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A 5 h. un employé
de l'hôtel frappe à ma porte. Il y a déjà un moment que je
suis réveillé. Mon sac solaire sur le dos et ma caméra en
bandoulière, je quitte la chambre. En ouvrant la porte du hall
d'entrée, je découvre quelques employés qui dorment sur le
sol. Ils sont un peu paniqués par mon arrivée, moi aussi. Le
patron lui-même sort de sa chambre et leur fait signe de
m'ouvrir la porte.
Me voici dehors, je
prend la rue Lekhnathmarg jusqu'au Palais Royal. Le jour ne se
lèvera que dans une heure, mais j'ai la surprise de voir des
népalais faire du jogging. Il y a encore peu de monde dans les
rues. De temps en temps des petits groupes se serrent dans une
estafette. Ma surprise est de voir un car de police, en fait
je parle de car pour le nombre de policiers qui sont dedans,
mais le véhicule n'est qu'une petite fourgonnette. En passant
sous les arbres qui bordent le Palais, j'entends un véritable
vacarme, ce sont les cris des chauves souris qui nichent dans
les arbres.
A l'angle d'une
rue, je découvre l'entrée du Ministère de l'Education.
L'enseigne est aussi délabrée que l'entrée et les bâtiments
qui sont derrière ne sont pas mieux. Je longe le Palais, pour
passer devant l'entrée principale qui fait face à une grande
avenue. Le style du palais est moderne, mais je le trouverais
plus à sa place dans un pays des Emirats. Je poursuis mon
chemin. En fait je remonte la route en direction de
l'aéroport. Les commerces se font plus nombreux et les rues
commencent à s'animer. Hommes et femmes se lavent les dents
devant leur porte ou en se promenant dans la rue. Quelques
femmes, pliées en deux mais le dos très droit, balayent devant
leur boutique. Des enfants rapportent l'eau de la fontaine.
Dans les boutiques on entend le bruit du réchaud à essence qui
chauffent le thé avant de chauffer le repas du matin.
Un peu plus tard,
je m'aperçois qu'il y a de plus en plus de monde qui marche
dans le même sens que moi. De plus en plus de femmes en très
beaux saris rouges ou bleus, portent un plateau de cuivre
savamment décoré avec des aliments. Le temple n'est pas loin.
Tout autour, il y a déjà foule. On fait la queue pour venir
déposer ses offrandes et obtenir les faveurs des dieux. On
lance des pétales, du riz, on agite la cloche, on fait brûler
de l'encens et on touche les différentes statues qui sont
accumulées autour et tout cela accompagné de nombreux gestes
dont je ne comprends pas le sens.
Autour, de nombreux
colporteurs sont là pour vendre des colliers de fleurs, des
masques et d'autres gadgets. Le plus étonnant est de voir
cette foule hétéroclite s'agiter. Rien ne semble logique.
Riches et gueux sont là. Ils font la queue, serrés les uns
contre les autres, tandis que d'autres doublent tout le monde
ou déambulent dans tous les sens. Les poules, les vaches et
les chèvres sont aussi là et participent au bruit ambiant. Ma
présence ne semble pas choquer, bien au contraire, à plusieurs
reprises on me propose de participer aux offrandes et aux
divers rituels, mais comment faire! Je ne comprends rien à
tout cela!
Je reprends la
direction de Thamel. Le jour est maintenant levé. En remontant
une rue commerçante, je remarque les enseignes dont la plupart
sont surprenantes pour des boutiques de 20 m² qui sont dans un
piteux état. Les noms sont toujours ronflants "Radio, Tape,
T.V. Reparing Center" ou "Byte School of Computing". Je
rencontre aussi de nombreux bouchers ébouillantant poules et
petits chevreaux dépourvus de tête, pour leur enlever plumes
et poils. En fait, pour ce premier jour de la Dassain on
sacrifie de très nombreux animaux pour plaire à la déesse
Ganesh, la femme à la trompe d'éléphant qui est assoiffée de
sang. Aussi, pendant la fête, des milliers de buffles, de
chèvres, de moutons et de coqs seront sacrifiés. Et moi qui
croyait que les hindouistes refusaient de tuer les animaux! En
réalité, il est vrai qu'ils en tuent peu, qu'ils mangent peu
de viande et qu'il faut de tels jours de fête pour qu'ils
fassent ces sacrifices.
Je rebrousse chemin
jusqu'au Palais Royal et comme il est très tôt, je décide de
faire le tour d'un grand parc. De très nombreux camelots se
sont installés à sa périphérie et toute une foule déambule sur
l'avenue voisine. Dans un tintamarre de Klaxons et de coups de
sonnette, les voitures, les autobus, les vélos-taxi, les
motos-taxi, nous frôlent en soulevant beaucoup de poussière.
En passant devant un immeuble cossu, je suis attiré par une
musique aigrelette. Je m'approche. Quelques messieurs
endimanchés viennent de faire le sacrifice d'un chevreau
devant la statue d'un grand singe. La tête du chevreau dégage
de la fumée d'encens. Les hommes se posent mutuellement sur le
front, la "tika" : cette peinture rouge sensée représenter le
troisième oeil.
Il est 10 h,
j'arrive à Tridevimarg, une grande rue de Thamel. Comme il est
encore tôt, je décide de visiter le quartier. Je découvre que
je ne peux pas faire trois pas sans tomber sur un temple,
petit ou grand, beau ou dans un total état de délabrement,
mais toujours honoré par les népalais. Les cérémonies que j'ai
vues deux heures plus tôt, se déroulent partout de la même
façon, rassemblent autant de gens qui font la queue et
apportent avec autant de ferveur leurs offrandes, alors que
les bruits et bousculades de la rue sont encore plus présents
ici. Je passe d'une rue à l'autre la caméra à la main, je ne
cesse de trouver toujours plus beau et plus surprenant et tout
d'un coup, je réalise qu'il est 10 h 30 et que je dois être à
l'agence à 11 h..
Je tente de
retrouver le chemin par lequel je suis venu, mais tout se
ressemble. Je ne tarde pas à m'apercevoir que je tourne en
rond et 11 h sont déjà passés. Je décide donc de sortir de
Thamel, une fois sorti, je saurai en faire le tour et
retrouver Tridevi Marg et la rue de l'agence où j'arrive à 13
h 30. Bassou m'attend. Pensant que je me suis perdu, il a
téléphoné à l'hôtel qui lui a confirmé que j'étais parti très
tôt.
Nous nous rendons à
pied chez "Boris", ce russe qui a monté l'un des plus célèbres
et des plus anciens restaurants de Katmandou et de Thamel.
Nous prenons place dehors, sous de grands arbres. La
végétation et la cour, nous mettent à l'abri du vacarme de la
rue. Les serveurs sont en habits de style indien et le repas
que nous mangeons est à la hauteur de la réputation du
restaurant. Je fais part à Bassou de mon appréciation de la
cuisine népalaise, il m'avertit que je réviserai sans doute
mon jugement pendant le trek.
Au cours du repas,
il m'explique aussi que la fête de la Dassain puise son
origine dans les temps très anciens où deux rois se faisaient
la guerre. Chacun avait ses partisans, et le peuple qui aimait
le bon roi décida d'en appeler aux divinités qui leur
accordèrent leur soutien. Au dixième jour, l'affrontement fut
sanglant, et donna raison au bon roi. et au peuple. Aussi en
souvenir de cet événement, on procède à ces énormes
sacrifices, puis en famille on mange les animaux tués.
De retour à
l'agence, il confie à un porteur la mission de me conduire au
grand lieu de sacrifice, près de Dubar Square. Tous deux,
fendant la foule, nous marchons très vite, mais il est déjà
très tard et quand nous arrivons la cour des sacrifices est
vide et propre. C'est pour moi l'occasion de découvrir ce
quartier où sont accumulés les plus beaux temples de
Katmandou. Je me promets de revenir ici demain.
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