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Ce matin, c'est Ramzi qui donne
le signal du lever, après la marche de la veille, personne
n'est pressé. Dehors, je retrouve mes chaussettes raidies par
le gel. Pas question de se laver à la fontaine, elle est
gelée. Je me fais donner un bol d'eau tiède. Le temps que je
fasse mes ablutions, le gant de toilette que j'ai posé sur le
mur, s'est collé à la pierre.
A neuf heures, nous
réussissons à décoller. Le ciel est totalement dégagé, les
sommets enneigés brillent sous les rayons du soleil. Nous
atteindrons Thorung Phedi à 12 h 15. C'est la dernière halte
avant le col. Il s'agit d'un ensemble de bâtiments en pierre,
bâti sur un surplomb qui domine de 300 m le fond de la vallée.
Celle-ci s'arrête là, dans un cirque étroit aux pentes
vertigineuses. Les bâtiments sont de plain-pied et n'ont pour
toiture qu'une terrasse en terre battue. Ils forment de
petites cours où nous pouvons profiter du soleil à l'abri du
vent.
Peu après nous,
trois femmes arrivent chargées de bidons de 40 litres d'eau
qu'elles ont été puiser dans la rivière. Elles feront encore
deux autres voyages avant la tombée du jour. Je les retrouve
un peu plus tard en train de tricoter, assises au soleil au
pied d'un mur, tout en buvant le thé dans des tasses en
porcelaine. Je ne peux m'empêcher de trouver la scène
insolite, en ce lieu. Dans un bâtiment en cours de
construction, des ouvriers posent une toiture. A côté, je
découvre pour la première fois une table chauffante installée.
Il s'agit d'une grande table entourée d'un banc et recouverte
d'une grande nappe qui tombe jusqu'au sol, dessous on glisse
un plateau de braises. J'apprendrai plus tard que c'est un
japonais qui a introduit cette technique à Muktinath. Depuis,
l'efficacité de ce chauffage a fait école.
En arrivant, j'ai
fait une petite sieste d'une heure car je n'ai pas la forme.
Par mesure de sécurité, j'ai pris un diurétique contre le mal
des montagnes. A 15 heures, il n'y a déjà plus de soleil et
très vite le froid se fait sentir. Nous nous retrouvons dans
un des réfectoires où, serrés les uns contre les autres, nous
avons le sentiment d'avoir un peu plus chaud. Il y fait très
sombre et quelques porteurs s'affairent à faire fonctionner
une lampe à essence. Le service est assuré par deux gamins
dont l'anglais est approximatif. Il faut être très attentif
lorsqu'ils annoncent le plat qu'ils servent. Il se passe
fréquemment un bon moment avant que quelqu'un reconnaisse sa
commande. Celle-ci ne ressemble pas toujours à ce qu'on
attend. Depuis ces derniers jours la qualité des repas me
semble de plus en plus médiocre, mais il se peut aussi que ce
soit mes troubles intestinaux qui m'incitent à cette
appréciation. Ce qui est plus certain c'est que le service est
long. Avant de me coucher, j'essaye de recharger les batteries
de mon camescope, mais le peu de soleil de la journée ajouté
au froid, mon chargeur ne veut rien savoir. Dommage! Je ne
filmerai pas le passage de Thorung Pass.
Ici, il n'y a pas
de chambres particulières. Tout le monde dort dans des
dortoirs style "refuge des Alpes". Je m'enfile dans mon duvet
tout habillé. Mes compagnons qui sont équipés de duvets mieux
adaptés commentent leur déshabillage dans le sac. En fait,
nous sommes une bonne vingtaine dans la chambre et cette
promiscuité va m'éviter d'avoir froid. Personne ne se fera
tirer par l'oreille pour se mettre au lit, demain le réveil se
fera à quatre heures.
C'est un guide qui,
le premier, donne le signal du lever. Les lampes frontales
s'éclairent et chacun replie ses affaires comme il le peut,
dans la pénombre et l'espace restreint de sa couchette. Avec
Ramzi, je suis bien sûr un des premiers prêts . Chandra aura
beaucoup plus de mal à émerger. Ma nuit a été pénible. Mon
aérophagie m'a empêché de dormir jusqu'à une heure du matin,
ensuite avec l'air sec une narine s'est bouchée et a rendu ma
respiration difficile.
C'est un peu
hagards que nous nous retrouvons dans le réfectoire.
Aujourd'hui, pas question d'un déjeuner plantureux, ce serait
trop long. Nous avalons une tasse de thé et Chandra nous donne
quelques biscuits. C'est Khamel qui donne le signal du départ.
Il est cinq heures, depuis un moment les lampes torches
forment un défilé de lucioles qui grimpent par la plus grande
pente.
J'ai enfilé la
doudoune que m'a prêtée l'agence, elle me sera fort utile car
il ne fait pas chaud. J'ai repris la technique de la veille en
me mettant un bâillon sur le nez. J'avance en respirant très
fort et en gonflant et dégonflant totalement mes poumons. On
m'a tellement dit que le mal des montagnes remplissait d'eau
les poumons que par cette technique, je pense immédiatement
m'en apercevoir. Ce mal des montagnes est dans toutes les
têtes. Nous en avons tellement parlé que j'ai l'impression
d'en avoir tous les symptômes. Lorsque j'en ai fait part à un
guide, il rigole et me dit que lui aussi a les mêmes problèmes
mais que ce n'est pas çà le mal des montagnes.
Il n'y a pas à
proprement parler de sentier. Comme souvent dans les grandes
pentes, des rails de ravinement se sont formés et
s'entrecroisent. Dans le noir, je monte un peu au jugé. Ramzi
me suit en chantonnant. Il a chaussé ses nouvelles chaussures,
mais il ne s'est pas habillé plus chaudement. De temps en
temps, nous passons devant quelques trekkeurs qui reprennent
leur souffle. Une heure plus tard, le sommet de la colline est
atteint. Le ciel commence à s'éclaircir. Le sentier suit la
crête et passe de colline en colline. Celles-ci forment une
incessante suite de mamelons. La pente est beaucoup plus
faible, mais on a l'impression de ne jamais en finir.
Peu à peu, nous
remontons les groupes partis plus tôt. En passant devant des
autrichiens, ceux-ci lancent à Ramzi une lourde plaisanterie à
laquelle ils sont habitués. Ils me semblaient des habitués de
la montagne, mais je vois qu'ils ont besoin de reprendre leur
souffle. Il faut dire que je les ai souvent vu "s'enfiler"
bières et autres alcools. Lorsqu'à 7 h 45 nous atteignons
Thorung Pass, il y a déjà une bonne quinzaine de trekkeurs au
col (5416 m). Si les sommets qui nous entourent n'étaient
recouverts de glace, nous n'aurions pas le sentiment d'être
aussi haut. Ce qui nous paraissait encore inaccessible hier,
est aujourd'hui à portée de main. Nous sommes entre le Khatung
Kang et le Yakawa Kang, deux sommets de 6400 m qui semblent
très accessibles. Ils font naître en moi la perspective d'un
prochain voyage.
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En haut,
Ramzi à Thorung Pass.
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En bas,
descente sur Muktinath |
Le col est marqué
par une sorte de cairn qui, en fait, est une petite stupa
bouddhiste qui marque le passage. Au pied du cairn, j'aperçois
un sac à dos avec des capteurs solaires et un marcheur avec un camescope entouré d'une serviette de toilette. Je le
questionne; c'est un grenoblois de St Egrève. Il a les mêmes
difficultés que moi. Aujourd'hui ses batteries l'ont lâché,
mais la veille ils avaient fait un sommet de plus de 6000 m et
son camescope avait bien fonctionné.
En attendant mes
compagnons, j'avale quelques "Mars" et me désaltère. Ramzi
sort de son sac des biscuits qu'il me propose, mais je n'ai
pas réellement faim. Je lui demande de me photographier. Il
hésite un moment, puis se décide. Le flash lui part dans la
figure. N'ayant jamais utilisé un appareil photo, il avait
pris l'appareil à l'envers. Je lui fait signe de le retourner
et d'en prendre une deuxième.
Une demi heure plus
tard, mes compagnons arrivent. Je leur exprime mon
enthousiasme en constatant que tout le monde a atteint le col,
mais Régis qui s'est assis sur un rocher, me fait un signe de
mécontentement et me répond qu'il faut attendre avant d'être
satisfait. Sur le coup je ne comprends pas. En fait, il a eu
un coup de pompe, faute d'avoir mangé avant de partir, et les
biscuits étaient dans le sac de Ramzi. Il est dans une colère
noire. C'est l'erreur classique, d'une mauvaise répartition
des vivres.
Le ciel est d'une
pureté absolue et un petit vent froid commence à traverser ma
doudoune. Ramzi commence à piaffer d'impatience. Chandra donne
enfin le signal de la descente. Le sentier se poursuit sur des
collines semblables à celles que nous venons de traverser.
Dans la vallée les nuages commencent à s'agglutiner contre la
chaîne du Tashi Kang, une montagne de plus de 6 500 m. qui
apparaît à l'horizon. Au fur et à mesure que nous avançons la
pente se fait plus raide et surtout plus glissante. Le pas
brutal des marcheurs à la descente a désagrégé le sol en une
fine poussière qui fait roulement à billes. Mes chaussures et
mes guêtres en sont recouvertes.
La descente semble
aussi interminable que la montée. Tout d'un coup, je réalise
que je me suis élevé 600 m plus haut que le Mont Blanc, que
l'étape la plus éprouvante du trek vient d'être franchie, que
je n'ai jamais été aussi prêt des Annapurna, qu'un rêve que je
jugeais inaccessible s'est réalisé. Alors qu'à Thorung Pass,
les montagnes me semblaient presque banales, moins
impressionnantes que celles que j'avais vues, deux mois plus
tôt, du Dôme des Ecrins, des sanglots me montent dans la
gorge. J'ai l'impression que mon voyage est achevé.
Peu à peu, le fond
de la vallée nous apparaît. Il semble encore très loin. Rien à
voir avec les paysages que je viens de traverser. Nous sommes
ici à la frontière du Mustang et tout est beaucoup plus aride.
Un couple de Suisses que je croise, trouve que je n'ai pas de
chance de faire la traversée dans ce sens. Pour ma part je
pense qu'il n'est pas au bout de ses peines. La montée que
j'ai faite ce matin représente une dénivelée de 1000 m, pour
eux ce sera 1800 m.
Un peu avant
Muktinath, nous nous arrêtons à Chakarbu, une lodge isolée, la
première que nous rencontrons depuis ce matin. A la terrasse
de nombreux trekkeurs se sont attablés. J'avale un Coca, mais
il ne me fait aucun effet. Aussi je vide le contenu de ma
gourde. Encore une demi heure de marche et nous atteignons le
monastère de Muktinath que nous longeons avant d'entrer dans
la ville. Elle donne l'impression d'une ville à la campagne.
Une avenue sale mais plus large qu'une autoroute la traverse.
Les maisons sont assez isolées les unes des autres. J'ai
repéré une école. Nous prenons pension dans une lodge avec une
cour intérieure. On nous donne une chambre au rez-de-chaussée
et Chandra nous invite à déjeuner sur la terrasse qui n'est
rien d'autre que le toit de la lodge. Le ciel est bien couvert
et il fait juste chaud.
Après le déjeuner,
je fais un tour dans le village qui semble très pauvre.
Quelques artisans tissent devant chez eux, d'autres marchands
vendent les produits de l'artisanat népalais au milieu de la
rue. Sur une pente, au dessus de la lodge, un verger semble
particulièrement soigné. La vallée est vaste et très minérale.
Au sud le Nilgiri et le Tilicho Peak sont dans les nuages.
De retour, je
découvre qu'au rez-de-chaussée, il y a une salle à manger avec
une table chauffante semblable à celle que j'ai vu à Thorung
Phédi, mais ici, notre logeuse l'alimente régulièrement en
braise. Nous nous agglutinons autour et nous faisons servir du
thé. J'apprécie cette chaleur. Ma gastrite s'est transformée
en colique. Ce soir je me contenterai d'une soupe et d'un plat
de riz.
J'ai une certaine
crainte à regagner la chambre qui n'est pas chauffée. Comme la
ville bénéficie de l'électricité, nous pouvons retarder un peu
l'heure du coucher, mais il y a la fatigue d'une rude journée.
En définitive, c'est à 19 h que nous gagnons nos lits.
Notre nuit se
prolonge jusqu'à sept heures du matin. C'est une vraie grasse
matinée. Personne n'est pressé. J'ai mis en charge mes
batteries et il semble qu'elles se sont chargées. Je vais
pouvoir utiliser à nouveau mon camescope.
Dès que nous
émergeons, nos porteurs nous proposent d'aller visiter le
monastère de Muktinath. Philippe et moi partons avec eux,
Régis souhaite flemmarder encore. Nous remontons donc vers le
monastère. Ramzi et Khamel sont très excités. Une fois passé
l'enceinte, nous traversons un jardin où chaque arbuste est
étiqueté. Un panneau indique qu'il s'agit d'un jardin
botanique subventionné par le Japon. Cela explique l'étonnant
alignement du verger qui est au dessus de la lodge. Nous
remontons le ruisseau jusqu'à un temple hindouiste rutilant
d'or et de bois sculptés. Il est encerclé par un mur demi
circulaire d'où coulent 108 fontaines sous lesquelles nos
porteurs font leurs ablutions. On se croirait à Lourdes. Le
nombre 108 est un nombre sacré tant pour les hindouistes que
pour les bouddhistes.
Au bout d'un
moment, un moine arrive, ouvre la porte d'or du temple et
appose la Tika sur le front des quelques visiteurs. Nous lui
donnons quelques roupies et nous poursuivons notre visite.
Ramzi nous conduit dans un autre temple. Sous ce qui ressemble
à un autel, il y a trois portes qu'il ouvre les unes après les
autres en nous invitant à regarder à l'intérieur. De celle du
centre sort une source, de celle de droite un rocher et dans
celle de gauche il y a une petite flamme révélant une source
de gaz naturel. Je pense qu'il y a là tout un symbolisme qui
justifie la présence du monastère sur ces lieux.
De retour à la
lodge, nous retrouvons Régis heureux d'avoir pu prendre en
toute tranquillité son déjeuner. Pour nous ce sera beaucoup
plus long car la patronne va devoir se remettre aux fourneaux
et faire un à un les différents plats de notre commande.
Quand nous nous
décidons enfin à lever le camp, les premiers nuages se
pointent déjà à l'horizon. Nous traversons plusieurs villages
ruraux. Le paysage est très minéral et de couleur ocre. On se
croirait en Californie, mais on sent que les sols sont très
travaillés. Les champs en terrasse sont nombreux. Nous
rencontrons aussi de nombreux rochers en poudingue. Mon âme
méenne vibre et je ne manque pas de donner de nombreuses
explications à Régis et Philippe. Nous marchons sur une route
si large qu'elle pourrait être carrossable. Brusquement, au
passage d'un grand rocher, la vallée que nous venons de suivre
débouche sur une autre encore plus profonde. C'est la
Kaligandaki, une rivière qui vient de Chine après avoir
traversé le Mustang. Son lit est immense, il fait plus d'un
kilomètre et demi de large. En bas nous apercevons un ensemble
de maisons que nous atteindrons à midi par un sentier très
pentu.
Dehors, il commence
à faire du vent. Sur tous les guides touristiques, il est
signalé que celui-ci se lève tous les jours à 11 h. Nous nous
arrêtons dans une lodge qui est assez moderne. La salle à
manger est une grande pièce centrale, entourée de chambres aux
noms évoquant le souvenir d'expéditions de haute montagne. Les
tables sont chauffantes et côté sud il y a une terrasse vitrée
où des touristes allemands mangent bruyamment. Mes ennuis
intestinaux ont complètement disparu. Par précaution, je me
fais servir le repas le plus français que je trouve : oeufs,
pommes de terre et pomme. Il y a plusieurs jours que je
n'avais pas eu une telle faim.
A 13 heures nous
reprenons notre route. Nous marchons dans le lit de la
Kaligandaki. Sa platitude et sa largeur rendent le site
semblable à un désert. Le moindre groupe de marcheurs
ressemble à une caravane traversant le Sahara. Les images du
film de Maurice Herzog me reviennent à l'esprit. Ce paysage
très particulier m'avait paru très étrange pour être à
proximité d'un des plus hauts sommets de notre planète. Le
mouchoir devant la bouche s'avère indispensable si on ne veut
pas avaler la poussière que le vent soulève.
Vers les deux
heures nous atteignons Jomson. Cette ville dont les maisons
sont très éparses avec comme toit des terrasses en terre
battue, ressemble à la cité ouvrière d'un grand chantier de
travaux publics. A l'entrée, une grande place avec le buste du
roi et une école. Nous nous enfonçons dans la ville, puis
traversons un pont et poursuivons notre route. Nous passons
devant une école de guides de haute montagne au caractère
militaire très marqué. En passant je repère un panneau
"télécommunication". Je vais pouvoir envoyer un télégramme à
ma famille.
En cours de route,
nous rencontrons un autre groupe de l'agence "Glacier Safari
Treks". Ramzi me présente le guide comme son frère. Le groupe
est composé de deux couples d'allemands d'une cinquantaine
d'années. C'est leur dernier jour de marche. Demain ils
prendront l'avion pour Katmandou. Ensemble nous nous
installons dans une lodge tout près de l'aéroport. Celle-ci
est très moderne. L'entrée donne sur une grande salle avec un
bar, des canapés et une mezzanine qui en fait le tour permet
d'accéder aux chambres de l'étage. Au fond une grande baie
vitrée offre une vue sur le Tilicho Peak et ses 7134 m. Je
partagerai avec Chandra une chambre du rez-de-chaussée avec
cabinet de toilette, W-C. et douche . Ce grand confort va me
permettre de faire un grand nettoyage. Mais avant tout, je
dois aller poster mon télégramme.
Je remonte en
direction du centre de Jomson. La rue a dû être défoncée lors
de l'installation des égouts. On marche sur des galets qui
roulent sous les pieds. La progression est aussi contraignante
que celle d'une marche sur le lit d'un torrent asséché. Un
rouleau compresseur aurait été nécessaire, mais comment
l'amener ici! Je traverse le pont et arrive à des bâtiments
tout entourés de clôtures. L'un semble être la poste, l'autre
le centre des télécommunications, mais les deux sont fermés.
Je réalise alors qu'aujourd'hui nous sommes samedi, jour férié
au Népal. Dans la culture népalaise le samedi est un jour
néfaste, lorsqu'il a fallu instituer une journée de repos
hebdomadaire, c'est lui qui a été choisi.
De retour, j'en
profite pour faire un peu de shopping. A côté de la lodge, il
y a un magasin qui vend des produits artisanaux. Ils me
paraissent plus beaux que ceux que j'ai vus jusqu'ici. Est-ce
la présentation qui est plus artistique, est-ce l'effet des
spots qui les éclairent, car ici il y a de l'électricité,
est-ce le fait que Jomson est une grande ville? Je ne saurais
le dire! J'en profite aussi pour reconstituer mon stock de
Mars.
De retour, je
retrouve Régis et Philippe attablés à la terrasse de l'hôtel.
Une baie vitrée donne sur la rue. En face, il y a d'autres
lodges. La proximité de l'aéroport en fait une halte de choix
pour les grandes expéditions. A plusieurs reprises, nous
verrons un guide rassembler son groupe, faire un grand
discours célébrant l'esprit d'équipe qui a prévalu au cours de
l'expédition, souhaitant que cette amitié entre les peuples
devienne une règle de vie éternelle, puis distribuer de
nombreux cadeaux aux sherpas et sherpanies et demander, pour
clore la cérémonie, que tout le monde se donne la main et
forme un cercle pour entonner le chant d'adieu. En général, le
guide est un grand blond américain qui dépasse de 50 cm tous
les népalais. Le clou de la cérémonie se passe à la remise des
cadeaux, lorsque, tour à tour, guide et sherpa se décollent
mutuellement du sol dans de grandes embrassades.
Que restera-t-il de
ces grandes et sympathiques déclarations? Certainement peu de
choses! Dès le lendemain, les membres de l'expédition
prendront l'avion, pendant que leurs porteurs rapatrieront à
pieds le matériel sur Pokhara ou Katmandou. Liberté,
Fraternité peut-être, Egalité sûrement pas!
Ce soir Régis et
Philippe ont décidé que nous fêterons le passage de Thorung
Pass. Dans une salle à manger à l'étage, nous retrouvons
l'autre groupe de l'agence. Eux souhaitent la fin de leur
trek. Philippe et Régis ont pris une bouteille de rhum, moi de
la bière. Dans l'ambiance de la fête, une bouteille d'alcool
népalaise de plus s'avérera nécessaire. L'ambiance est chaude
et guides et porteurs nous font un récital de chants et de
danses. Nous aurons droit au "Sim Simé Pani" que j'entends
depuis que je suis au Népal. C'est le tube de l'année. Il
fallait bien qu'à notre tour nous chantions. L'épreuve fut
assez facile pour les allemands, mais pour nous ce fut un
grand couac.
Cette soirée s'est
terminée à 20 h lorsque nos guides se sont retirés pour aller
manger leur "dal bat". Il y a longtemps que nous n'avions
autant veillé, longtemps aussi que nous n'avions vécu dans une
ambiance aussi urbaine et modernisée.


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