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Levé à 5 h, Catherine essaye une dernière fois de joindre le
chauffeur. Pas de réponse. Elle doit se résoudre à m'emmener.
Elle appelle Michel et Jac à leur hôtel. Le guide doit passer
les prendre et nous rejoindre au carrefour de Ring Road. Là,
devant un grand panneau "Katmandou ville propre", elle me fait
monter dans un taxi qui, au lieu de suivre celui de mes
compagnons, démarre à toute allure et fonce vers l'aéroport en
me criant "two hundred roupies". Je suis sûre qu'il va me
mener à l'aéroport international, mais comment l'arrêter, il
ne sait que répéter "two hundred roupies". Je le laisse faire
et lorsqu'il stoppe enfin, je lui fais comprendre qu'il s'est
trompé d'aéroport. Heureusement, la gare d'embarquement des
avions de la R.N.A.C. n'est pas loin et je retrouve
immédiatement Jac, Michel et Durba, l'associé de Catherine. On
nous présente notre guide Moan. Il y a là une foule de
trekkeurs et je reconnais quelques passagers du vol
Paris-Katmandou.
Le jour commence à se lever. La logique des formalités n'est
pas évidente. Ici aussi nous devons nous soumettre à la
fouille. Ceux qui ont des briquets se les font confisquer. Ma
caméra et ma batterie intriguent toujours, mais çà passe. Nous
nous retrouvons dans la salle d'attente où le bar n'est pas
encore ouvert. Pourtant un petit quelque chose à avaler serait
apprécié, mais ce service n'ouvre qu'à 8 h. Moan commence à
nous expliquer le programme. Nous sommes anxieux de savoir
comment le vol va se passer.
Enfin c'est le départ, nous rejoignons notre avion. Une
vingtaine de passagers sont embarqués, je suis assis au fond
de l'appareil. On ferme la porte et l'hôtesse nous offre un
bonbon. Le pilote met en marche un moteur, puis l'autre et
l'avion part prendre position sur la piste. C'est le
décollage. Un petit tour au dessus de l'aéroport pour prendre
la direction de Lukla. Nous découvrons au loin les sommets
enneigés. L'avion suit les vallées et à chaque col il vrombit
de tous ses moteurs pour raser les cols. Par les hublots nous
n'avons aucun mal à voir les montagnes qui, la plupart du
temps, sont plus élevées que nous. Enfin, après le passage au
raz des pâquerettes d'un dernier col, c'est un cri, la piste
d'atterrissage est en face de nous, minuscule. L'avion plonge,
se pose et met les gaz à fond pour remonter la piste et
aller se garer un peu sur le coté.
Tous nos porteurs nous attendent. Eux sont venus à pied. Nos
bagages sont déchargés pendant que d'autres passagers
embarquent pour le retour. L'avion repart et plonge dans la
vallée pour prendre son envol. Nous allons rester là quelques
instants, admiratifs de voir les avions se succéder et réussir
l'exploit de se poser sur ce minuscule terrain d'aviation
implanté à 2850 m d'altitude. Entre ceux qui embarquent et
ceux qui débarquent, l'activité est intense et il faut être au
Népal pour admettre l'anarchie qui règne ici. Toute la
matinée, avions et hélicoptères se succèdent.
Moan, a le plus grand mal à nous faire quitter les lieux tant
nous sommes subjugués par l'atmosphère qui règne ici. Nous
nous retrouvons tout de même, pas loin de là, derrière une
lodge où nos porteurs ont installé une bâche sur le sol pour
nous offrir notre premier thé et quelques biscuits. Outre Jac,
Michel et moi, notre groupe va se composer d'un guide: Moan,
d'un cuisinier et d'un aide-cuisinier et de six porteurs.
Peu après on nous apporte le véritable petit déjeuner. Nous
n'en revenons pas de son abondance. Enfin c'est le départ,
nous traversons la grande rue de Lukla et commençons à
remonter la vallée. D'autres groupes ont chargé leurs bagages
sur des yacks ce qui ralentit leur progression. Je retrouve
les vallées profondes rencontrées dans les Annapurna, les
nombreux passages de torrents et les routes qui montent autant
qu'elles descendent. Un peu avant midi, nous arrivons à Ghat
(2400 m d'altitude) notre première étape. Immédiatement nos
cuisiniers se mettent à l'ouvrage et à 13 h nous servent notre
repas: des frites, du thon, des céleris et des tartines de
pâté, le tout arrosé par de nombreuses tasses de thé.
La lodge offre une terrasse qui nous permet de prendre notre
repas assis à une table. Au dessus une plate-forme sur
laquelle paissent deux yacks. Deux porteurs s'y activent à
tailler des tiges de bambous pour réparer leur doko, ces
hottes qui servent au portage. De nombreuses caravanes
passent. Michel me propose d'aller visiter les environs. Juste
après la lodge, il y a un chörten entouré de plusieurs moulins
à prière. Un peu plus loin un énorme rocher barre la route.
Des écritures y ont été sculptées et mises en relief par une
peinture blanche très vive. Tout au long de notre route, nous
rencontrerons de tels rochers gravés et parfois peints.
Nous atteignons le village voisin et passons devant une lodge
disposant d'un vaste terre-plein sur lequel un groupe est en
train d'aligner une série de tentes igloos flambant neuves.
Sur le coté, un petit chemin conduit à une passerelle
suspendue que nous traversons pour remonter en direction d'un
village qui surplombe la vallée. Notre arrivée étonne quelques
paysannes travaillant au champ. L'une d'elle vient à notre
rencontre pour nous signaler notre erreur. Elle nous montre la
direction du nord en nous criant "Phakding". C'est le nom du
village le plus proche. Nous lui lançons de nombreux "Namasté"
et poursuivons notre route. Nous nous rendons jusqu'à un petit
Chörten et faisons demi tour.
A notre
arrivée, nous trouvons les porteurs en train de monter les
tentes. Il y en aura trois, une pour Jac et Michel, une pour
moi et une pour notre guide. Michel s'inquiète un temps de
voir les deux jeunes Yack sauter comme des petits fous à
proximité, mais à la tombée du jour, ils seront rentrés à
l'étable.
A cinq
heures, on nous sert à nouveau du thé et des biscuits pendant
que nos porteurs s'acharnent à mettre en fonctionnement un
réchaud à pétrole. Enfin la journée s'achève à 18 h 30 en
prenant le repas du soir à la lumière d'une lampe à pétrole.
Il fait bon, nous restons sur la terrasse de la lodge à
écouter Moan nous expliquer l'histoire de son pays et de sa
famille. Il est de l'ethnie gurung. Son grand-père était
colonel dans l'armée et très bon chasseur ce qui a conduit son
père à devenir taxidermiste. Il a connu un grand train de vie
mais aujourd'hui il a une certaine amertume de n'être que
guide.
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