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Mon aventure au Népal 1993

The Big Festival

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Katmandou, le 23 octobre 17 h.

 

            J'ai rencontré Catherine cet été lors d'un de ses séjours en France, mais ce n'est pas elle qui m'attend. Une infection subite l'a contrainte à se faire rapatrier à Paris pour une opération urgente. En ce moment, elle termine sa convalescence chez ses parents. Aussi c'est son mari et son beau-frère qui m'accueillent.

 

            Je n'ai pas encore franchi les contrôles douaniers que Bassou m'a reconnu et fait signe. Dès que je peux les approcher, les deux mains jointes sur la poitrine, en s'inclinant légèrement en avant, ils me saluent avec un "namasté".  C'est la formule de bienvenue, le bonjour comme l'au revoir ou la bénédiction que l'on adresse à ses amis. Cet accueil comme tous ceux que les népalais font à leurs hôtes, n'a rien de commun avec ceux que nous connaissons. Bien que ni Bassou, ni son frère, ne me connaissent, je suis reçu comme un ministre. J'ai le plus grand mal à porter un des mes sacs jusqu'à la voiture. Mes deux hôtes se disputent pour porter les plus lourds. Avant de monter dans le 4x4 de Bassou, ils m'offrent chacun un collier de fleurs jaunes pour célébrer la Dassain.

 

            La Dassain est la plus grande fête du Népal, elle dure trois jours, mais ce "BIG FESTIVAL", comme disent les népalais, dure en fait beaucoup plus, car pour les nombreux ruraux qui viennent travailler à Katmandou pendant la période sèche, il serait impensable de ne pas célébrer la Dassain en famille. C'est ainsi que pour "LE BIG FESTIVAL", Katmandou se vide des deux tiers de sa population et comme dans ce pays il faut plusieurs jours pour rejoindre les villages les plus lointains, c'est une dizaine de jours que dure cette fête.

 

            A peine sortis du parking, nous trouvons une route qui ressemble plus à un chemin de campagne qu'à la voie d'accès à une ville de 250 000 habitants. Le 4x4 se fraye un chemin entre les poules, les chiens, les vaches, les autres véhicules et les populations riveraines qui malgré les nombreux coups de Klaxon, ne semblent pas attentifs à ce bolide qui pourrait les bousculer. A tous moments je serre les fesses, car notre véhicule, bien que roulant au pas, ne cesse de forcer le passage et de frôler tout ce qui bouge autour.

 

            La route se tortille entre ce que je crois être des baraquements. En fait ce sont des commerces. Ils ressemblent à des garages surélevés pour éviter que l'eau ne pénètre, et fermés par des planches de bois ou par un rideau métallique. Lorsque les planches sont enlevées ou que le rideau est ouvert, il y a derrière l'étal du commerce. Le soir, lorsque la boutique est fermée, on déplie les nattes et la famille dort derrière la banque ou dans la cuisine. Les appartements peuvent aussi être au dessus. La plupart des maisons n'ont pas de toit, mais quelques fers à béton qui témoignent qu'on envisage de suréléver  le bâtiment dès que la famille en aura les moyens. Ma première impression est que j'arrive après un grand bombardement ou dans une ville en plein chantier.

 

            Bassou me conduit à l'hôtel NAMASTE qui appartient à son frère. Il m'explique qu'actuellement il ne peut me recevoir chez lui, sa maison étant en plein chantier pour y installer une véritable toiture. L'hôtel fait partie d'un ensemble d'immeubles construits au milieu de ce qui ressemble à un terrain vague. Pourtant il est moderne, propre et confortable. A peine nous présentons-nous sur le perron que les employés m'accueillent avec un grand "namasté", se précipitent pour prendre mes bagages et me conduisent à ma chambre. Celle-ci offre un grand lit, une table, deux fauteuils et une salle de bain confortable. Bassou me propose du thé, ce que j'accepte et son frère s'efface pour nous laisser seuls. Sur le plan de la ville, Bassou m'explique où nous sommes. Je m'aperçois que nous sommes à deux pas de Thamel, l'un des quartiers les plus commerçants et les plus touristiques de Katmandou.

 

            J'explique à Bassou qu'au dernier moment,  j'ai eu des problèmes avec ma carte Visa qui s'est avérée inutilisable, que j'ai bien quelques dollars, mais qu'il me faudrait pouvoir rapidement trouver une banque pour changer de l'argent. Il me propose de me changer 50 $, car les banques vont être fermées pendant la fête et cette somme doit largement me suffire pour passer ces quelques jours. Il m'explique aussi, qu'avec cette fête, il ne disposera ni de guides et ni de porteurs avant cinq jours. Je l'invite à dîner, mais il décline mon invitation, ayant d'autres obligations pour la soirée, par contre il me propose de reporter ce repas pour le lendemain midi. Rendez-vous est pris pour 11 h à l'agence.

 

            Pour m'initier un peu à cette ville, Bassou me conduit dans Thamel. Nous passons devant son agence. Les rues grouillent de toute une foule pour moitié composée de touristes. Sans aller très loin, nous passons déjà devant plusieurs temples. Les enseignes des magasins sont très agressives, de nombreuses banderoles traversent la rue. Bassou m'explique qu'elles sont là pour célébrer la Dassain. Le réseau de distribution électrique est une vraie catastrophe. Les câbles électriques et téléphoniques encombrent les rues et les pilonnes, placés n'importe où, déflorent de magnifiques temples. Au sol ce n'est guère mieux, les ordures sont partout, au mieux elles sont regroupées en tas fort odorants.

 

            Je n'ose dire à Bassou que je suis totalement désorienté. Après nous être quittés, je regagne l'hôtel pour faire un brin de toilette. J'enfile des habits un peu plus adaptés et je reviens en ville pour prendre mon repas. Je fais quelques aller retour dans les rues proches de l'agence, question de prendre quelques repères et de trouver un restaurant. Il n'en manque pas. Je choisis le "4 saisons".  Je suis immédiatement accueilli, et placé à une des quelques tables de la boutique. La salle n'est pas grande. On me présente le menu et je choisis une soupe et du poulet au curry mode indienne avec du riz et une bière. Le patron me rajoutera ce que je crois être deux crêpes. Ce sont des "chapatis", un pain rond sans levain. Tout est  excellent et très copieux. D'ailleurs j'ai le plus grand mal à tout avaler. Même la bière est gigantesque. Deux marques sont vendues au Népal, ce sont la Tuborg et la San Miguel, mais elles sont en bouteilles de 60 cl, ce qui est beaucoup pour assouvir une petite soif. Tout cela me coûte 128 roupies (16,64 frs). Il n'est guère plus de 19 h, je regagne l'hôtel.

 

            En si peu de temps, je suis entré dans un monde qui m'est si étranger que j'ai besoin de trouver le temps d'un peu de réflexion et de repos. J'ai quitté Paris par 9° de température. Je suis passé par un Moscou où il faisait 1°, pour trouver une température de 35 ° à Sharja et redescendre à 25° ici. Dans ma chambre, je déballe mes affaires, réorganise mes bagages puis me plonge dans le "Guide du Routard" et dans la carte de Katmandou. Bassou m'a parlé d'un endroit où la fête doit commencer à 6 h demain matin. J'ai demandé à ce qu'on me réveille à 5 h.

 

            Enfin je me couche, mais dehors des haut-parleurs distillent une musique criarde. Devant l'hôtel, à l'occasion de la fête une balançoire en bambou d'au moins six mètres de haut a été installée. Les enfants font la queue pour monter dessus. Tout autour les adultes rient et font un grand vacarme qui ne se terminera que très tard. Il sera relayé par les aboiements des chiens qui se forment en meutes et passent d'un quartier à l'autre.

 

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