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Mon aventure au Népal 1993

Retour à Katmandou

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            La nuit a été moins froide que le temps d'hier soir ne le laissait prévoir. A 6 h 30 je me lève. Le vent est tombé mais le ciel est encore très brumeux. Dehors, dans le camp voisin, on est déjà en train de démonter les tentes et les cuisiniers s'activent à préparer le déjeuner. Autour de la fontaine où je vais faire ma toilette, on astique déjà la vaisselle.

 

            De retour, Boté Lama s'inquiète de mes volontés pour déjeuner. Le temps de ranger mes affaires, je me retrouve attablé en face de deux américaines qui ne semblent pas avoir totalement terminé leur nuit. Mon choix s'est porté sur des aliments chauds car à ma façon de me moucher et de pleurer, j'ai tous les symptômes avant coureur d'un rhume.

 

            Devant la lodge, les porteurs préparent leur charge et se chauffent comme ils peuvent en se serrant contre le mur qui nous fait face et en fumant . Il y a parmi eux de nombreuses femmes. Les trekkeurs, eux, s'attardent autour des dernières tables du camp, comme pour arrêter le temps et prolonger ce séjour qui s'achève.

 

            A 7 h 30 Chandra me donne le signal du départ. En quittant Chisapani, nous reprenons notre cheminement sur la crête et en moins d'une demi heure nous gravissons les 300 m de dénivelé qui nous conduisent au col de Burlang Bhanjyang (2438 m). Il n'y a plus maintenant qu'à se laisser descendre sur Katmandou. Nous traversons un camp militaire.  Son ordonnancement n'a rien à voir avec l'habituel urbanisme du Népal. Le plus surprenant est la propreté des rues et la régularité de leur pavage. Dans la plus pure tradition de toutes les armées du monde, tout ici est au carré. Seul anachronisme, la présence de plusieurs potagers, j'ai l'impression que l'armée fait aussi oeuvre de garde forestier. Par contre, comme à chaque fois que je suis passé devant des bâtiments administratifs, tout semble vide. Après ce replat, nous nous engouffrons dans un vallon pentu. Les eaux de pluie en ravinant le sol sableux, ont creusé une véritable tranchée déjà très glissante par temps sec. J'imagine ce que ce doit être pendant la mousson. Nous débouchons sur une retenue d'eau. Chandra me signale qu'elle sert à alimenter Katmandou. A partir de là, une très grosse tuyauterie va longer notre route.

 

            Nous rencontrons de plus en plus de monde sur le chemin, notamment des lycéens cheminant par petits groupes et c'est notre entrée à Mulkharka. Il est 9 h 15, Chandra me propose de boire un thé. Nous reprenons immédiatement la route et entrons dans Sundarijal à 10 h. Malgré la pente de la rue, aucun aménagement du sol n'a été fait. Les pluies ont fait ressortir de grosses pierres qui nous contraignent à faire attention où nous mettons les pieds. Les maisons qui la longent, semblent très pauvres.            Une fois passé devant le lycée, nous arrivons sur une place. Là il y a les premières boutiques et immédiatement des voitures, un car, des motos et beaucoup de tintamarre. C'est le retour à la civilisation!

 

            Nous nous arrêtons au premier restaurant que nous trouvons. Il est tenu par des jeunes qui ne semblent pas particulièrement vaillants. Pour ce dernier repas de trek, je commande un "Apple Pancake" et un "Chicken Momo". En attendant, Chandra me fait servir un thé, ce sera la seule fois de tout mon séjour où ce sera dans une petite tasse et avec une infusette.

 

            En attendant, je fais un tour dans le village. Derrière le restaurant, il y a plusieurs bâtiments militaires. A l'inverse du camp de ce matin, il ressemble surtout à un terrain vague, il y a quelques soldats qui paraissent fort désoeuvrés. Un peu plus bas, un bâtiment moderne semble être le siège de l'administration de la société de traitement des eaux. A côté, toute une installation d'épuration et de pompage. Il doit y avoir un lien entre cette installation et la présence des militaires, mais je n'en aurai aucune confirmation.

 

            De retour, je retrouve Chandra. Il a étalé ses vêtements humides. Ils n'ont pas séché de tout le voyage. En face du restaurant, une petite menuiserie, je regarde travailler l'artisan qui ne dispose que d'un tour pour le moins sommaire. Devant le commerce voisin, un vieux prépare son narghilé. A côté, un groupe de jeunes arrive avec de petites affiches. Un petit attroupement se forme. Une personne du quartier arrive avec un pinceau et de la colle. L'opération entraîne beaucoup de palabres. Je ne sais pas quel est le contenu de l'affiche, mais je pense que les palabres auront été plus importants que les textes, beaucoup de népalais ne sachant lire. Le temps passe et nous ne voyons toujours pas venir notre repas. Chandra s'impatiente et part faire un tour dans les cuisines.

 

            Il est midi, lorsque rassasié, Chandra décide de trouver un moyen de locomotion pour rentrer à Katmandou. Il rencontre l'opposition d'un jeune homme qui semble faire la loi sur le quartier. Il nous interdit de prendre le taxi qui est là. Un car arrive, nous commençons à nous installer, mais là encore, il n'est pas d'accord. Chandra commence à "avoir la colère". Avec Boté Lama, nous reprenons nos affaires et nous traversons toute la ville à pied pour retrouver à l'autre bout le taxi qui nous attend.

 

            A l'agence, je retrouve Bassou et Catherine qui me donnent rendez-vous pour 15 h 30. J'ai juste le temps de faire quelques courses. Du bureau, j'appelle ma soeur pour l'avertir de mon retour, puis je pars dans Thamel. N'ayant plus rien à me mettre pour le retour, je m'achète un pantalon et trouve chez le même marchand des chaussures à ma taille. Dire que cela fait plusieurs années que je fais tous les marchands que je rencontre sans trouver de chaussures de soirée à ma taille ( le 38 ) et là, il y en a dans le premier magasin où je vais. Il est vrai qu'ici ma petite taille est très normale. Sur ma route je trouve aussi un marchand de cassettes et la célèbre chanson "Sim Simé Pani".

 

            A l'agence, ce sont les adieux. J'offre mes dernières roupies à Chandra et à Boté Lama qui m'accompagnent jusqu'à la voiture. Les adieux sont un peu brefs. Catherine est pressée, elle doit prendre Raphaëlle à la sortie de l'école. J'espère pouvoir repasser demain, peut-être y aura-t-il aussi Ramzi qui devrait être rentré de son trek. Malheureusement ce ne sera pas possible.

 

            Avec Catherine, nous passons prendre Raphaëlle. Nous nous arrêtons dans une grande entreprise où Catherine récupère les photos de sa maison, faites pour ses parents. Chez eux, je suis heureux de prendre une douche et d'endosser des vêtements propres. Bassou a allumé la cheminée qu'ils ont dans le salon. C'est la première fois qu'il l'utilise. Il y a quelques problèmes de ventilation, elle fume un peu, mais s'avère efficace. Une plaque de cuivre a été installée au fond de l'âtre et elle réverbère bien la chaleur.

 

            Sur la terrasse, les ouvriers poursuivent la pose de la charpente du toit. Il leur propose de boire un pastis pour terminer la journée. A la première gorgée, ils sont surpris par le goût, mais ils trouvent tout de même cette boisson très agréable.

 

            La journée se termine avec un repas très français: salade, poulet, frites et fromages. Ce retour brutal à ma culture originelle me fait prendre conscience que mon séjour s'achève. Durant ces quatre semaines, une foule d'images et de sensations ont envahi mes yeux et mon esprit, elles sont très loin d'avoir comblé ma curiosité. Mon esprit est brouillé par un trop plein d'inattendus et de dépaysements. J'ai l'impression d'être passé à côté d'une foule de merveilles que mon ignorance m'a empêché de voir et de comprendre. Il me faudra beaucoup de temps pour digérer tout ce que j'ai vu et appris. Heureusement, j'ai scrupuleusement noté tous les détails de mon trek, j'espère que cela me permettra de remettre en ordre mes idées, mais d'autres séjours s'imposent pour réellement comprendre et apprécier ce pays béni des dieux.

 

            Après une bonne nuit, j'organise une dernière fois mes bagages. Cette fois c'est pour le retour. Après l'expérience de l'aller, je garde avec moi tout ce qui me permettra de tuer les heures à passer dans l'avion et l'attente de Moscou. Catherine tient à me faire visiter Bhaktapur, c'est là qu'a été tourné le film "Little Bouddha". Cette ancienne capitale royale est située à 16 km à l'est de Katmandou. Nous nous y rendons en famille. A l'entrée de la cité, je dois payer un droit d'entrée, cette nouvelle taxe qu'acquittent les étrangers, a été instituée pour la protection du patrimoine à la suite du tournage du film.

 

            Catherine s'inquiète de la bonne utilisation de cette taxe car la municipalité est communiste, mais elle semble justifiée. Avec elle, les touristes participent à la préservation de ce patrimoine aussi fabuleux qu'authentique. Comme à Dubar Square, temples et palais sont les uns à côté des autres, rivalisant de boiseries finement ciselées, de sculptures et d'or, mais en plus, tout autour, les rues marchandes ont gardé leur aspect originel. L'entretien d'un tel patrimoine et l'interdiction de le défigurer avec des bâtiments modernes, posent sans aucun doute d'importants problèmes économiques. C'est pourtant le prix à payer pour que le Népal  préserve le témoignage de sa très grande richesse culturelle.

 

            Nous sommes pressés alors qu'il faudrait prendre le temps de s'imprégner de cette atmosphère, de détailler toutes ces richesses et de faire l'effort d'aller les débusquer dans les petites cours auxquelles on accède en traversant des couloirs étroits et bas. Il faudrait avoir une connaissance du bouddhisme et de l'histoire du Népal pour en apprécier toute la saveur. Devant le palais royal, un militaire m'interdit de pénétrer dans la cour. Seuls les hindouistes le peuvent, encore faut-il qu'ils se débarrassent de tous les objets de cuir qu'ils portent sur eux.

           

            Dans les rues qui sont d'une rare propreté, il y a de nombreux artisans qui vendent des objets un peu plus originaux qu'à l'ordinaire. Un quartier est réservé aux potiers qui entraînent encore leur tour à l'aide d'une perche de bois. Il faudrait du temps pour admirer tout cela et aujourd'hui je n'en ai pas. Je n'ai pas non plus l'esprit à çà et mon style est plutôt de traverser les villes au pas de charge. J'ai à l'esprit ces hauts sommets que j'ai côtoyés, ces interminables chemins que j'ai parcourus, ces pentes vertigineuses et ces terribles torrents que j'ai traversés, et la triste pensée que je vais devoir abandonner tout cela pour me replonger dans les petits soucis quotidiens.

 

            Le reste de la journée passe rapidement. A 16 h je suis à l'aéroport. Il y a beaucoup de monde et d'animation. Catherine m'explique qu'un ministre est de retour de l'étranger. Elle a eu du mal à garer sa voiture. Nous nous séparons un peu rapidement. J'ai le plus grand mal à prendre conscience que c'est fini. Les formalités de transit se passent assez vite. La seule surprise viendra de ma veste américaine que je dois faire passer au scanner comme mes bagages. Dans la salle de restaurant, je retrouve Régis et Philippe. Ils ont navigué autour de Katmandou. Lorsque l'avion décolle, la nuit tombe et du hublot je vois s'éloigner les lumières de la ville. L'avion fait un grand arc de cercle et prend la direction de Bombay. Adieu Népal.

 Temples et palais de Bhaktapur