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Mon aventure sur le toit du Monde 1994

Le marché de Namché Bazar

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            Je n'ai pas compris pourquoi, mais hier soir, avant de me coucher, on m'a demandé de changer de chambre. Celle qui m'a été attribuée ressemble un peu plus à un dortoir. Il y a quatre lits, mais elle est toute à moi. J'ai bien dormi et en attendant que la maison commence à s'agiter, j'organise mes bagages. La journée s'annonce belle et ce soir je dormirai à une altitude plus humaine.

           

            En arrivant dans la grande salle, je trouve le vieil autrichien sur le pied de guerre. Il ressemble au Gépetto de Pinochio. Dans un angle de la pièce sa belle fille dort encore sur une banquette. Lui est au bar et donne des ordres. Je comprends très vite qu'il doit prendre l'avion pour aller à Katmandou. La famille est composée de la mère qui s'occupe surtout des travaux agricoles, de deux filles chargées de la cuisine et d'un garçon qui doit avoir entre 12 et 14 ans et fait le service. Il a une drôle de façon de marcher qui lui donne un air de soumission. A l'inverse de nos garçons de café, il avance genoux fléchis.

 

            La belle fille s'est éclipsée de la pièce. Le vieil autrichien donne de nombreux ordres. On lui apporte un petit sac à dos et quelques affaires de route. Le fils est passé derrière le comptoir pour mettre une cassette dans la chaîne. Un certain nombre de recommandations semblent s'échanger entre eux. Au moment du départ, la mère apparaît et lui témoigne son affection.

 

            Daten Ji entre et m'annonce que nous descendrons à Namché avec la belle fille. Il me demande si je suis prêt. Pendant qu'il règle les frais de notre séjour, Sumbadou prépare sa charge. Il est 8 h 30, c'est le départ. La belle fille est en jeans et équipée d'un petit sac à dos. En arrivant sur la crête qui donne sur la ville, Daten Ji m'arrête et me montre le marché. C'est époustouflant. Tout en bas, de l'autre coté du cirque, il y a une marée humaine dont les conversations montent  jusqu'à nous.

 

            Nous descendons à toute allure la pente vertigineuse qui nous conduit à la ville ce qui n'empêche nullement Daten Ji et la belle fille d'entretenir une bonne conversation. En arrivant dans la grande rue, nous nous séparons après les salutations d'usage et avec Daten Ji nous descendons la rue jusqu'au marché. Je pensais voir celle-ci envahie par les marchands or il n'y en a pas plus que d'habitude. Je pensais trouver le marché sur la grande aire qui est au centre de Namché. Nouvelle erreur. Il s'étale sur trois terrasses en bordure de la grande rue.

 

            Lorsque nous arrivons, il est quasiment impossible de pénétrer dans la foule tant elle est dense. Il n'y a pas un réel ordonnancement. On trouve de préférence au premier niveau tout ce qui n'est pas nourriture, au deuxième niveau, les marchands de graines et tout en haut les bouchers. L'ambiance est très proche de celle des marchés de Provence. Tous les habitants des vallées environnantes sont descendus faire leurs provisions pour la semaine. Ils sont en général par couple et équipés d'un sac à dos. J'avais lu qu'on pouvait y trouver de tout. C'est presque vrai. Il y a de très grands stands où l'on vend tout: de la savonnette au matériel de cuisine en passant par les bandes pour magnétophone et l'essence. Tous ces produits ont été apportés à dos d'homme et dans l'angle des stands sont empilés les dizaines de dokos qui ont servi au transport. Tout ou presque est vendu à l'unité, même les bouteille de Coka et autres sodas. La nourriture a été transportée dans de grands sacs en fibre plastique et une mesure en cuivre sert à déterminer les volumes. Il n'y a guère que les bouchers à posséder des balances. Tout est posé par terre, au mieux sur une bâche. On négocie beaucoup et à 10 h une partie des commerçants a déjà tout vendu. Je les vois se regrouper et compter leur recette. Ici, il n'y a pas besoin d'avoir beaucoup d'argent pour avoir les mains débordantes de billets.

 

            Je repère un lama qui fait ses courses. A le suivre il me semble qu'il discute âprement les prix et se fait servir des mesures plutôt débordantes que rases. Daten Ji m'a laissé contempler ce fabuleux spectacle et Sumbadou est resté en bas, surveillant mes va et vient pour ne pas me perdre des yeux. C'est étonnant de constater qu'on trouve presque tout, évidemment ici la présentation n'a rien à voir avec celle des grandes surfaces. Il ne faut pas être trop regardant sur la propreté. Le pire est du coté des stands des bouchers. Ici pas de banques frigorifiques, on vend de la viande séchée, souvent apportée par des tibétains qui l'apportent. Ici pas d'escalope, de plat de cote ou de rognon, tout ce qui est vendu, n'est que lamelles de viandes découpées au hasard avec un grand couteau. Le poids prime sur la qualité.

 

            Comme moi, quelques trekkeurs sont là, éblouis par cette ambiance étonnante, cependant nous sommes minoritaires. Au bout d'une heure, je préfère prendre un peu de distance. De l'autre coté de la rue, sur un énorme rocher, des trekkeurs se sont réfugiés. De là ils ont une vue plongeante sur le marché. Je les rejoins pour me faire plus discret et continuer à admirer ce spectacle.

 

            A 10 h 30 je retrouve Daten Ji. Il me conduit dans une auberge où de nombreux sherpas se sont libérés de leurs sacs pour faire le marché. De retour, les amis se retrouvent et en profitent pour boire du tchang cette boisson fermentée typique du Tibet. J'en ai beaucoup entendu parler. Ma curiosité et l'ambiance générale, m'incitent à accepter la proposition que me fait Daten Ji. Le tchang a la couleur du petit lait et le goût du citron pressé. Il n'y a pas de quoi s'extasier, mais c'est assez bon. Chacun y va de sa tournée. Les femmes semblent préfèrer le thé.

 

            Comme il est près de midi, Daten Ji me propose d'aller manger. Il me conduit dans une lodge proche du marché. On y entre par un grand escalier intérieur digne d'une maison de maître. Il me fait installer dans la cuisine. où un bébé dort dans un berceau. Il n'y a là pour nous recevoir qu'une fillette qui nous apporte le menu. La cuisine est grande, au centre un énorme fourneau sous une grande cheminée en forme de hotte aspirante. Il m'installe dans un coin et me dit qu'il va manger ailleurs avec Sumbadou. La pièce est vitrée sur trois de ses faces, je peux donc tout autant contempler le marché que la ville et la montagne. J'ai choisi un plat de pommes de terre avec des légumes et du fromage. La fillette a pris la commande mais me laisse seul un bon moment. Le bébé dort silencieusement. Comme le temps passe et qu'aucun adulte n'apparaît, la fillette revient et entreprend de préparer mon repas. Elle sort une énorme poêle à frire et commence à faire chauffer les légumes. De temps à autre elle donne un coup d'oeil à son petit frère. Sa soeur vient à la rescousse, mais ne semble pas intéressée par la cuisine. C'est assez comique de voir cette gamine cuisiner comme si elle jouait.

 

            Mon repas est presque prêt lorsque la mère arrive. Elle me propose d'ajouter des oeufs ce que j'accepte. Son mari passe aussi. Il est assez drôle. Comme beaucoup de népalais il fait très jeune. Il a une casquette avec une énorme visière qui lui donne une allure de garçon des rues. Il est 12 h 30 lorsque Daten Ji réapparaît. Je me suis rassasié de ces bonnes pommes de terre, spécialité de ces hauts plateaux.

 

            En quittant la lodge, je découvre que le marché est toujours en pleine activité. Nous descendons la grande rue et retrouvons Sumbadou. Une vieille femme me serre longuement les mains et me déverse une profusion de "Namasté". C'est sans doute une parente de Daten Ji. Ce jour a la particularité d'être celui où les filles honorent les garçons. Tout au long de notre route, Daten Ji qui connaît tout le monde, se fait inviter. En sa compagnie on m'offre des pommes de terre bouillies, puis du thé ou du Tchang. A chaque fois il propose de l'argent, mais à chaque fois on le lui refuse. Il insiste mais toujours le même refus. A force de me gaver de pommes de terre, je comprends pourquoi Daten Ji n'a pas pris son repas avec moi. Il a du soit être invité, soit prévoir la suite des événements.

 

            La grande côte de Namché Bazar s'avère très glissante. Sur les rochers la multitude des passants a transformé la poussière en roulements à billes. Une ou deux fois je dérape et manque de tomber. Daten Ji lui aussi glisse et tombe. Lorsqu'il se relève, je sens qu'il est un peu vexé. Il a peut-être bu un peu trop de tchang. Ce qui est certain, nous marchons d'un bon pas et le terrain est très glissant.

 

            En cours de route nous retrouvons le guide au look d'iroquois. Il part à Katmandou d'où il doit accompagner un groupe pour le tour des Annapurnas. Nous ferons route ensemble jusqu'à Lukla. A Phakding nous nous arrêtons dans une des premières lodges après la traversée de la rivière. Daten Ji me fait installer dans une chambre. Lui, l'autre guide et Sumbadou s'installent dans une autre. Je les rejoins dans la cuisine. Là une femme prépare les repas tout en nourrissant son bébé. Je remarque que pour nourrir son petit elle mâche la nourriture avant de la lui recracher dans la bouche. A midi, à Namché, j'avais pris ce geste pour une marque d'affection alors qu'il s'agit d'une technique.

 

            La nuit est tombée. Je commence à avoir faim. Daten Ji m'entraîne dans la salle commune où un couple de suédois attend. Il me fait servir une "garlic soup" et des pommes de terre au fromage. Le repas avalé, je sors pour me laver les dents. La température est très douce.

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