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Carnet de route du tour du Manaslu 1995

Le départ

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Les Mées, 19 octobre

            La voiture de Jeannot [1] s'arrête devant la maison.  Comme je m'y attendais, il est en avance. Je lui ai demandé de m'emmener à Château-Arnoux pour prendre le car. Il a insisté pour m'accompagner jusqu'à Veynes. J'ai tenté de le dissuader en vain. Il est trop heureux de s'associer à mon aventure. J'ai cédé.

 

            Philippe, son fils, est avec lui. Tous les deux me prennent en charge, me bichonnent, comme le ferait l’entraîneur d’un sportif de haut niveau. J'ai beau minimiser le caractère exceptionnel de mon aventure, rien n'y fait. Ils s'emparent de mes bagages, les chargent dans leur voiture, me pressent de questions sur l'organisation d'un trekking, sur les difficultés de la montagne.... Je leur réponds, mais je sens bien qu'ils ne peuvent comprendre!

        

 Comment leur expliquer qu'au Népal la "moyenne montagne" va au-delà des 5000 m, qu'il faut aller beaucoup plus haut pour atteindre les neiges éternelles? Comment leur expliquer que là-bas la moindre colline fait 3000 m, qu'elle est totalement cultivée et sans rochers? Comment leur faire comprendre que les sentiers que je vais parcourir, sont des voies de communications internationales entre la Chine et l'Inde, qu'ils sont  parcourus par des milliers de personnes? Comment leur faire comprendre qu'ils traversent de nombreux villages dont certains sont à plus de 4500 m? Comment leur faire comprendre que mon plaisir sera le dépaysement, vivre quinze jours ou trois semaines sans voir une voiture, sans entendre une sonnerie de téléphone, sans tous les soucis et toutes ces contraintes de la vie moderne? Tous les deux ne voient que la performance sportive quand moi je ne pense qu'à me baigner dans une autre culture, dans un autre monde!

 

            Avec mes 20 kg de bagages, me voilà sur le quai de la gare de Veynes. Jeannot  nous photographie pour terminer sa pellicule photo. Avec lui, la semaine dernière nous

sommes montés au Vieux Chaillol. Nous avons dormi à la cabane des Parisiens à 2725 m d'altitude. Pour moi c'était une façon de m'adapter à l'altitude et au froid. L'épreuve n'a pas été aussi concluante que je l'aurais souhaité. Le temps était très beau et il faisait très doux. Une mince couche de neige recouvrait le sommet. Cette sortie a participé à mythifier mes aventures himalayennes. Maintenant me voilà incompris mais heureux d'être entouré d'autant d'amitié.
 

[1] Jeannot est président des Audax de Haute-Provence, une association organisant des brevets de marche sur 25,50, 75, 100, 125 km parcourus à la vitesse de 6 km/h (5 km/h si on tient compte des arrêts).

       

 

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