Accueil
Qui suis-je?
Ma généalogie
Mon environnement
Mes voyages
Mon Portfolio
Dernières nouvelles
Mes liens

 

Boite aux lettres

 

 

 

Mon aventure au Népal 1993

Katmandou en fête

page précédente

page suivante

        

            A 5 h. un employé de l'hôtel frappe à ma porte. Il y a déjà un moment que je suis réveillé. Mon sac solaire sur le dos et ma caméra en bandoulière, je quitte la chambre. En ouvrant la porte du hall d'entrée, je découvre quelques employés qui dorment sur le sol. Ils sont un peu paniqués par mon arrivée, moi aussi. Le patron lui-même sort de sa chambre et leur fait signe de m'ouvrir la porte.

 

            Me voici dehors, je prend la rue Lekhnathmarg jusqu'au Palais Royal. Le jour ne se lèvera que dans une heure, mais j'ai la surprise de voir des népalais faire du jogging. Il y a encore peu de monde dans les rues. De temps en temps des petits groupes se serrent dans une estafette. Ma surprise est de voir un car de police, en fait je parle de car pour le nombre de policiers qui sont dedans, mais le véhicule n'est qu'une petite fourgonnette. En passant sous les arbres qui bordent le Palais, j'entends un véritable vacarme, ce sont les cris des chauves souris qui nichent dans les arbres.

 

            A l'angle d'une rue, je découvre l'entrée du Ministère de l'Education. L'enseigne est aussi délabrée que l'entrée et les bâtiments qui sont derrière ne sont pas mieux. Je longe le Palais, pour passer devant l'entrée principale qui fait face à une grande avenue. Le style du palais est moderne, mais je le trouverais plus à sa place dans un pays des Emirats. Je poursuis mon chemin. En fait je remonte la route en direction de l'aéroport. Les commerces se font plus nombreux et les rues commencent à s'animer. Hommes et femmes se lavent les dents devant leur porte ou en se promenant dans la rue. Quelques femmes, pliées en deux mais le dos très droit, balayent devant leur boutique. Des enfants rapportent l'eau de la fontaine. Dans les boutiques on entend le bruit du réchaud à essence qui chauffent le thé avant de chauffer le repas du matin.

 

            Un peu plus tard, je m'aperçois qu'il y a de plus en plus de monde qui marche dans le même sens que moi. De plus en plus de femmes en très beaux saris rouges ou bleus, portent un plateau de cuivre savamment décoré avec des aliments. Le temple n'est pas loin. Tout autour, il y a déjà foule. On fait la queue pour venir déposer ses offrandes et obtenir les faveurs des dieux. On lance des pétales, du riz, on agite la cloche, on fait brûler de l'encens et on touche les différentes statues qui sont accumulées autour et tout cela accompagné de nombreux gestes dont je ne comprends pas le sens.

 

            Autour, de nombreux colporteurs sont là pour vendre des colliers de fleurs, des masques et d'autres gadgets. Le plus étonnant est de voir cette foule hétéroclite s'agiter. Rien ne semble logique. Riches et gueux sont là. Ils font la queue, serrés les uns contre les autres, tandis que d'autres  doublent tout le monde ou déambulent dans tous les sens. Les poules, les vaches et les chèvres sont aussi là et participent au bruit ambiant. Ma présence ne semble pas choquer, bien au contraire, à plusieurs reprises on me propose de participer aux offrandes et aux divers rituels, mais comment faire! Je ne comprends rien à tout cela!

 

            Je reprends la direction de Thamel. Le jour est maintenant levé. En remontant une rue commerçante, je remarque les enseignes dont la plupart sont surprenantes pour des boutiques de 20 m² qui sont dans un piteux état. Les noms sont toujours ronflants "Radio, Tape, T.V. Reparing Center" ou "Byte School of Computing". Je rencontre aussi de nombreux bouchers ébouillantant poules et petits chevreaux dépourvus de tête, pour leur enlever plumes et poils. En fait, pour ce premier jour de la Dassain on sacrifie de très nombreux animaux pour plaire à la déesse Ganesh, la femme à la trompe d'éléphant qui est assoiffée de sang. Aussi, pendant la fête, des milliers de buffles, de chèvres, de moutons et de coqs seront sacrifiés. Et moi qui croyait que les hindouistes refusaient de tuer les animaux! En réalité, il est vrai qu'ils en tuent peu, qu'ils mangent peu de viande et qu'il faut de tels jours de fête pour qu'ils fassent ces sacrifices.

 

            Je rebrousse chemin jusqu'au Palais Royal et comme il est très tôt, je décide de faire le tour d'un grand parc. De très nombreux camelots se sont installés à sa périphérie et toute une foule déambule sur l'avenue voisine. Dans un tintamarre de Klaxons et de coups de sonnette, les voitures, les autobus, les vélos-taxi, les motos-taxi, nous frôlent en soulevant beaucoup de poussière. En passant devant un immeuble cossu, je suis attiré par une musique aigrelette. Je m'approche. Quelques messieurs endimanchés viennent de faire le sacrifice d'un chevreau devant la statue d'un grand singe. La tête du chevreau dégage de la fumée d'encens. Les hommes se posent mutuellement sur le front, la "tika" : cette peinture rouge sensée représenter le troisième oeil.

 

            Il est 10 h, j'arrive à Tridevimarg, une grande rue de Thamel. Comme il est encore tôt, je décide de visiter le quartier. Je découvre que je ne peux pas faire trois pas sans tomber sur un temple, petit ou grand, beau ou dans un total état de délabrement, mais toujours honoré par les népalais. Les cérémonies que j'ai vues deux heures plus tôt, se déroulent partout de la même façon, rassemblent autant de gens qui font la queue et apportent avec autant de ferveur leurs offrandes, alors que les bruits et bousculades de la rue sont encore plus présents ici. Je passe d'une rue à l'autre la caméra à la main, je ne cesse de trouver toujours plus beau et plus surprenant et tout d'un coup, je réalise qu'il est 10 h 30 et que je dois être à l'agence à 11 h..

 

            Je tente de retrouver le chemin par lequel je suis venu, mais tout se ressemble. Je ne tarde pas à m'apercevoir que je tourne en rond et 11 h sont déjà passés. Je décide donc de sortir de Thamel, une fois sorti, je saurai en faire le tour et retrouver Tridevi Marg et la rue de l'agence où j'arrive à 13 h 30. Bassou m'attend. Pensant que je me suis perdu, il a téléphoné à l'hôtel qui lui a confirmé que j'étais parti très tôt.

 

            Nous nous rendons à pied chez "Boris", ce russe qui a monté l'un des plus célèbres et des plus anciens restaurants de Katmandou et de Thamel. Nous prenons place dehors, sous de grands arbres. La végétation et la cour, nous mettent à l'abri du vacarme de la rue. Les serveurs sont en habits de style indien et le repas que nous mangeons est à la hauteur de la réputation du restaurant. Je fais part à Bassou de mon appréciation de la cuisine népalaise, il m'avertit que je réviserai sans doute mon jugement pendant le trek.

 

            Au cours du repas, il m'explique aussi que la fête de la Dassain puise son origine dans les temps très anciens où deux rois se faisaient la guerre. Chacun avait ses partisans, et le peuple qui aimait le bon roi décida d'en appeler aux divinités qui leur accordèrent leur soutien. Au dixième jour, l'affrontement fut sanglant, et donna raison au bon roi. et au peuple. Aussi en souvenir de cet événement, on procède à ces énormes sacrifices, puis en famille on mange les animaux tués.

 

            De retour à l'agence, il confie à un porteur la mission de me conduire au grand lieu de sacrifice, près de Dubar Square. Tous deux, fendant la foule, nous marchons très vite, mais il est déjà très tard et quand nous arrivons la cour des sacrifices est vide et propre. C'est pour moi l'occasion de découvrir ce quartier où sont accumulés les plus beaux temples de Katmandou. Je me promets de revenir ici demain.
 

Suite