons le sentiment d'avoir un peu plus chaud. Il y fait très sombre et quelques porteurs s'affairent à faire fonctionner une lampe à essence. Le service est assuré par deux gamins dont l'anglais est approximatif. Il faut être très attentif lorsqu'ils annoncent le plat qu'ils servent. Il se passe fréquemment un bon moment avant que quelqu'un reconnaisse sa commande. Celle-ci ne ressemble pas toujours à ce qu'on attend. Depuis ces derniers jours la qualité des repas me semble de plus en plus médiocre, mais il se peut aussi que ce soit mes troubles intestinaux qui m'incitent à cette appréciation. Ce qui est plus certain c'est que le service est long. Avant de me coucher, j'essaye de recharger les batteries de mon camescope, mais le peu de soleil de la journée ajouté au froid, mon chargeur ne veut rien savoir. Dommage! Je ne filmerai pas le passage de Thorung Pass.

 

            Ici, il n'y a pas de chambres particulières. Tout le monde dort dans des dortoirs style "refuge des Alpes". Je m'enfile dans mon duvet tout habillé. Mes compagnons qui sont équipés de duvets mieux adaptés commentent leur déshabillage dans le sac. En fait, nous sommes une bonne vingtaine dans la chambre et cette promiscuité va m'éviter d'avoir froid. Personne ne se fera tirer par l'oreille pour se mettre au lit, demain le réveil se fera à quatre heures.

 

            C'est un guide qui, le premier, donne le signal du lever. Les lampes frontales s'éclairent et chacun replie ses affaires comme il le peut, dans la pénombre et l'espace restreint de sa couchette. Avec Ramzi, je suis bien sûr un des premiers prêts . Chandra aura beaucoup plus de mal à émerger. Ma nuit a été pénible. Mon aérophagie m'a empêché de dormir jusqu'à une heure du matin, ensuite avec l'air sec une narine s'est bouchée et a rendu ma respiration difficile.

 

            C'est un peu hagards que nous nous retrouvons dans le réfectoire. Aujourd'hui, pas question d'un déjeuner plantureux, ce serait trop long. Nous avalons une tasse de thé et Chandra nous donne quelques biscuits. C'est Khamel qui donne le signal du départ. Il est cinq heures, depuis un moment les lampes torches forment un défilé de lucioles qui grimpent par la plus grande pente.

 

            J'ai enfilé la doudoune que m'a prêtée l'agence, elle me sera fort utile car il ne fait pas chaud. J'ai repris la technique de la veille en me mettant un bâillon sur le nez. J'avance en respirant très fort et en gonflant et dégonflant totalement mes poumons. On m'a tellement dit que le mal des montagnes remplissait d'eau les poumons que par cette technique, je pense immédiatement m'en apercevoir. Ce mal des montagnes est dans toutes les têtes. Nous en avons tellement parlé que j'ai l'impression d'en avoir tous les symptômes. Lorsque j'en ai fait part à un guide, il rigole et me dit que lui aussi a les mêmes problèmes mais que ce n'est pas çà le mal des montagnes.

 

            Il n'y a pas à proprement parler de sentier. Comme souvent dans les grandes pentes, des rails de ravinement se sont formés et s'entrecroisent. Dans le noir, je monte un peu au jugé. Ramzi me suit en chantonnant. Il a chaussé ses nouvelles chaussures, mais il ne s'est pas habillé plus chaudement. De temps en temps, nous passons devant quelques trekkeurs qui reprennent leur souffle. Une heure plus tard, le sommet de la colline est atteint. Le ciel commence à s'éclaircir. Le sentier suit la crête et passe de colline en colline. Celles-ci forment une incessante suite de mamelons. La pente est beaucoup plus faible, mais on a l'impression de ne jamais en finir.

 

            Peu à peu, nous remontons les groupes partis plus tôt. En passant devant des autrichiens, ceux-ci lancent à Ramzi une lourde plaisanterie à laquelle ils sont habitués. Ils me semblaient des habitués de la montagne, mais je vois qu'ils ont besoin de reprendre leur souffle. Il faut dire que je les ai souvent vu "s'enfiler" bières et autres alcools. Lorsqu'à 7 h 45 nous atteignons Thorung Pass, il y a déjà une bonne quinzaine de trekkeurs au col (5416 m). Si les sommets qui nous entourent n'étaient recouverts de glace, nous n'aurions pas le sentiment d'être aussi haut. Ce qui nous paraissait encore inaccessible hier, est aujourd'hui à portée de main. Nous sommes entre le Khatung Kang et le Yakawa Kang, deux sommets de 6400 m qui semblent très accessibles. Ils font naître en moi la perspective d'un prochain voyage.

  

En haut, Ramzi à Thorung Pass.

En bas, descente sur Muktinath

 

           Le col est marqué par une sorte de cairn qui, en fait, est une petite stupa bouddhiste qui marque le passage. Au pied du cairn, j'aperçois un sac à dos avec des capteurs solaires et un marcheur avec un camescope entouré d'une serviette de toilette. Je le questionne; c'est un grenoblois de St Egrève. Il a les mêmes difficultés que moi. Aujourd'hui ses batteries l'ont lâché, mais la veille ils avaient fait un sommet de plus de 6000 m et son camescope avait bien fonctionné.

 

            En attendant mes compagnons, j'avale quelques "Mars" et me désaltère. Ramzi sort de son sac des biscuits qu'il me propose, mais je n'ai pas réellement faim. Je lui demande de me photographier. Il hésite un moment, puis se décide. Le flash lui part dans la figure. N'ayant jamais utilisé un appareil photo, il avait pris l'appareil à l'envers. Je lui fait signe de le retourner et d'en prendre une deuxième.

 

            Une demi heure plus tard, mes compagnons arrivent. Je leur exprime mon enthousiasme en constatant que tout le monde a atteint le col, mais Régis qui s'est assis sur un rocher, me fait un signe de mécontentement et me répond qu'il faut attendre avant d'être satisfait. Sur le coup je ne comprends pas. En fait, il a eu un coup de pompe, faute d'avoir mangé avant de partir, et les biscuits étaient dans le sac de Ramzi. Il est dans une colère noire. C'est l'erreur classique, d'une mauvaise répartition des vivres.

 

            Le ciel est d'une pureté absolue et un petit vent froid commence à traverser ma doudoune. Ramzi commence à piaffer d'impatience. Chandra donne enfin le signal de la descente. Le sentier se poursuit sur des collines semblables à celles que nous venons de traverser. Dans la vallée les nuages commencent à s'agglutiner contre la chaîne du Tashi Kang, une montagne de plus de 6 500 m. qui apparaît à l'horizon. Au fur et à mesure que nous avançons la pente se fait plus raide et surtout plus glissante. Le pas brutal des marcheurs à la descente a désagrégé le sol en une fine poussière qui fait roulement à billes. Mes chaussures et mes guêtres en sont recouvertes.

 

            La descente semble aussi interminable que la montée. Tout d'un coup, je réalise que je me  suis élevé 600 m plus haut que le Mont Blanc, que l'étape la plus éprouvante du trek vient d'être franchie, que je n'ai jamais été aussi prêt des Annapurna, qu'un rêve que je jugeais inaccessible s'est réalisé. Alors qu'à Thorung Pass, les montagnes me semblaient presque banales, moins impressionnantes que celles que j'avais vues, deux mois plus tôt, du Dôme des Ecrins, des sanglots me montent dans la gorge. J'ai l'impression que mon voyage est achevé.

 

            Peu à peu, le fond de la vallée nous apparaît. Il semble encore très loin. Rien à voir avec les paysages que je viens de traverser. Nous sommes ici à la frontière du Mustang et tout est beaucoup plus aride. Un couple de Suisses que je croise, trouve que je n'ai pas de chance de faire la traversée dans ce sens. Pour ma part je pense qu'il n'est pas au bout de ses peines. La montée que j'ai faite ce matin représente une dénivelée de 1000 m, pour eux ce sera 1800 m.

 

            Un peu avant Muktinath, nous nous arrêtons à Chakarbu, une lodge isolée, la première que nous rencontrons depuis ce matin. A la terrasse de nombreux trekkeurs se sont attablés. J'avale un Coca, mais il ne me fait aucun effet. Aussi je vide le contenu de ma gourde. Encore une demi heure de marche et nous atteignons le monastère de Muktinath que nous longeons avant d'entrer dans la ville. Elle donne l'impression d'une ville à la campagne. Une avenue sale mais plus large qu'une autoroute la traverse. Les maisons sont assez isolées les unes des autres. J'ai repéré une école. Nous prenons pension dans une lodge avec une cour intérieure. On nous donne une chambre au rez-de-chaussée et Chandra nous invite à déjeuner sur la terrasse qui n'est rien d'autre que le toit de la lodge. Le ciel est bien couvert et il fait juste chaud.

 

            Après le déjeuner, je fais un tour dans le village qui semble très pauvre. Quelques artisans tissent devant chez eux, d'autres marchands vendent les produits de l'artisanat népalais au milieu de la rue. Sur une pente, au dessus de la lodge, un verger semble particulièrement soigné. La vallée est vaste et très minérale. Au sud le Nilgiri et le Tilicho Peak sont dans les nuages.

 

            De retour, je découvre qu'au rez-de-chaussée, il y a une salle à manger avec une table chauffante semblable à celle que j'ai vu à Thorung Phédi, mais ici, notre logeuse l'alimente régulièrement en braise. Nous nous agglutinons autour et nous faisons servir du thé. J'apprécie cette chaleur. Ma gastrite s'est transformée en colique. Ce soir je me contenterai d'une soupe et d'un plat de riz.

 

            J'ai une certaine crainte à regagner la chambre qui n'est pas chauffée. Comme la ville bénéficie de l'électricité, nous pouvons retarder un peu l'heure du coucher, mais il y a la fatigue d'une rude journée. En définitive, c'est à 19 h que nous gagnons nos lits.

 

            Notre nuit se prolonge jusqu'à sept heures du matin. C'est une vraie grasse matinée. Personne n'est pressé. J'ai mis en charge mes batteries et il semble qu'elles se sont chargées. Je vais pouvoir utiliser à nouveau mon camescope.

 

            Dès que nous émergeons, nos porteurs nous proposent d'aller visiter le monastère de Muktinath. Philippe et moi partons avec eux, Régis souhaite flemmarder encore. Nous remontons donc vers le monastère. Ramzi et Khamel sont très excités. Une fois passé l'enceinte, nous traversons un jardin où chaque arbuste est étiqueté. Un panneau indique qu'il s'agit d'un jardin botanique subventionné par le Japon. Cela explique l'étonnant alignement du verger qui est au dessus de la lodge. Nous remontons le ruisseau jusqu'à un temple hindouiste rutilant d'or et de bois sculptés. Il est encerclé par un mur demi circulaire d'où coulent 108 fontaines sous lesquelles nos porteurs font leurs ablutions. On se croirait à Lourdes. Le nombre 108 est un nombre sacré tant pour les hindouistes que pour les bouddhistes.

 

            Au bout d'un moment, un moine arrive, ouvre la porte d'or du temple et appose la Tika sur le front des quelques visiteurs. Nous lui donnons quelques roupies et nous poursuivons notre visite. Ramzi nous conduit dans un autre temple. Sous ce qui ressemble à un autel, il y a trois portes qu'il ouvre les unes après les autres en nous invitant à regarder à l'intérieur. De celle du centre sort une source, de celle de droite un rocher et dans celle de gauche il y a une petite flamme révélant une source de gaz naturel. Je pense qu'il y a là tout un symbolisme qui justifie la présence du monastère sur ces lieux.

 

            De retour à la lodge, nous retrouvons Régis heureux d'avoir pu prendre en toute tranquillité son déjeuner. Pour nous ce sera beaucoup plus long car la patronne va devoir se remettre aux fourneaux et faire un à un les différents plats de notre commande.

 

            Quand nous nous décidons enfin à lever le camp, les premiers nuages se pointent déjà à l'horizon. Nous traversons plusieurs villages ruraux. Le paysage est très minéral et de couleur ocre. On se croirait en Californie, mais on sent que les sols sont très travaillés. Les champs en terrasse sont nombreux. Nous rencontrons aussi de nombreux rochers en poudingue. Mon âme méenne vibre et je ne manque pas de donner de nombreuses explications à Régis et Philippe. Nous marchons sur une route si large qu'elle pourrait être carrossable. Brusquement, au passage d'un grand rocher, la vallée que nous venons de suivre débouche sur une autre encore plus profonde. C'est la Kaligandaki, une rivière qui vient de Chine après avoir traversé le Mustang. Son lit est immense, il fait plus d'un kilomètre et demi de large. En bas nous apercevons un ensemble de maisons que nous atteindrons à midi par un sentier très pentu.

 

            Dehors, il commence à faire du vent. Sur tous les guides touristiques, il est signalé que celui-ci se lève tous les jours à 11 h. Nous nous arrêtons dans une lodge qui est assez moderne. La salle à manger est une grande pièce centrale, entourée de chambres aux noms évoquant le souvenir d'expéditions de haute montagne. Les tables sont chauffantes et côté sud il y a une terrasse vitrée où des touristes allemands mangent bruyamment. Mes ennuis intestinaux ont complètement disparu. Par précaution, je me fais servir le repas le plus français que je trouve : oeufs, pommes de terre et pomme. Il y a plusieurs jours que je n'avais pas eu une telle faim.

 

            A 13 heures nous reprenons notre route. Nous marchons dans le lit de la Kaligandaki. Sa platitude et sa largeur rendent le site semblable à un désert. Le moindre groupe de marcheurs ressemble à une caravane traversant le Sahara. Les images du film de Maurice Herzog me reviennent à l'esprit. Ce paysage très particulier m'avait paru très étrange pour être à proximité d'un des plus hauts sommets de notre planète. Le mouchoir devant la bouche s'avère indispensable si on ne veut pas avaler la poussière que le vent soulève.

 

            Vers les deux heures nous atteignons Jomson. Cette ville dont les maisons sont très éparses avec comme toit des terrasses en terre battue, ressemble à la cité ouvrière d'un grand chantier de travaux publics. A l'entrée, une grande place avec le buste du roi et une école. Nous nous enfonçons dans la ville, puis traversons un pont et poursuivons notre route. Nous passons devant une école de guides de haute montagne au caractère militaire très marqué. En passant je repère un panneau "télécommunication". Je vais pouvoir envoyer un télégramme à ma famille.

 

            En cours de route, nous rencontrons un autre groupe de l'agence "Glacier Safari Treks". Ramzi me présente le guide comme son frère. Le groupe est composé de deux couples d'allemands d'une cinquantaine d'années. C'est leur dernier jour de marche. Demain ils prendront l'avion pour Katmandou. Ensemble nous nous installons dans une lodge tout près de l'aéroport. Celle-ci est très moderne. L'entrée donne sur une grande salle avec un bar, des canapés et une mezzanine qui en fait le tour permet d'accéder aux chambres de l'étage. Au fond une grande baie vitrée offre une vue sur le Tilicho Peak et ses 7134 m. Je partagerai avec Chandra une chambre du rez-de-chaussée avec cabinet de toilette, W-C. et douche . Ce grand confort va me permettre de faire un grand nettoyage. Mais avant tout, je dois aller poster mon télégramme.

 

            Je remonte en direction du centre de Jomson. La rue a dû être défoncée lors de l'installation des égouts. On marche sur des galets qui roulent sous les pieds. La progression est aussi contraignante que celle d'une marche sur le lit d'un torrent asséché. Un rouleau compresseur aurait été nécessaire, mais comment l'amener ici! Je traverse le pont et arrive à des bâtiments tout entourés de clôtures. L'un semble être la poste, l'autre le centre des télécommunications, mais les deux sont fermés. Je réalise alors qu'aujourd'hui nous sommes samedi, jour férié au Népal. Dans la culture népalaise le samedi est un jour néfaste, lorsqu'il a fallu instituer une journée de repos hebdomadaire, c'est lui qui a été choisi.

 

            De retour, j'en profite pour faire un peu de shopping. A côté de la lodge, il y a un magasin qui vend des produits artisanaux. Ils me paraissent plus beaux que ceux que j'ai vus jusqu'ici. Est-ce la présentation qui est plus artistique, est-ce l'effet des spots qui les éclairent, car ici il y a de l'électricité, est-ce le fait que Jomson est une grande ville? Je ne saurais le dire! J'en profite aussi pour reconstituer mon stock de Mars.

 

            De retour, je retrouve Régis et Philippe attablés à la terrasse de l'hôtel. Une baie vitrée donne sur la rue. En face, il y a d'autres lodges. La proximité de l'aéroport en fait une halte de choix pour les grandes expéditions. A plusieurs reprises, nous verrons un guide rassembler son groupe, faire un grand discours célébrant l'esprit d'équipe qui a prévalu au cours de l'expédition, souhaitant que cette amitié entre les peuples devienne une règle de vie éternelle, puis distribuer de nombreux cadeaux aux sherpas et sherpanies et demander, pour clore la cérémonie, que tout le monde se donne la main et forme un cercle pour entonner le chant d'adieu. En général, le guide est un grand blond américain qui dépasse de 50 cm tous les népalais. Le clou de la cérémonie se passe à la remise des cadeaux, lorsque, tour à tour, guide et sherpa se décollent mutuellement du sol dans de grandes embrassades.

 

            Que restera-t-il de ces grandes et sympathiques déclarations? Certainement peu de choses! Dès le lendemain, les membres de l'expédition prendront l'avion, pendant que leurs porteurs rapatrieront à pieds le matériel sur Pokhara ou Katmandou. Liberté, Fraternité peut-être, Egalité sûrement pas!

 

            Ce soir Régis et Philippe ont décidé que nous fêterons le passage de Thorung Pass. Dans une salle à manger à l'étage, nous retrouvons l'autre groupe de l'agence. Eux souhaitent la fin de leur trek. Philippe et Régis ont pris une bouteille de rhum, moi de la bière. Dans l'ambiance de la fête, une bouteille d'alcool népalaise de plus s'avérera nécessaire. L'ambiance est chaude et guides et porteurs nous font un récital de chants et de danses. Nous aurons droit au "Sim Simé Pani" que j'entends depuis que je suis au Népal. C'est le tube de l'année. Il fallait bien qu'à notre tour nous chantions. L'épreuve fut assez facile pour les allemands, mais pour nous ce fut un grand couac.

 

            Cette soirée s'est terminée à 20 h lorsque nos guides se sont retirés pour aller manger leur "dal bat". Il y a longtemps que nous n'avions autant veillé, longtemps aussi que nous n'avions vécu dans une ambiance aussi urbaine et modernisée.

 


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