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Mon aventure au Népal 1993

Les prémices de la Nouvelle Année Newars

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            Une musique criarde provenant d'une maison voisine m'a réveillé. Nous sommes samedi, jour du repos hebdomadaire des Népalais. Il y a bien eu quelques bruits de pas dans la maison, mais cela ne ressemble en rien à l'agitation d'un réveil général. Je profite de ce calme pour mettre un peu d'ordre dans mes bagages et réorganiser mes sacs. Puis je me mets à relire les différents guides que j'ai avec moi. Cartes en mains, je revis les différentes étapes de mon aventure. J'essaye de comprendre ce que j'ai vu.

 

            Il est plus de 9 h lorsque j'entends Raphaëlle s'inquiéter de mon sort. Elle a vu de la lumière dans ma chambre. Je retrouve tout le monde dans le séjour autour d'un plantureux déjeuner. Cette nuit Catherine a eu des troubles intestinaux, sans doute la suite de son infection relancée par le repas d'hier soir. Les deux fils de Bassou sont sages comme des images, ils avalent leur déjeuner sans broncher, raclant leur assiette jusqu'à la dernière miette. Pendant ce temps, Raphaëlle qui ne tient pas en place, ne touche que du bout des lèvres ce qu'on lui présente. Bassou n'a de cesse d'enseigner à ses fils le savoir vivre européen. Son visage est éclairé par un sourire aussi léger que constant et un calme sans faille le caractérise. Il semble que ses deux fils soient déjà empreints de cette sagesse.

 

            Cet après-midi Catherine va à une réunion de parents d'élèves. J'en profite pour me faire déposer près de Thamel, elle me récupérera à l'agence vers les 16 h 30. Maintenant que je sais à peu près me repérer, j'en profite pour faire du shopping. J'aimerais m'acheter un pantalon, des chaussures et un gilet typique du Népal. Je parcours à grandes enjambées les rues pour repérer les magasins qui me semblent les plus intéressants. Je trouve un gilet qui me convient, 200 roupies, le prix me semble correct mais il faudrait que je sois deux fois plus gros pour qu'il soit à ma taille. Après avoir tout fait pour me convaincre qu'il me va à la perfection, le marchand me propose de le faire retailler. J'accepte à condition qu'il soit prêt pour demain matin 10 h.

 

            A peine je sors de sa boutique que je suis baratiné par un colporteur qui me propose une cassette de musique folklorique. Je sui s intéressé, mais je ne suis pas sûr qu'elle contienne la chanson "Sim Simé Pani" que j'ai entendu à toutes les radios et à de nombreuses occasions. Je décline son offre, mais un népalais ne lâche pas un client comme cela. Catherine m'a dit qu'aujourd'hui, pour les commerçants, le chiffre d'affaires du jour est le reflet de celui de l'année à venir. Aussi, pour favoriser le destin, ils sont prêts à tout pour forcer le sort. Voyant que mon vendeur n'est pas prêt à m'abandonner, je lui demande son prix: "400 roupies". Pour être sûr de mon coup, je lui en propose 200. Un moment je crois qu'il s'étouffe, mais il se ressaisit et poursuit son forcing. Il me dit: "mais c'est moins cher que ce que je l'ai payé". Je lui propose 250 roupies. Il accepte. En mettant la main à la poche pour prendre l'argent, je me rappelle que je n'ai que les billets de 5000 roupies que j'ai changés la veille. Un instant j'imagine ce qui se passerait si je sortais dans la rue ces billets. Je préfère ne pas m'y risquer. Je lui explique que je n'ai pas d'argent sur moi, mais que je serai là demain à partir de huit heures. Il n'est pas très content, mais me voyant déterminé, il me laisse m'éloigner.

 

            Je décide d'aller faire un tour du côté des librairies. J'ai vu en vitrine le livre de Maurice Herzog, j'aimerais bien comprendre le parcours qu'il a fait avant de faire l'ascension de l'Annapurna. J'aimerais aussi trouver un livre pour apprendre le népali. Je fais plusieurs magasins et m'aperçois que "le premier 8000" est une traduction en anglais. Un peu déçu, j'entre dans le magasin qui me semble le mieux approvisionné et me dirige vers le rayon des livres français. Mon choix se porte sur "Avec Zimba le Sherpa" de Robert Rieffel qui conte les randonnées qu'a faites ce français, détaché par Air France pour mettre en place la ROYAL NEPAL AIRLINE CORPORATION (R.N.A.C.). Il s'avérera que c'est un bon choix. Je regarde aussi du côté des livres d'apprentissage du népali, mais là tout s'adresse à des anglais.

 

            Lorsque je regagne l'agence, il est déjà tard. Je trouve l'associé de Bassou, Khamel et son fils, ainsi que d'autres porteurs et le guide d'hier soir. L'ambiance est très électrique. On m'explique qu'on est en pleine préparation de la fête, qu'il va y avoir de partout des bougies allumées, un peu comme pour le 8 décembre à Lyon. Effectivement, en revenant, je viens de voir de nombreux commerçants mettre des bougies devant leurs boutiques, quelques fois à même le sol. Ici, peu importe si on gène la circulation, peu importe si ce qu'on fait risque d'être détruit par les piétons ou par les vaches. L'important est d'avoir fait le geste.

 

            Dans la rue, des groupes de gamins vont de magasin en magasin en chantant jusqu'à ce qu'on leur donne quelques roupies. En général, dès que les sous apparaissent, le chant s'arrête, le groupe s'éloigne et son chef négocie avec son équipe la prochaine cible. 

           

            A 18 h 30 Bassou, Catherine et les enfants arrivent. Bassou et son associé procèdent à la bénédiction de l'agence. Ici aussi des bougies ont été placées un peu partout, sur les marches de l'escalier, tout autour du balcon, sur les rebords de fenêtres. Tout le monde est sur la terrasse

pendant qu'ils aspergent d'eau les bureaux et font d'autres rites que je ne vois pas. Eux seuls sont rentrés après avoir quitté leurs chaussures. Bassou dépose ensuite la "Tika" sur le front de son personnel. J'ai aussi droit à ce signe protecteur. Seule Catherine y échappera. Puis nous nous rendons à l'hôtel Namasté où Bassou apporte des offrandes à son frère. Celui-ci lui en offre en retour. Il nous conduit dans son bureau où un petit autel est dressé. Il est composé d'une stèle, entourée de colliers de fleurs orange, de fruits de toutes sortes et Catherine me fait remarquer qu'il y a une liasse de dollars. C'est assez étrange. Il s'agit de rappeler aux divinités les richesses que l'on souhaite obtenir.

 

            Nous nous rendons ensuite dans le quartier de Dubar Square où la fête est encore plus chaude. Mais Catherine commence à être fatiguée et nous ne nous y attarderons pas. En revenant, Catherine remarque qu'un arbre est en feu, sans doute une conséquence de la fête. Un peu plus loin nous croisons la voiture des pompiers. A notre arrivée à la maison, un groupe de fillettes nous attend devant le portail. Nous avons droit à une nouvelle sérénade. Au repas du soir, j'ai droit à toute une variété de gâteaux particuliers à cette fête.

 

rue de Pokhara

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