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Ce sont les bruits de l'hôtel qui ce matin m'ont réveillé.
L'ambiance de fin de trek d'hier soir, le modernisme de la
lodge, le confort de mon lit, ont fait que cette nuit je n'ai
cessé de penser à mon retour en France. Il m'a fallu beaucoup
d'énergie pour me déconcentrer et trouver le sommeil. Chandra
ne semble pas avoir eu ces problèmes, il dort comme un
bienheureux.
Ramzi et Khamel
sont déjà debout. Dès que j'apparais, ils s'empressent de me
faire servir mon déjeuner. Dehors le ciel est pur. Je guette
les premiers rayons du soleil pour pouvoir filmer les sommets
qui nous entourent. Tout d'un coup un bruit inhabituel attire
mon attention. Par la porte d'entrée je vois des soldats
passer en petite foulée. Je bondis sur ma caméra. La scène est
assez insolite. Un peu plus tard, c'est le vrombissement d'un
avion qui vient nous surprendre. Tout le monde se précipite
sur la terrasse. Nous sommes aux premières loges. Les avions
se succèdent les uns derrière les autres, déposant et
embarquant leurs passagers. Il faut qu'ils se dépêchent, car
dès 11 h la piste sera rendue impraticable à cause du vent ou
des nuages. Il n'est pas rare que les vols soient annulés.
Khamel, fait appel
à mes qualités de toubib. Il me montre une bosse qu'il a sur
l'un de ses pieds. Je lui passe sans grande conviction un
désinfectant. Il ne sait pas m'expliquer ce qu'il ressent.
Quelques jours plus tard, à force de le voir se plaindre,
j'arriverai à comprendre qu'il s'est tordu le pied. Seul un
bon repos serait efficace, mais pour lui c'est impossible, il
faut d'abord regagner Katmandou.
Ramzi est parti
avant nous. Nous ne le retrouverons qu'à l'étape du soir. Il a
vraisemblablement fait route avec le guide et les porteurs de
l'autre groupe. Pour nous ce n'est qu'à 8 heures et demie que
nous quittons l'hôtel. Le premier village que nous traversons
est Marpha. C'est un village magnifique aux rues pavées et aux
maisons en pierre. Ici, tout semble propre et particulièrement
soigné. Les champs des alentours semblent eux aussi faire
l'objet d'une attention particulière. Pourtant notre attention
est attirée par le travail de plusieurs familles qui profitent
d'un canal où l'eau coule avec force, pour laver les boyaux de
je ne sais quels animaux. Un peu plus loin nous constaterons
qu'il y a un abattoir en pleine activité. Ce que nous trouvons
à l'intérieur tranche avec la propreté du village. Ici les
contrôles sanitaires ne doivent pas passer souvent. Les
animaux sont découpés à même le sol. Au milieu de la cour, un
tas de fumier. Un boucher la traverse, une tête de taureau
dans les mains, en enjambant, comme il peut, ses collègues en
plein travail. Un peu plus loin, nous trouverons les femmes en
train de faire leur vaisselle dans les mêmes eaux que celles
qui servaient à laver les tripes.
En passant je
remarque un panneau sur une maison "Canadian Librairy Center".
J'interroge Chandra qui profite d'une "pause thé", pour
s'informer. La fille de l'aubergiste nous conduit à la maison,
se débrouille pour obtenir la clé et nous fait visiter la
maison. Il s'agit d'une bibliothèque subventionnée par une
association canadienne. Quelques livres et revues sur la
montagne et le Népal sont rangés et offerts aux visiteurs. Ils
sont accessibles aux habitants de la ville et il semble qu'il
y ait la possibilité de les acheter. Je n'en saurai pas plus,
mais la jeune fille me gratifie du nom de "Great Father", ce
qui fait rire Chandra. De retour je raconte l'histoire à Régis
et Philippe en leur disant que je me suis fait traiter de
"papi". Le mot sonne bien et Chandra le retient. A partir de
ce moment, ce sera le nom qu'il me donnera.
A la sortie du
village, je remarque un bâtiment un peu plus carré avec un
panneau indiquant qu'il s'agit d'un centre de recherche et de
valorisation des produits de l'agriculture. A côté, des
arceaux indiquent qu'on y fait de la culture sous serres.
Un peu plus tard,
nous traverserons la ville de Tukuche. Sur toutes les toitures
sèche la dernière récolte. Je remarque la présence de maïs.
Nous nous arrêtons pour déjeuner dans une lodge assez
mignonne. Nous mangeons dans la cour, qui n'est autre qu'un
patio. De nombreuses fleurs l'ornementent. Sur la terrasse,
une femme est en train de lisser la terre battue avec une
serpillière.
En reprenant notre
route, nous gagnons le bord de la rivière. Par moment, nous
cherchons notre trace dans le lit, d'autres fois, nous sommes
contraints de prendre le sentier sur la rive pour éviter de
mettre les pieds dans l'eau. Nous croisons des caravanes de
mules et de chevaux. Nous doublons aussi quelques troupeaux de
moutons descendant des estives avec les bergers et toute leur
famille. Ici les bergers ne semblent pas connaître
l'utilisation du chien pour guider le troupeau. Tout se fait à
coups de sifflets. Lorsque le chemin se fait pentu et herbeux,
les animaux se dissipent davantage. La famille s'étale et
tente de les faire avancer en les rassemblant. Leur
progression soutient malgré tout un bon rythme.
Nous arrivons
enfin à Lété. Cette ville se divise en deux hameaux, l'un en
haut, l'autre en bas. C'est en effet ici que la Phano Khola
rejoint la Marygandaki en dévalant une dénivelée de deux ou
trois cents mètres en quelques centaines de mètres. Après
avoir passé la ville haute, nous arrivons sur un promontoire
d'où nous voyons les deux vallées. C'est assez vertigineux.
Pour gagner Lété Bas, nous descendons une très forte pente où
nous rencontrons des femmes qui, elles, remontent des ballots
de foin.
La lodge où nous
retrouvons Ramzi est tout à fait au fond de la vallée. Le lieu
est peu ensoleillé et peu engageant. A la terrasse je retrouve
les grenoblois rencontrés à Thorung Pass et équipés de
capteurs solaires. Ils ne me laissent pas le temps de rentrer.
Le concepteur du matériel me donne tous les détails de son
installation et va jusqu'à démonter son chargeur pour me
montrer l'électronique qu'il a conçue. Malheureusement, je
n'ai aucune compétence pour comprendre ses explications. Nous
échangeons nos adresses et je lui donne les références de
l'association solaire qui m'a prêté le sac à dos. A mon plus
grand regret, je la perdrai peu de temps après.
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Je retrouve mes compagnons dans la salle à manger, une pièce
où j'ai le plus grand mal à voir tant elle est obscure. On me
guide jusqu'à ma chambre où je dormirai seul. Elle n'est
séparée des autres que par de mauvaises planches pas toujours
très jointes. Les grenoblois campent dans une arrière cour.
Dans la salle de séjour, nous nous entassons pour passer la
soirée. Il y a bien une installation électrique. Chandra en
vérifiera le bon fonctionnement, mais c'est à la lampe à
essence que nous serons éclairés.
A table, je
converse avec une femme d'une quarantaine d'années. Elle
termine comme nous le tour des Annapurna. Elle est au Népal
pour deux mois. Elle a pris le temps de visiter longuement
Pisang, Manang et Jomson, d'où elle a fait plusieurs
excursions rayonnantes dont elle est très satisfaite. Je
trouve dans ses propos, la confirmation du sentiment que
j'avais d'être passé un peu trop vite dans ce secteur et
d'avoir manqué de nombreuses occasions.
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Ramzi
photographié au dessus de Manang |
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