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Katmandou, le 23 octobre 17 h.
J'ai rencontré
Catherine cet été lors d'un de ses séjours en France, mais ce
n'est pas elle qui m'attend. Une infection subite l'a
contrainte à se faire rapatrier à Paris pour une opération
urgente. En ce moment, elle termine sa convalescence chez ses
parents. Aussi c'est son mari et son beau-frère qui
m'accueillent.
Je n'ai pas encore
franchi les contrôles douaniers que Bassou m'a reconnu et fait
signe. Dès que je peux les approcher, les deux mains jointes
sur la poitrine, en s'inclinant légèrement en avant, ils me
saluent avec un "namasté". C'est la formule de bienvenue, le
bonjour comme l'au revoir ou la bénédiction que l'on adresse à
ses amis. Cet accueil comme tous ceux que les népalais font à
leurs hôtes, n'a rien de commun avec ceux que nous
connaissons. Bien que ni Bassou, ni son frère, ne me
connaissent, je suis reçu comme un ministre. J'ai le plus
grand mal à porter un des mes sacs jusqu'à la voiture. Mes
deux hôtes se disputent pour porter les plus lourds. Avant de
monter dans le 4x4 de Bassou, ils m'offrent chacun un collier
de fleurs jaunes pour célébrer la Dassain.
La Dassain est la
plus grande fête du Népal, elle dure trois jours, mais ce "BIG
FESTIVAL", comme disent les népalais, dure en fait beaucoup
plus, car pour les nombreux ruraux qui viennent travailler à
Katmandou pendant la période sèche, il serait impensable de ne
pas célébrer la Dassain en famille. C'est ainsi que pour "LE
BIG FESTIVAL", Katmandou se vide des deux tiers de sa
population et comme dans ce pays il faut plusieurs jours pour
rejoindre les villages les plus lointains, c'est une dizaine
de jours que dure cette fête.
A peine sortis du
parking, nous trouvons une route qui ressemble plus à un
chemin de campagne qu'à la voie d'accès à une ville de 250 000
habitants. Le 4x4 se fraye un chemin entre les poules, les
chiens, les vaches, les autres véhicules et les populations
riveraines qui malgré les nombreux coups de Klaxon, ne
semblent pas attentifs à ce bolide qui pourrait les bousculer.
A tous moments je serre les fesses, car notre véhicule, bien
que roulant au pas, ne cesse de forcer le passage et de frôler
tout ce qui bouge autour.
La route se
tortille entre ce que je crois être des baraquements. En fait
ce sont des commerces. Ils ressemblent à des garages surélevés
pour éviter que l'eau ne pénètre, et fermés par des planches
de bois ou par un rideau métallique. Lorsque les planches sont
enlevées ou que le rideau est ouvert, il y a derrière l'étal
du commerce. Le soir, lorsque la boutique est fermée, on
déplie les nattes et la famille dort derrière la banque ou
dans la cuisine. Les appartements peuvent aussi être au
dessus. La plupart des maisons n'ont pas de toit, mais
quelques fers à béton qui témoignent qu'on envisage de
suréléver le bâtiment dès que la famille en aura les moyens.
Ma première impression est que j'arrive après un grand
bombardement ou dans une ville en plein chantier.
Bassou me conduit à
l'hôtel NAMASTE qui appartient à son frère. Il m'explique
qu'actuellement il ne peut me recevoir chez lui, sa maison
étant en plein chantier pour y installer une véritable
toiture. L'hôtel fait partie d'un ensemble d'immeubles
construits au milieu de ce qui ressemble à un terrain vague.
Pourtant il est moderne, propre et confortable. A peine nous
présentons-nous sur le perron que les employés m'accueillent
avec un grand "namasté", se précipitent pour prendre mes
bagages et me conduisent à ma chambre. Celle-ci offre un grand
lit, une table, deux fauteuils et une salle de bain
confortable. Bassou me propose du thé, ce que j'accepte et son
frère s'efface pour nous laisser seuls. Sur le plan de la
ville, Bassou m'explique où nous sommes. Je m'aperçois que
nous sommes à deux pas de Thamel, l'un des quartiers les plus
commerçants et les plus touristiques de Katmandou.
J'explique à Bassou
qu'au dernier moment, j'ai eu des problèmes avec ma carte
Visa qui s'est avérée inutilisable, que j'ai bien quelques
dollars, mais qu'il me faudrait pouvoir rapidement trouver une
banque pour changer de l'argent. Il me propose de me changer
50 $, car les banques vont être fermées pendant la fête et
cette somme doit largement me suffire pour passer ces quelques
jours. Il m'explique aussi, qu'avec cette fête, il ne
disposera ni de guides et ni de porteurs avant cinq jours. Je
l'invite à dîner, mais il décline mon invitation, ayant
d'autres obligations pour la soirée, par contre il me propose
de reporter ce repas pour le lendemain midi. Rendez-vous est
pris pour 11 h à l'agence.
Pour m'initier un
peu à cette ville, Bassou me conduit dans Thamel. Nous passons
devant son agence. Les rues grouillent de toute une foule pour
moitié composée de touristes. Sans aller très loin, nous
passons déjà devant plusieurs temples. Les enseignes des
magasins sont très agressives, de nombreuses banderoles
traversent la rue. Bassou m'explique qu'elles sont là pour
célébrer la Dassain. Le réseau de distribution électrique est
une vraie catastrophe. Les câbles électriques et téléphoniques
encombrent les rues et les pilonnes, placés n'importe où,
déflorent de magnifiques temples. Au sol ce n'est guère mieux,
les ordures sont partout, au mieux elles sont regroupées en
tas fort odorants.
Je n'ose dire à
Bassou que je suis totalement désorienté. Après nous être
quittés, je regagne l'hôtel pour faire un brin de toilette.
J'enfile des habits un peu plus adaptés et je reviens en ville
pour prendre mon repas. Je fais quelques aller retour dans les
rues proches de l'agence, question de prendre quelques repères
et de trouver un restaurant. Il n'en manque pas. Je choisis le
"4 saisons". Je suis immédiatement accueilli, et placé à une
des quelques tables de la boutique. La salle n'est pas grande.
On me présente le menu et je choisis une soupe et du poulet au
curry mode indienne avec du riz et une bière. Le patron me
rajoutera ce que je crois être deux crêpes. Ce sont des "chapatis",
un pain rond sans levain. Tout est excellent et très copieux.
D'ailleurs j'ai le plus grand mal à tout avaler. Même la bière
est gigantesque. Deux marques sont vendues au Népal, ce sont
la Tuborg et la San Miguel, mais elles sont en bouteilles de
60 cl, ce qui est beaucoup pour assouvir une petite soif. Tout
cela me coûte 128 roupies (16,64 frs). Il n'est guère plus de
19 h, je regagne l'hôtel.
En si peu de temps,
je suis entré dans un monde qui m'est si étranger que j'ai
besoin de trouver le temps d'un peu de réflexion et de repos.
J'ai quitté Paris par 9° de température. Je suis passé par un
Moscou où il faisait 1°, pour trouver une température de 35 °
à Sharja et redescendre à 25° ici. Dans ma chambre, je déballe
mes affaires, réorganise mes bagages puis me plonge dans le
"Guide du Routard" et dans la carte de Katmandou. Bassou m'a
parlé d'un endroit où la fête doit commencer à 6 h demain
matin. J'ai demandé à ce qu'on me réveille à 5 h.
Enfin je me couche,
mais dehors des haut-parleurs distillent une musique criarde.
Devant l'hôtel, à l'occasion de la fête une balançoire en
bambou d'au moins six mètres de haut a été installée. Les
enfants font la queue pour monter dessus. Tout autour les
adultes rient et font un grand vacarme qui ne se terminera que
très tard. Il sera relayé par les aboiements des chiens qui se
forment en meutes et passent d'un quartier à l'autre.

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