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22 octobre à Roissy.
Il est midi. Le
taxi a réussi à sortir des encombrements qui bloquent
l'aéroport. Nous avons du passer par la zone de fret pour
éviter le piquet de grève et maintenant nous recherchons le
parcours qui nous conduira à l'entrée de l'aérogare.
Je suis tendu à
mort. Depuis une heure je vois les tours de Roissy, sans avoir
l'impression de m'en approcher. Il y a un an que je prépare ce
voyage et l'avion que je dois prendre risque de partir sous
mes yeux, sans moi.
Il y a deux heures
que je suis dans le taxi et depuis une heure j'aurais dû
retirer mon billet au bureau de Nouvelle Frontière. Dans le
taxi, la radio nous a appris que les grévistes avaient bloqué
les entrées de l'autoroute. Fort de cette information, le
chauffeur a préféré prendre la nationale. Grâce au radio
téléphone, j'ai appelé Nouvelle Frontière qui m'a conseillé de
poursuivre ma route. Le temps passe, tout est bloqué. Dans le
taxi je ne tiens plus sur mon siège. J'ai dû me débarrasser de
mon sac banane qui formait une boule sur mon ventre et
renforçait les effets de ma crispation.
Enfin, dans un
enchevêtrement de voies qui montent et descendent, le taxi
s'arrête devant une des portes d'accès de l'aérogare. Je saute
dehors pendant que le chauffeur extrait mes bagages du coffre
et les dépose sur un chariot. Je le règle et me dirige vers le
hall d'accueil. C'est alors que, voulant connaître le numéro
de la porte la plus proche de Nouvelle Frontière, je
m'aperçois que j'ai laissé mon sac banane et tous mes papiers
dans le taxi.
Panique! Comment
retrouver ce chauffeur qui s'est empressé d'aller à la
recherche d'un nouveau client? Je demande à ceux qui passent,
s'ils peuvent m'emmener vers l'aire de départ. C'est un refus
catégorique. Pas de concurrence déloyale. Je suis contraint
d'abandonner mes bagages trop lourds à porter et doit partir à
pied. Je coure et suis la direction que prennent les voitures,
elle m'amène aux taxis, je retrouve le mien et mon sac
banane. Ouf!
C'est la première
fois que je prends l'avion depuis 27 ans. Je suis peu habitué
à ses exigences. J'ai fait le choix de répartir mes affaires
dans deux sacs de voyage. Dans l'un j'ai mis tout ce qui n'a
aucune valeur et dans l'autre le reste. Je pensais ainsi
garder avec moi tout ce qui a une valeur. Je ne me suis pas
rendu compte que ce sac est intransportable. A
l'enregistrement, on ne manque pas de me le faire remarquer.
L'employée exige que les deux sacs soient pesés. Ils font
ensemble 22 kilogrammes, deux kilogrammes de plus que le
maximum autorisé. Je dois, en plein hall de gare, extraire le
sac à dos que je suis autorisé à garder avec mois en cabine et
y entasse ce qui peut me servir pendant le voyage. Ainsi
allégés, mes bagages sont acceptés à l'enregistrement. Bien
entendu, dans l'urgence, les choix sont délicats et je commets
des erreurs. J'oublie de prendre un stylo pour remplir les
différentes fiches d'embarquement et de transit qui me seront
demandées. Je me sépare des batteries de mon camescope et je
ne pourrai filmer les plus hauts sommets de l'Himalaya
lorsque nous survolerons le Népal. J'oublie mes affaires de
toilette qui m'auraient permis de me rafraîchir au cours de la
nuit à Moscou, etc....
Enfin, je suis dans
la salle d'embarquement. C'est bien là l'essentiel. Quel
soulagement! Les trekkeurs sont nombreux et très
reconnaissables à leurs sacs à dos, leurs anoraks et leurs
grosses chaussures. Dans son livre "A la recherche de la
Baleine Blanche", Jacques Lanzman en avait donné une
description qui m'avait surpris,. Elle s'avère tout à fait
exacte.
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