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Bien que nous nous soyons couchés tard, nous nous sommes levés
à 5 h 30 pour prendre le car qui doit nous prendre à sept
heures moins le quart devant l'hôtel. Le temps de faire un
brin de toilette et de ranger nos affaires et nous nous
retrouvons dans le hall de l'hôtel pour un déjeuner sommaire,
rien à voir avec ceux pris ces derniers jours.
Nous voici dans la
rue, avec nos bagages. Le car ne tarde pas à arriver. C'est un
car de tourisme. Il n'est pas particulièrement moderne, mais
comme presque tous les cars d'ici, il a à l'avant une cabine
fermée par une double porte, dans laquelle prennent place le
chauffeur et quelques passagers, les sièges sont en simili
cuir, par contre le plafond est revêtu d'une sorte de tapis
très coloré. La particularité du car touristique est qu'il ne
prend que des passagers ayant retenu leur place la veille, en
contrepartie il garantit une place assise. C'est toute la
différence avec le "local bus" où on entasse à plus soif les
autochtones (locaux), mais qui sont moins chers.
Chandra, Ramzi et
Khamel ont pris place dans la cabine avec le conducteur,
tandis que nous, nous avons des places numérotées derrière. Je
ne comprends pas immédiatement cette subtilité. Le receveur
qui nous installe, me demande si je le reconnais. Sa tête me
dit quelque chose, mais pas au point de me rappeler que c'est
lui qui, hier soir, a longtemps pianoté sur son téléphone pour
appeler ma famille. Le car passe d'un hôtel à l'autre pour
ramasser ses clients, autant dire que nous nous arrêtons tous
les dix mètres. Je ne tarde pas à être interpellé par un
népalais qui exige de s'asseoir à ma place. Il ne parle ni
français, ni anglais et je comprends d'autant moins ce qu'il
veut qu'il y a encore de nombreuses places vacantes. En fait,
la place qu'il a retenue est près de la fenêtre et il exige
son droit. Un américain ne tardera pas à faire l'objet du même
type d'altercation.
Nous longeons le
lac et lorsque les baraquements qui le bordent veulent bien se
faire plus discrets, il apparaît d'autant plus magnifique
qu'en arrière plan le Machhapuchhar se révèle dans toute sa
splendeur. Que ce doit être merveilleux les jours où le ciel
est parfaitement dégagé!
Le car ne cesse de
s'arrêter pour prendre ses passagers. Il est complet lorsqu'à
7 heures 45 les dernières maisons de la ville s'éloignent.
J'ai quelques regrets de quitter si rapidement Pokhara. Ma
tristesse est d'autant plus grande qu'un sentiment de fin de
vacances m'envahit. Je suis en train de fermer la boucle de ce
tour des Annapurna, de cette marche autour d'une des plus
prestigieuses montagnes du monde. Comme à la fin d'un beau
rêve, j'ai un peu peur de devoir me réveiller, d'affronter à
nouveau les soucis quotidiens. Dans huit jours, je prendrai
l'avion du retour. L'agence a-t-elle confirmé ma réservation à
l'AEROFLOT? Catherine a-t-elle pu regagner le Népal?
Pourra-t-elle m'organiser un autre trek et m'éviter de
séjourner trop longtemps à Katmandou? Pourrai-je enfin changer
de l'argent pour faire quelques achats? Toutes ses questions
se bousculent dans ma tête.
A 9 h le car
s'arrête en rase campagne pour une halte pipi. A peine
descendus, nous sommes assaillis par des gamins qui nous
proposent oranges, bananes ou cacahuètes. A 10 h 15 nous
arrivons à Mugling. Ce coup ci la boucle est réellement
fermée. Sur cette très large avenue je retrouve l'agitation
que j'avais constatée à l'aller. Tout le monde descend. Nous
avons vingt minutes pour manger un "Dal Bat".
A 12 h 45 un grand
embouteillage nous oblige à nous arrêter. Voitures, cars et
camions s'agglutinent. Ca klaxonne de tous les côtés, il est
vraisemblable que personne ne veut faire l'effort de se serrer
correctement sur le bord de la route. Lorsque enfin, un
déblocage s'amorce, un attroupement apparaît. En passant
devant, il nous semble qu'une femme vient d'accoucher sur le
bord de la chaussée.
Pour passer le
temps, je regarde mon altimètre et constate qu'il indique 200
m. Surpris, je consulte ma carte qui confirme qu'il a raison.
Dire qu'il y a une semaine nous étions à 5400 m d'altitude. Ce
sera le point de passage le plus bas de ce parcours et à
partir de là, nous n'allons cesser de monter avant de plonger
sur Katmandou.
Nous nous
arrêterons encore une fois pour une pause thé. A 14 h, à
l'entrée de Katmandou, nous tombons dans un nouvel
embouteillage provoqué par le check post ou le péage. Camions
et voitures forment une longue file alors que notre car
réussit à se faufiler. Il nous dépose enfin près de Tridevi
Marg, nous avons mis sept heures trente pour parcourir 200 km.
C'est le moment des
séparations, Régis et Philippe souhaitent trouver rapidement
un hôtel pour prendre une douche, nous décidons de nous
retrouver dans une heure ou deux à l'agence pour prendre un
pot avec nos guides et porteurs. De mon côté, je suis pressé
de voir Catherine pour organiser mon prochain trek. Chandra,
Ramzi , Khamel et moi remontons Tridevi Marg, puis nous nous
dirigeons vers l'agence. Là je retrouve l'associé de Bassou
qui s'inquiète sur les circonstances de mon voyage. Je le
rassure, tout s'est bien passé, je suis si enchanté que je
souhaite repartir le plus tôt possible. Il appelle Catherine
au téléphone. Elle m'invite chez elle et me dit que Bassou
peut me prendre à l'agence vers 17 h en allant chercher sa
fille Raphaëlle.
En attendant, on me
prépare mon permis de trek. Il va falloir faire vite car nous
sommes à la veille de la fête nationale et lundi il sera
impossible de trouver un guide. Par ailleurs le temps qui me
reste ne me permet pas d'aller très loin, le Langtang, pays
des sherpas, serait le mieux. Catherine décidera. On me
présente à deux personnes qui reviennent de l'Everest, ce sont
un français et un suisse. C'est avec eux que j'aurais pu
partir. Ils sont enchantés de leur séjour, il faut dire que
l'an dernier, ils avaient essayé d'aller au sanctuaire des
Annapurna, mais avaient dû rebrousser chemin à cause du temps.
L'associé de Bassou
me propose d'emporter mes affaires à l'hôtel Namasté, chez le
frère de Bassou. Je suis étonné de cette décision, mais il y a
peut-être eu contre ordre. Je commence à m'habituer aux
méandres de l'organisation népalaise. Avec Ramzi, nous partons
pour l'hôtel. Notre arrivée semble surprendre tout le monde,
mais immédiatement à l'accueil on saisit mes sacs et on
m'amène dans une chambre aussi confortable que celle que
j'avais eue à mon arrivée.
En retournant à
l'agence, Ramzi semble très ému de devoir me quitter. Nous
retrouvons Régis et Philippe qui sont arrivés, mais Chandra
n'a pas attendu. Nous prévenons l'agence que nous allons boire
un pot dans l'hôtel d'en face. Régis et Philippe veulent voir
Bassou pour éventuellement aller dans le Téraï. Au moment où
nous nous apprêtons à conclure nos adieux, on vient nous
prévenir que Bassou est arrivé. Nous nous séparons donc.
Peut-être nous reverrons-nous la semaine prochaine, lors du
grand départ.
A l'agence, on me
présente deux hollandais, un homme et une jeune femme.
J'embarque avec eux dans un mini car conduit par un guide
népalais. Nous passons à l'hôtel Namasté pour récupérer mes
affaires et nous rendons chez Catherine. La nuit est tombée
lorsque nous arrivons. C'est une torche à la main que la "Didi"
nous ouvre la porte d'entrée du jardin, le quartier est en
panne d'électricité. C'est assez courant et dans toutes les
pièces il y a des lampes à néon rechargeables. Pour les
népalais, une "Didi" est une femme dont on ne connaît pas le
prénom.
Catherine et Bassou
sont là. A tâtons nous gagnons la maison et prenons place dans
le séjour qui ressemble fort à celui que les parents de
Catherine avaient aux Mées. Lorsque Bassou me propose un
pastis, j'ai vraiment l'impression d'être en France. Ce
changement brutal est inattendu.
Les deux hollandais
sont très volubiles. La conversation se fait en anglais, mais
mes connaissances ne sont pas suffisantes pour la suivre
intégralement. La jeune femme ressemble plus à une italienne
qu'à une hollandaise, elle semble vouer une grande
reconnaissance à Catherine ainsi qu'au guide qui est resté
avec nous et qui demeure très discret. Le hollandais, lui,
disserte beaucoup sur la gentillesse népalaise et sur la
culture de ce peuple. Bassou apparaît comme un patriarche, un
homme de sagesse aux gestes contrôlés. Il intervient pour
expliquer, laisse apparaître ses sentiments, mais en retenant
tout ce qui pourrait être exubérance.
Au cours de la
discussion, l'électricité revient et la "Didi" apparaît avec
un plat de "Momos", une sorte de ravioli. Nous passons à
table. Nous allons manger de la salade, du fromage et des
fruits et boire du vin. J'ai vraiment l'impression d'être en
France. Nous nous séparerons fort tard.
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