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La nuit a été moins
froide que le temps d'hier soir ne le laissait prévoir. A 6 h
30 je me lève. Le vent est tombé mais le ciel est encore très
brumeux. Dehors, dans le camp voisin, on est déjà en train de
démonter les tentes et les cuisiniers s'activent à préparer le
déjeuner. Autour de la fontaine où je vais faire ma toilette,
on astique déjà la vaisselle.
De retour, Boté
Lama s'inquiète de mes volontés pour déjeuner. Le temps de
ranger mes affaires, je me retrouve attablé en face de deux
américaines qui ne semblent pas avoir totalement terminé leur
nuit. Mon choix s'est porté sur des aliments chauds car à ma
façon de me moucher et de pleurer, j'ai tous les symptômes
avant coureur d'un rhume.
Devant la lodge,
les porteurs préparent leur charge et se chauffent comme ils
peuvent en se serrant contre le mur qui nous fait face et en
fumant . Il y a parmi eux de nombreuses femmes. Les trekkeurs,
eux, s'attardent autour des dernières tables du camp, comme
pour arrêter le temps et prolonger ce séjour qui s'achève.
A 7 h 30 Chandra me
donne le signal du départ. En quittant Chisapani, nous
reprenons notre cheminement sur la crête et en moins d'une
demi heure nous gravissons les 300 m de dénivelé qui nous
conduisent au col de Burlang Bhanjyang (2438 m). Il n'y a plus
maintenant qu'à se laisser descendre sur Katmandou. Nous
traversons un camp militaire. Son ordonnancement n'a rien à
voir avec l'habituel urbanisme du Népal. Le plus surprenant
est la propreté des rues et la régularité de leur pavage. Dans
la plus pure tradition de toutes les armées du monde, tout ici
est au carré. Seul anachronisme, la présence de plusieurs
potagers, j'ai l'impression que l'armée fait aussi oeuvre de
garde forestier. Par contre, comme à chaque fois que je suis
passé devant des bâtiments administratifs, tout semble vide.
Après ce replat, nous nous engouffrons dans un vallon pentu.
Les eaux de pluie en ravinant le sol sableux, ont creusé une
véritable tranchée déjà très glissante par temps sec.
J'imagine ce que ce doit être pendant la mousson. Nous
débouchons sur une retenue d'eau. Chandra me signale qu'elle
sert à alimenter Katmandou. A partir de là, une très grosse
tuyauterie va longer notre route.
Nous rencontrons de
plus en plus de monde sur le chemin, notamment des lycéens
cheminant par petits groupes et c'est notre entrée à Mulkharka.
Il est 9 h 15, Chandra me propose de boire un thé. Nous
reprenons immédiatement la route et entrons dans Sundarijal à
10 h. Malgré la pente de la rue, aucun aménagement du sol n'a
été fait. Les pluies ont fait ressortir de grosses pierres qui
nous contraignent à faire attention où nous mettons les pieds.
Les maisons qui la longent, semblent très pauvres.
Une fois passé devant le lycée, nous arrivons sur une place.
Là il y a les premières boutiques et immédiatement des
voitures, un car, des motos et beaucoup de tintamarre. C'est
le retour à la civilisation!
Nous nous arrêtons
au premier restaurant que nous trouvons. Il est tenu par des
jeunes qui ne semblent pas particulièrement vaillants. Pour ce
dernier repas de trek, je commande un "Apple Pancake" et un "Chicken
Momo". En attendant, Chandra me fait servir un thé, ce sera la
seule fois de tout mon séjour où ce sera dans une petite tasse
et avec une infusette.
En attendant, je
fais un tour dans le village. Derrière le restaurant, il y a
plusieurs bâtiments militaires. A l'inverse du camp de ce
matin, il ressemble surtout à un terrain vague, il y a
quelques soldats qui paraissent fort désoeuvrés. Un peu plus
bas, un bâtiment moderne semble être le siège de
l'administration de la société de traitement des eaux. A côté,
toute une installation d'épuration et de pompage. Il doit y
avoir un lien entre cette installation et la présence des
militaires, mais je n'en aurai aucune confirmation.
De retour, je
retrouve Chandra. Il a étalé ses vêtements humides. Ils n'ont
pas séché de tout le voyage. En face du restaurant, une petite
menuiserie, je regarde travailler l'artisan qui ne dispose que
d'un tour pour le moins sommaire. Devant le commerce voisin,
un vieux prépare son narghilé. A côté, un groupe de jeunes
arrive avec de petites affiches. Un petit attroupement se
forme. Une personne du quartier arrive avec un pinceau et de
la colle. L'opération entraîne beaucoup de palabres. Je ne
sais pas quel est le contenu de l'affiche, mais je pense que
les palabres auront été plus importants que les textes,
beaucoup de népalais ne sachant lire. Le temps passe et nous
ne voyons toujours pas venir notre repas. Chandra s'impatiente
et part faire un tour dans les cuisines.
Il est midi,
lorsque rassasié, Chandra décide de trouver un moyen de
locomotion pour rentrer à Katmandou. Il rencontre l'opposition
d'un jeune homme qui semble faire la loi sur le quartier. Il
nous interdit de prendre le taxi qui est là. Un car arrive,
nous commençons à nous installer, mais là encore, il n'est pas
d'accord. Chandra commence à "avoir la colère". Avec Boté
Lama, nous reprenons nos affaires et nous traversons toute la
ville à pied pour retrouver à l'autre bout le taxi qui nous
attend.
A l'agence, je
retrouve Bassou et Catherine qui me donnent rendez-vous pour
15 h 30. J'ai juste le temps de faire quelques courses. Du
bureau, j'appelle ma soeur pour l'avertir de mon retour, puis
je pars dans Thamel. N'ayant plus rien à me mettre pour le
retour, je m'achète un pantalon et trouve chez le même
marchand des chaussures à ma taille. Dire que cela fait
plusieurs années que je fais tous les marchands que je
rencontre sans trouver de chaussures de soirée à ma taille (
le 38 ) et là, il y en a dans le premier magasin où je vais.
Il est vrai qu'ici ma petite taille est très normale. Sur ma
route je trouve aussi un marchand de cassettes et la célèbre
chanson "Sim Simé Pani".
A l'agence, ce sont
les adieux. J'offre mes dernières roupies à Chandra et à Boté
Lama qui m'accompagnent jusqu'à la voiture. Les adieux sont un
peu brefs. Catherine est pressée, elle doit prendre Raphaëlle
à la sortie de l'école. J'espère pouvoir repasser demain,
peut-être y aura-t-il aussi Ramzi qui devrait être rentré de
son trek. Malheureusement ce ne sera pas possible.
Avec Catherine,
nous passons prendre Raphaëlle. Nous nous arrêtons dans une
grande entreprise où Catherine récupère les photos de sa
maison, faites pour ses parents. Chez eux, je suis heureux de
prendre une douche et d'endosser des vêtements propres. Bassou
a allumé la cheminée qu'ils ont dans le salon. C'est la
première fois qu'il l'utilise. Il y a quelques problèmes de
ventilation, elle fume un peu, mais s'avère efficace. Une
plaque de cuivre a été installée au fond de l'âtre et elle
réverbère bien la chaleur.
Sur la terrasse,
les ouvriers poursuivent la pose de la charpente du toit. Il
leur propose de boire un pastis pour terminer la journée. A la
première gorgée, ils sont surpris par le goût, mais ils
trouvent tout de même cette boisson très agréable.
La journée se
termine avec un repas très français: salade, poulet, frites et
fromages. Ce retour brutal à ma culture originelle me fait
prendre conscience que mon séjour s'achève. Durant ces quatre
semaines, une foule d'images et de sensations ont envahi mes
yeux et mon esprit, elles sont très loin d'avoir comblé ma
curiosité. Mon esprit est brouillé par un trop plein
d'inattendus et de dépaysements. J'ai l'impression d'être
passé à côté d'une foule de merveilles que mon ignorance m'a
empêché de voir et de comprendre. Il me faudra beaucoup de
temps pour digérer tout ce que j'ai vu et appris.
Heureusement, j'ai scrupuleusement noté tous les détails de
mon trek, j'espère que cela me permettra de remettre en ordre
mes idées, mais d'autres séjours s'imposent pour réellement
comprendre et apprécier ce pays béni des dieux.
Après une bonne
nuit, j'organise une dernière fois mes bagages. Cette fois
c'est pour le retour. Après l'expérience de l'aller, je garde
avec moi tout ce qui me permettra de tuer les heures à passer
dans l'avion et l'attente de Moscou. Catherine tient à me
faire visiter Bhaktapur, c'est là qu'a été tourné le film "Little
Bouddha". Cette ancienne capitale royale est située à 16 km à
l'est de Katmandou. Nous nous y rendons en famille. A l'entrée
de la cité, je dois payer un droit d'entrée, cette nouvelle
taxe qu'acquittent les étrangers, a été instituée pour la
protection du patrimoine à la suite du tournage du film.
Catherine
s'inquiète de la bonne utilisation de cette taxe car la
municipalité est communiste, mais elle semble justifiée. Avec
elle, les touristes participent à la préservation de ce
patrimoine aussi fabuleux qu'authentique. Comme à Dubar
Square, temples et palais sont les uns à côté des autres,
rivalisant de boiseries finement ciselées, de sculptures et
d'or, mais en plus, tout autour, les rues marchandes ont gardé
leur aspect originel. L'entretien d'un tel patrimoine et
l'interdiction de le défigurer avec des bâtiments modernes,
posent sans aucun doute d'importants problèmes économiques.
C'est pourtant le prix à payer pour que le Népal préserve le
témoignage de sa très grande richesse culturelle.
Nous sommes pressés
alors qu'il faudrait prendre le temps de s'imprégner de cette
atmosphère, de détailler toutes ces richesses et de faire
l'effort d'aller les débusquer dans les petites cours
auxquelles on accède en traversant des couloirs étroits et
bas. Il faudrait avoir une connaissance du bouddhisme et de
l'histoire du Népal pour en apprécier toute la saveur. Devant
le palais royal, un militaire m'interdit de pénétrer dans la
cour. Seuls les hindouistes le peuvent, encore faut-il qu'ils
se débarrassent de tous les objets de cuir qu'ils portent sur
eux.
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Dans les rues qui sont d'une rare propreté, il y a de nombreux
artisans qui vendent des objets un peu plus originaux qu'à
l'ordinaire. Un quartier est réservé aux potiers qui
entraînent encore leur tour à l'aide d'une perche de bois. Il
faudrait du temps pour admirer tout cela et aujourd'hui je
n'en ai pas. Je n'ai pas non plus l'esprit à çà et mon style
est plutôt de traverser les villes au pas de charge. J'ai à
l'esprit ces hauts sommets que j'ai côtoyés, ces interminables
chemins que j'ai parcourus, ces pentes vertigineuses et ces
terribles torrents que j'ai traversés, et la triste pensée que
je vais devoir abandonner tout cela pour me replonger dans les
petits soucis quotidiens.
Le reste de la journée passe rapidement. A 16 h je suis à
l'aéroport. Il y a beaucoup de monde et d'animation. Catherine
m'explique qu'un ministre est de retour de l'étranger. Elle a
eu du mal à garer sa voiture. Nous nous séparons un peu
rapidement. J'ai le plus grand mal à prendre conscience que
c'est fini. Les formalités de transit se passent assez vite.
La seule surprise viendra de ma veste américaine que je dois
faire passer au scanner comme mes bagages. Dans la salle de
restaurant, je retrouve Régis et Philippe. Ils ont navigué
autour de Katmandou. Lorsque l'avion décolle, la nuit tombe et
du hublot je vois s'éloigner les lumières de la ville. L'avion
fait un grand arc de cercle et prend la direction de Bombay.
Adieu Népal.
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Temples et palais de Bhaktapur
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