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Mon aventure au Népal 1993

Huit heures de transit à Moscou

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           Il est sept heures du soir, notre Tupolev se pose sur l'aérodrome de Moscou. La nuit est déjà tombée depuis plus d'une heure. Je suis la foule, on me donne une autorisation de transit et me voila parqué dans l'aéroport. Impossible de voir ce qui se passe à l'extérieur dont nous sommes séparés par trois murs de glace. La seule distraction, mais elle est bien limitée, est de faire le tour des boutiques en "duty free". En dehors de quelques gadgets soviétiques, on y trouve surtout des produits de luxe provenant des grandes nations capitalistes. C'est plutôt le règne du dollar!

 

            J'arpente la salle en long en large et en travers, mais très rapidement j'en connais tous les contours. A minuit les boutiques, les bars et les restaurants, commencent à fermer. Quelques noirs et des américains font un peu distraction en parlant fort, mais c'est bien insuffisant. Peu à peu, au restaurant du premier étage où il y a de la moquette, les trekkeurs sortent leurs sacs de couchage, poussent les tables et les chaises et s'installent pour passer la nuit. Les différents halls se transforment en dortoirs pour clochards d'un type particulier. Que fait l'Abbé Pierre?

 

            Deux heures du matin, à force de me voir passer et repasser, un groupe de français m'invite à sa table. Eux aussi vont faire le tour des Annapurna. L'un d'eux est effrayé à l'idée de passer "Thorung Pass". Chacun spécule sur ce qu'il va faire, comment il va s'y prendre. Cela me soulage car ces balivernes font passer le temps.

 

            A trois heures c'est un nouvel embarquement. Nous montons dans un nouveau Tupolef et survolons une nouvelle fois Moscou. C'est l'occasion de prendre un deuxième repas. Il semble qu'il y a un principe simple: au bout d'une heure de vol, on vous sert une boisson et immédiatement après un repas. Celui-ci, présenté dans un plateau plastique, est simple, chaud et de bon goût. Seul inconvénient, j'ai mangé aux heures les plus étranges: à quatre heures de l'après-midi, puis à quatre heures du matin et enfin, après l'escale de Sharjah dans les Émirats, à neuf heures du matin. Après il m'a fallu attendre d'arriver à Katmandou.

 

            Faute de paysage et la fatigue aidant, nous profitons du survol de l'océan indien pour dormir. A l'approche de l'Inde, le panorama ne s'améliore pas. Le ciel s'est couvert de cumulus dont certains ressemblent à de véritables montagnes. Ils nous empêchent de voir le sol. Au départ de Sharjah l'avion s'est dirigé droit sur Bombay, puis il a changé de direction pour monter droit sur Katmandou. Lorsque enfin les sommets de l'Himalaya apparaissent, l'avion entreprend de perdre de l'altitude. Nous traversons la couche nuageuse et plongeons sur l'aéroport et découvrons les collines entourant la capitale du Népal.

 

            Par rapport à Roissy, Moscou ou Sharjah, ici l'aéroport semble petit et pauvre. L'organisation est plutôt sommaire et les quelques employés font peu d'effort pour guider les passagers dans leurs démarches. Les représentants d'agences de trekking, les guides, porteurs et hôteliers, manifestent beaucoup plus de talents pour accrocher le touriste.

 

            Je m'aperçois que mon anglais n'est plus qu'un vieux souvenir d'école. Ceci dit, celui des népalais est sans doute plus riche en vocabulaire et de meilleure syntaxe, mais d'une prononciation si particulière que j'aurai quelques fois le plus grand mal à les comprendre.

 

            Tout le monde se précipite vers les tapis roulant qui distribuent les bagages. Un de mes deux sacs est le premier à sortir. Les 180 passagers du Paris Katmandou attendent anxieusement en espérant que rien ne leur manquera ou ne sera dégradé. Le transit de Moscou a non seulement la réputation de faire des erreurs de destination mais aussi celle de procéder à des ouvertures musclées de certaines valises. C'est la raison qui a conduit de nombreux passagers à partir chaussures de montagne aux pieds. Mon deuxième sac se fait attendre, C'est un des derniers à se présenter. Il est en bon état, je l'ouvre, le pot de moutarde que m'ont confié mes amis pour leur fille est intact. Il ne me reste plus qu'à passer la douane et à trouver Bassou, le mari de Catherine.

 

            C'est grâce à Catherine que je suis ici. Sans elle, je n'aurais jamais osé entreprendre un tel voyage. Un an plus tôt, son père, Philippe Joriot pharmacien à Forcalquier, m'avait dit au détour d'une conversation, qu'elle dirigeait l'agence GLACIER SAFARI TREKS à Katmandou. Ma décision avait été immédiate: j'irai dans l'Himalaya. J'avais neuf ans quand Maurice Herzog avait atteint le sommet de l'Annapurna. Son film était resté gravé dans mon esprit. Il m'avait fait rêvé mais d'un rêve aussi inaccessible que celui d'une marche sur la lune.

 

            De tous temps, la montagne m'a donné énergie et plaisirs. J'ai eu la chance de venir vivre en Haute Provence mais ce n'est que depuis peu que j'ai enfin pu trouver le temps de m'adonner à ce qui n'a jamais cessé d'être ma passion. Aussi j'aurais été impardonnable de rater cette opportunité. J'ajoute que lorsque mon ami Philippe Joriot parle de ses treks au Népal, il devient pathétique. Lorsqu'il entreprend d'expliquer comment sa fille Catherine s'est installée dans ce pays, ses propos deviennent tout simplement dithyrambiques. Alors comment ne pas vibrer avec lui, comment ne pas vouloir l'imiter!

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