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Ce matin, après une longue nuit, Chandra et Boté Lama sont les
premiers à donner le signal du lever. Les patrons de la lodge,
eux, ne sont pas pressés. En descendant de nos chambres, je
les aperçois sortant à peine du lit. Lorsque notre toilette
est terminée, les femmes commencent juste à attiser le feu de
leur poêle. Elles sont si peu vaillantes que Chandra se met au
fourneau pour me préparer un Pancake.
A 7 h 30 Chandra
donne le signal du départ. Nous quittons le large sentier pour
longer un temps un canal d'irrigation. Il n'y a pas à
proprement parler de sentier. Nous profitons seulement des
berges de ce canal pour avancer. Il nous faut fréquemment
passer d'un côté à l'autre, une fois le flanc de la colline se
fait trop proche, le coup suivant c'est la paroi en surplomb
du canal qui s'affaisserait sous nos pas si nous
l'empruntions. Parfois, il n'y a plus de passage, nous devons
trouver notre chemin en grimpant à travers la végétation pour
passer l'obstacle. Au bout d'une demi-heure de ce cheminement,
nous nous apercevons que d'autres marcheurs passent dans le
lit de la rivière. Nous gagnons cette piste qui n'est pas très
clairement tracée et pendant deux heures nous remontons la
Talamarang Khola en marchant sur les galets. A plusieurs
reprises, les méandres de la rivière nous imposent une
traversée, à deux reprises Boté Lama me porte sur son dos pour
m'éviter de devoir me déchausser pour marcher dans l'eau. Nous
nous sommes ainsi élevés de 400 m en direction de l'ouest
lorque nous arrivons à un confluent que nous traversons. Après
une petite halte pour nous désaltérer et reprendre notre
souffle, nous attaquons une sente très raide qui nous entraîne
vers des espaces plus verdoyants et nous fait gagner en peu de
temps l'altitude de 1700 m et la crête que nous suivons
jusqu'au village de Takani. A plusieurs reprises, Chandra
hésite sur la piste à prendre et aux carrefours il dessine une
flèche sur le sol pour indiquer le chemin à Boté Lama qui est
derrière nous. Je suis un peu sceptique sur la méthode, car
jamais je ne serais capable de repérer une aussi discréte
indication, mais elle s'avère efficace, Boté Lama arrivera peu
après nous.
Takani n'est pas un
grand village. Il y a quelques maisons rurales assez
dispersées à flanc de colline et au sommet un dispensaire.
Lorsque nous arrivons, l'infirmier de garde attend devant sa
porte, il ne semble pas avoir beaucoup de clients. Il est 11 h
45. Un peu plus loin, une lodge isolée où quelques autochtones
terminent leurs consommations. Chose rare, le patron est en
short et termine sa toilette à la fontaine publique. Pendant
que je bois un coca, il prépare notre repas. Ce repos est bien
apprécié car nous venons de nous élever de 1000 m. J'ai
attrapé une bonne suée. Il fait bon mais nous sommes en plein
vent. Au bout d'un moment j'ai une sensation de froid, il est
trop tard ce sera le début d'un rhume.
La cuisine du
patron n'a rien d'extraordinaire et lorsque nous repartons
Chandra n'est pas content, il trouve qu'on nous a pris pour
des américains. En quittant Takani, nous descendons sur
l'autre flanc de la colline jusqu'à Pati Bhanjyang, un mignon
petit village situé sur un étroit col à 1750 m d'altitude.
Nous ne prenons pas le temps de nous arrêter. Immédiatement
nous nous engageons sur le chemin qui part en face. Il suit la
ligne de crête. Nous nous élevons ainsi rapidement jusqu'à
l'altitude de 2000 m. Là, la pente s'adoucit et le sentier,
tout en continuant sa montée, sinue sur des sommets tout en
rondeur. Un vent soutenu s'est levé et il remonte les nuages
de la vallée. C'est dans le brouillard que nous arrivons à
Chisapani. Ce village est situé, lui aussi, au sommet d'une
colline de 2150 m. Il semble bien qu'il soit essentiellement
composé de lodges.
Il est 13 h 15.
Nous en trouvons une agréable et propre, mais avec le vent, il
fait très froid. Aussi je m'enferme dans la chambre et me mets
à lire. Chandra m'apporte un thermos de thé et des biscuits.
Je me plonge dans la lecture de mon livre. Avant la tombée de
la nuit, je me risque dehors, on n'y voit pas à 10 m. De
nombreux trekkeurs ont envahi le village, il y a même tout un
groupe qui a installé un camp de toiles. Les cuisiniers se
sont mis à l'abri dans une pièce de la lodge et le sifflement
de leurs réchauds à essence s'entend même de loin. Dans une
lodge voisine, je trouve une pellicule photo, elle me
permettra de pallier aux carences de mon camescope.
De retour, je rends
visite à Chandra. Je viens de prendre conscience que c'est ma
dernière nuit de trek, aussi je lui donne ma boussole et une
nouvelle fois je lui reprécise comment s'en servir. A 17 h,
alors que j'écoute la cassette achetée à Katmandou, le garçon
de la maison vient prendre la commande de mon repas du soir.
En entendant la musique, il m'interroge sur le prix de vente
de la cassette. Lorsque je lui dis "250 roupies" il semble
très étonné. Je lui commande un "dal bat" et Chandra me fait
aussi apporter une chandelle. A chaque fois que je suis
contraint d'ouvrir la porte de ma chambre, j'ai le plus grand
mal à tenir ma bougie allumée et c'est un vent glacial qui
s'engouffre, entraînant avec lui des filets blancs de
brouillard jusque dans le couloir qui nous dessert.
Sur le bord de mon
lit, j'avale rapidement mon repas qui refroidit très vite.
Chandra a eu la bonne idée de me rajouter une soupe que
j'apprécie. Une fois terminé, je m'enfonce dans mon duvet et
tente de m'endormir. Malheureusement je ne suis pas le seul
trekkeur ici et pour les autres c'est aussi le dernier soir de
trek. Dans le camp, à côté on fête bruyamment en chantant et
sans doute en buvant beaucoup.

Jeunes lycéens rentrant de leur
école
Fontaine publique à Bhaktapur
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