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Mon aventure au Népal 1993

Arrivée à Pokhara, fin du tour des Annapurna

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Birethanti, le 11 novembre 1993.

 

            Ce matin, en nous levant à 6 h 30, nous avons presque bénéficié d'une grasse matinée. Chandra nous a parlé de deux heures de marche avant d'atteindre Pokhara, mais on ne sait jamais!  Les patrons de la lodge n'ont pas été plus matinaux que nous. C'est pourtant le bruit de leurs réchauds à essence qui nous a sorti du lit. Cela nous laisse le temps de nous prélasser sur la terrasse pour prendre un bon déjeuner.

 

            La température est douce. Plusieurs troupeaux transhumants passent devant nous. Le spectacle est amusant. A chaque passage, l'étroite rue qui traverse le village, est totalement envahie par les moutons qui sont si serrés les uns contre les autres, que certains sont contraints de monter sur les murets qui la bordent. Une discussion s'engage pour savoir si ce sont des moutons ou des chèvres, les uns ayant des têtes de moutons et des cornes, les autres des têtes de chèvres, mais pas de cornes. Peut-être y a-t-il eu croisement?

 

            Enfin, Chandra donne le signal du départ. Nous traversons le pont suspendu qui fait face à la lodge puis attaquons une petite montée. Au bout de trois quarts d'heure, deux grands coups de Klaxon nous ramènent d'un coup à la "civilisation". Le temps de gravir une petite côte, et nous débouchons sur une route goudronnée qu'obstruent deux camions en train de rameuter le client.

 

            Nous sommes à Lumlé; autour de nous, quelques commerçants profitent de cette halte pour proposer des boissons fraîches, du thé, des fruits ou d'autres nourritures. L'ambiance est très particulière. Les népalais s'interpellent beaucoup, on ne sait s'ils échangent des informations, négocient le prix du voyage, se renseignent sur l'itinéraire, toujours est-il, qu'il y a beaucoup de bruit et d'agitation.

 

            Chandra nous fait monter dans une grande caisse disposée au dessus de la cabine. Le camion est un "TATA", une marque indienne qui a emprunté un sigle intermédiaire entre celui de Talbo et celui de Mercédes. L'aérodynamique des cars, comme celle des camions, n'est pas toujours recherchée, par contre il n'est pas rare qu'ils soient  très décorés, couverts de dessins et ornementés de guirlandes dans un style fêtes de fin d'année. Dans la benne arrière, quelques femmes et leurs enfants ont pris place à côté d'une série de bidons de lait. Nous ne sommes pas les seuls à être au dessus de la cabine. Plusieurs fois, les coups de Klaxon et l'agitation nous font croire au départ immédiat, mais il nous faut encore attendre.

 

            Lorsqu'enfin le camion démarre, Chandra nous fait savoir que nous devons nous asseoir au fond de la caisse et ne pas nous montrer à l'extérieur. En fait, il semble que nous soyons les seuls à connaître cette consigne, ce qui nous encourage rapidement à ne pas la respecter.

 

            C'est la première fois que je vois une route au Népal, à l'aller le voyage s'était passé de nuit. Celle-ci est en bon état. J'apprendrai un peu plus tard qu'elle a moins d'un an. Ramzi a entrepris de nous faire un récital, il a abandonné son bonnet de laine et semble humer le vent. J'ai l'impression qu'il aime ce genre de situation qui lui donne le sentiment de défier la nature. La route est sinueuse. A la sortie d'un virage, un troupeau de moutons occupe la totalité de la chaussée. Sans ralentir, à grands coups de Klaxon, nous passons et les moutons s'écartent juste à temps. Après le passage d'un col, nous commençons à descendre sur Pokhara. Au dessous de nous, les cultures en terrasse occupent tout l'espace et semblent suivre les courbes du sol. Tout à coup, au dessus des nuages, apparaît le Machhapuchhare dans toute sa splendeur. Notre regard embrasse maintenant des horizons plus lointains Nous approchons de la deuxième ville du Népal.

 

            Des paysans ont profité de la chaleur du goudron pour faire sécher leurs foins. Ils les ont étalés sur la chaussée et ne sont pas gênés que tous les véhicules passent dessus. A chaque village, nous nous arrêtons devant une barrière qui semble vouloir barrer la route. J'apprendrai plus tard qu'il s'agit de postes de péage, car ici les routes sont payantes.

 

            Peu à peu, les habitations se font plus nombreuses et les marcheurs que nous croisons sur le bord de la route, augmentent. Nous entrons dans la ville. Tous les occupants du camion nous font signe qu'il ne faut pas que nos têtes dépassent de la caisse. Je ne saurai jamais si c'est à cause des risques de contrôle, ou parce que de nombreux câbles traversent la route. Toujours est-il que cette fois, l'ordre semble sérieux.

 

            Enfin, à un carrefour, nous abandonnons le camion. Un moment nous attendons la décision de Chandra qui négocie avec un taxi, mais c'est en fin de compte à pieds que nous nous rendons à l'hôtel Shikhar. Il est 10 h, nous n'avons pas à aller trop loin. L'hôtel est petit mais très moderne. Nous franchissons le portail d'entrée et traversons un petit jardin. Le hall d'accueil est digne d'un bon hôtel français mais les employés qui nous accueillent, sont tous empreints de l'amabilité népalaise. On nous attribue deux grandes chambres avec salle de bain et W-C. Une terrasse donne sur la rue. Immédiatement je dispose mon sac à dos sur la terrasse pour qu'il bénéficie du meilleur ensoleillement et me permette de recharger mes batteries. C'est le luxe. Je prends vite une douche et me sépare de mes vêtements tout imprégnés de la poussière des vents de Jomsom.

 

            Chandra nous propose d'aller déjeuner et nous entraîne dans un restaurant situé à une centaine de mètres de l'hôtel. Nous prenons place sous des canisses. Ici c'est la classe, il y a nappes et serviettes, la carte qui nous est proposée, est très fournie mais pas vraiment plus explicite. Une fois de plus, nos deux porteurs nous ont abandonnés et notre commande passée, Chandra part les rejoindre dans un restaurant proche.

 

            Nous sommes à une centaine de mètres du lac de Pokhara. L'atmosphère est très différente de celle de Katmandou, une impression de vie provinciale et méditerranéenne règne. Les maisons sont moins serrées les unes contre les autres. Après avoir mangé, en nous dirigeant vers le lac, nous passons devant des épiceries où des montagnes de fruits ont été savamment installées comme décoration. La variété des fruits est grande. En passant devant un magasin de vêtements, je vois des T-shirts avec "around Annapurna" brodé dessus. Pour 250 roupies, je me laisse tenter, d'autant que je commence à être juste en vêtements de rechange.

 

            Nous retrouvons Chandra qui nous propose de louer des vélos tout-terrain pour visiter la ville. Nous nous dirigeons vers le lac, mais nous ne le verrons que très peu. Ses berges sont occupées par des commerçants attirés par les nombreux touristes qui viennent le voir, mais ils n'ont rien trouvé de mieux que de l'obstruer avec leurs cabanons. Chandra nous procure des vélos et nous voilà partis. Nous longeons la rive du lac que nous réussissons enfin à voir. Mais ce n'est pas la préoccupation de notre guide qui file devant nous. Quant à nous, nous sommes bien trop occupés à éviter les passants et les autres véhicules. Nous n'aurons pas le temps de l'admirer. Nous passons devant l'aéroport. Je roule en queue de file, mais tout d'un coup je suis contraint de passer Régis qui a coincé sa chaîne au moment où Chandra a accéléré. Il faut dire que si les freins de nos vélos fonctionnent bien, les changements de vitesse sont peu maniables. Au carrefour de Simalchaur, je réussis enfin à prévenir Chandra qui fait demi tour pour aller le chercher.

 

            Pendant que nous les attendons, j'assiste à un embouteillage typiquement népalais. Un camion est  plus ou moins mal garé, une voiture arrive et se gare encore plus mal sur l'autre voie, obstruant toute la rue. Voitures, autobus et camions ne tardent pas à s'agglutiner, car nous sommes au centre d'un important carrefour de la ville. Un concert de Klaxons s'amorce, mais personne ne fait le moindre effort pour débloquer la situation. Un policier arrive, il remonte la file en donnant quelques coups de sifflets qui ne semblent pas émouvoir les protagonistes de cette pagaille, puis il repart sans que la situation ait évolué. Enfin l'auteur de l'embouteillage remonte dans sa voiture et sans la moindre excuse, débloque la situation.

 

            Nous remontons sur nos vélos et Chandra nous fait comprendre que nous allons vers un des plus hauts sommets de la ville. Dès que la pente se fait un peu plus raide, je suis contraint de faire appel à mon dérailleur et c'est à mon tour d'avoir des ennuis. Je me retrouve avec les mains pleines de cambouis. Heureusement, je suis muni de papier toilette pour me nettoyer, mais j'en garderai les traces dans le creux des ongles pendant plusieurs jours.

 

            Enfin nous arrivons sur une grande place presque déserte. Il y a longtemps que nous avons abandonné la route goudronnée, il y a pourtant une buvette et quelques femmes sont là, elles semblent indiennes. Chandra nous trouve un guide qui conduit ce petit groupe, à travers une forêt, puis nous fait descendre un escalier et entrer dans une grotte, un boyau de quatre à cinq mètres de diamètre dans lequel nous nous enfonçons. Le guide nous montre une tête d'éléphant mais il faut avoir beaucoup d'imagination pour la voir. Au bout d'une centaine de mètres, nous en atteignons le fond. Nous demeurons sur notre soif, mais les femmes qui sont avec nous, semblent émerveillées par les lieux. A la sortie le guide nous tend la main, nous lui donnons quelques roupies, mais à contrecoeur. Cette grotte est apparue à la suite d'un tremblement de terre, il s'agit d'une rivière souterraine qui a disparu à cette occasion. Je me souviens avoir lu dans un guide qu'il y a une rivière qui traverse Pokhara et qu'on peut la voir au travers d'une faille large d'un mètre. Il me semble que nous sommes passés sur un pont, c'est peut-être là. Au retour, nous passons sur ce pont et je m'arrête. Il y a bien, quelques dizaines de mètres plus bas, cachée dans la verdure, une faille avec tout au fond de l'eau qui brille.

 

            Chandra nous entraîne ensuite dans un temple, mais après ma semaine à Katmandou, je suis un peu blasé. Nous regagnons le centre ville. En passant nous nous arrêtons devant le travail de toute une famille en train de couler un plancher en béton. Tout se fait à la main, mais avec un remarquable enchaînement de gestes. Une femme, à l'aide d'une corde, tire la pelle de son mari qui charge les couffins de mortier. Une échelle humaine fait sauter les couffins de main en main jusqu'à ce qu'ils atteignent le lieu de leur dépôt, puis c'est le retour des couffins à leur point de départ. Pour ne pas se brûler les mains avec le béton, les hommes les ont chaussées de tongs. Les couffins volent ainsi de mains en mains et forment un véritable manège.

 

            En passant au centre de la ville, Chandra nous entraîne dans la grande galerie marchande de Pokhara. Là de nombreuses petites boutiques proposent des produits de consommation de luxe. Il y a beaucoup de monde et beaucoup de choix. Je n'ai pas vu l'équivalent à Katmandou, mais je suis loin d'avoir tout vu.

 

           Enfin nous rentrons. Lorsque nous passons devant le lac, il fait malheureusement presque nuit. Une petite embarcation accoste, quelques touristes débarquent. Le site semble beau et même romantique, mais il fait déjà trop sombre pour réellement l'apprécier. J'en ai vu de magnifiques photos. Il faudrait pouvoir revenir demain au lever du jour.

 

            Après avoir rendu nos vélos, je m'arrête dans une agence pour téléphoner à ma famille. Pendant que l'employé s'acharne à pianoter mon numéro qui refuse d'accrocher, mes compagnons s'informent sur le coût d'un trek dans le Téraï, une des plus célèbres réserves naturelles du Népal. Lorsque enfin l'employé arrive à avoir la ligne, je tombe sur ma soeur. Je ne l'entends pas très bien, mais je suis content de pouvoir la rassurer sur mon sort.

 

            En bons français, la vue des nombreux restaurants qui bordent le lac, a aiguisé nos appétits. Chandra nous propose d'aller manger au Hungry Eyes, un restaurant réputé pour sa cuisine italienne, chinoise et mexicaine. Nous mangeons dehors, il y a beaucoup de monde, là aussi une panne d'électricité vient prolonger la longueur du service. Pour clore le repas, Régis et Philippe avaleront d'énormes glaces et ce n'est qu'à 10 h du soir que nous regagnons nos chambres.

Rue de Pokhara

 

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