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Il est sept heures du soir, notre Tupolev se pose sur
l'aérodrome de Moscou. La nuit est déjà tombée depuis plus
d'une heure. Je suis la foule, on me donne une autorisation de
transit et me voila parqué dans l'aéroport. Impossible de voir
ce qui se passe à l'extérieur dont nous sommes séparés par
trois murs de glace. La seule distraction, mais elle est bien
limitée, est de faire le tour des boutiques en "duty free". En
dehors de quelques gadgets soviétiques, on y trouve surtout
des produits de luxe provenant des grandes nations
capitalistes. C'est plutôt le règne du dollar!
J'arpente la salle
en long en large et en travers, mais très rapidement j'en
connais tous les contours. A minuit les boutiques, les bars et
les restaurants, commencent à fermer. Quelques noirs et des
américains font un peu distraction en parlant fort, mais c'est
bien insuffisant. Peu à peu, au restaurant du premier étage où
il y a de la moquette, les trekkeurs sortent leurs sacs de
couchage, poussent les tables et les chaises et s'installent
pour passer la nuit. Les différents halls se transforment en
dortoirs pour clochards d'un type particulier. Que fait l'Abbé
Pierre?
Deux heures du
matin, à force de me voir passer et repasser, un groupe de
français m'invite à sa table. Eux aussi vont faire le tour des
Annapurna. L'un d'eux est effrayé à l'idée de passer "Thorung
Pass". Chacun spécule sur ce qu'il va faire, comment il va s'y
prendre. Cela me soulage car ces balivernes font passer le
temps.
A trois heures
c'est un nouvel embarquement. Nous montons dans un nouveau
Tupolef et survolons une nouvelle fois Moscou. C'est
l'occasion de prendre un deuxième repas. Il semble qu'il y a
un principe simple: au bout d'une heure de vol, on vous sert
une boisson et immédiatement après un repas. Celui-ci,
présenté dans un plateau plastique, est simple, chaud et de
bon goût. Seul inconvénient, j'ai mangé aux heures les plus
étranges: à quatre heures de l'après-midi, puis à quatre
heures du matin et enfin, après l'escale de Sharjah dans les
Émirats, à neuf heures du matin. Après il m'a fallu attendre
d'arriver à Katmandou.
Faute de paysage et
la fatigue aidant, nous profitons du survol de l'océan indien
pour dormir. A l'approche de l'Inde, le panorama ne s'améliore
pas. Le ciel s'est couvert de cumulus dont certains
ressemblent à de véritables montagnes. Ils nous empêchent de
voir le sol. Au départ de Sharjah l'avion s'est dirigé droit
sur Bombay, puis il a changé de direction pour monter droit
sur Katmandou. Lorsque enfin les sommets de l'Himalaya
apparaissent, l'avion entreprend de perdre de l'altitude. Nous
traversons la couche nuageuse et plongeons sur l'aéroport et
découvrons les collines entourant la capitale du Népal.
Par rapport à
Roissy, Moscou ou Sharjah, ici l'aéroport semble petit et
pauvre. L'organisation est plutôt sommaire et les quelques
employés font peu d'effort pour guider les passagers dans
leurs démarches. Les représentants d'agences de trekking, les
guides, porteurs et hôteliers, manifestent beaucoup plus de
talents pour accrocher le touriste.
Je m'aperçois que
mon anglais n'est plus qu'un vieux souvenir d'école. Ceci dit,
celui des népalais est sans doute plus riche en vocabulaire et
de meilleure syntaxe, mais d'une prononciation si particulière
que j'aurai quelques fois le plus grand mal à les comprendre.
Tout le monde se
précipite vers les tapis roulant qui distribuent les bagages.
Un de mes deux sacs est le premier à sortir. Les 180 passagers
du Paris Katmandou attendent anxieusement en espérant que rien
ne leur manquera ou ne sera dégradé. Le transit de Moscou a
non seulement la réputation de faire des erreurs de
destination mais aussi celle de procéder à des ouvertures
musclées de certaines valises. C'est la raison qui a conduit
de nombreux passagers à partir chaussures de montagne aux
pieds. Mon deuxième sac se fait attendre, C'est un des
derniers à se présenter. Il est en bon état, je l'ouvre, le
pot de moutarde que m'ont confié mes amis pour leur fille est
intact. Il ne me reste plus qu'à passer la douane et à trouver
Bassou, le mari de Catherine.
C'est grâce à
Catherine que je suis ici. Sans elle, je n'aurais jamais osé
entreprendre un tel voyage. Un an plus tôt, son père, Philippe
Joriot pharmacien à Forcalquier, m'avait dit au détour d'une
conversation, qu'elle dirigeait l'agence GLACIER SAFARI TREKS
à Katmandou. Ma décision avait été immédiate: j'irai dans
l'Himalaya. J'avais neuf ans quand Maurice Herzog avait
atteint le sommet de l'Annapurna. Son film était resté gravé
dans mon esprit. Il m'avait fait rêvé mais d'un rêve aussi
inaccessible que celui d'une marche sur la lune.
De tous temps, la
montagne m'a donné énergie et plaisirs. J'ai eu la chance de
venir vivre en Haute Provence mais ce n'est que depuis peu que
j'ai enfin pu trouver le temps de m'adonner à ce qui n'a
jamais cessé d'être ma passion. Aussi j'aurais été
impardonnable de rater cette opportunité. J'ajoute que lorsque
mon ami Philippe Joriot parle de ses treks au Népal, il
devient pathétique. Lorsqu'il entreprend d'expliquer comment
sa fille Catherine s'est installée dans ce pays, ses propos
deviennent tout simplement dithyrambiques. Alors comment ne
pas vibrer avec lui, comment ne pas vouloir l'imiter!
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