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Carnet de route du tour du Manaslu 1995

A l'assaut de Pisang Peak

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Pisang, le 7 novembre.

 

           6 h 15, la cuisine de la lodge commence à s’agiter. Il a fait froid mais j’ai passé une excellente nuit. Je replie mon duvet et range mes affaires. Dehors c’est encore la pénombre. Je descends à la salle à manger. Je suis le premier à me présenter. Ngawang me demande ce que je veux comme petit déjeuner et passe commande à la cuisine. Peu à peu les anglais arrivent et envahissent la salle. Ils font partie d’Exodus, une grande organisation de trekking d’Angleterre. Le déjeuner s’avère plus pagailleux que le repas du soir. Chaque nouvel arrivant passe sa commande. Les plats arrivent les uns après les autres. J’attrape au vol ce qui semble m’être destiné. Je me gorge de thé et demande à Ngawang d’en faire remplir mon Thermos.

 

            Dehors le soleil commence à illuminer les collines avoisinantes et à réchauffer l’atmosphère. Tout là-haut le dôme glaciaire de Pisang Peak brille sous les premiers rayons du soleil. La pente semble continue, sans le moindre accident rocheux. J’ai le plus grand mal à croire que cette ascension s’effectue normalement en quatre jours. Pour accéder aux toilettes, j’ai dû bousculer quelques porteurs qui terminaient leur nuit et barraient le passage. Les W-C sont propres, mais il n’y a pas de serrure. Le bâtiment est en forme de U, avec deux étages. Il est récent. De l’autre côté de la rue, une lodge est en construction.

 

Les anglais se regroupent peu à peu au soleil, en face, le long du mur. Pendant qu’ils jacassent je pars visiter le village. Après avoir traversé une sorte de place, je fais un peu de lèche-vitrines aux quelques magasins que je rencontre. Je ne trouve rien de très intéressant. La rue se prolonge autour d’un long mur de moulins à prières, puis fait quelques zigzags. Toutes les lodges semblent neuves. Très vite j’en atteins le bout. Je fais demi-tour. Le vrai village de Pisang est de l’autre côté de la Marsyandi Khola. Plus compact, il est installé à flanc de colline.

 

Au retour, je trouve en face de la logde un fourmillement d’ouvriers. Une lodge est en construction. Les uns approvisionnent le chantier en cailloux qu’ils vont chercher sur un tas à une centaine de mètres de là. Les autres les cassent avec des marteaux de fortune, souvent avec un autre cailloux. Une fois équarris ils les entassent consciencieusement. Des maçons les utiliseront plus tard pour monter les murs.

 

Mes affaires sont prêtes. Les anglais sont partis. Je reste seul au soleil en attendant le signal du départ. Je n’ai pas encore aperçu Nima. Ngawang est parti chercher un porteur. Il revient seul et me dit que nous partons. Nous récupérons Nima un peu plus loin. Il prend en charge mes bagages et nous quittons la route du tour des Annapurnas pour celle de l’ancien village de Pisang. Nous traversons la Marsyangdi Khola et de l’autre côté nous partons à travers champs à la recherche du sentier de Pisang Peak.

 

Nous atteignons rapidement un chemin serpentant sur une arête. Il est assez raide. Nous sommes entourés de taillis. Peu à peu la forêt s’épaissit. De temps à autre nous rencontrons un chorten. Nima commence à donner des signes de fatigue. Par moment, il souffle fort, comme pour reprendre son souffle. Il sort alors de ses poumons un son sinistre, comme celui d’un pipeau quand on ne sait pas en jouer. Il s’arrête une première fois, puis une deuxième. A cette vitesse là nous n’arriverons jamais au sommet. Ngawang finit par m’avouer qu’il a pris froid. Je fais fondre un comprimé d’aspirine effervescent dans une tasse de thé et je la lui donne.

 

Peu à peu, le fond de la vallée s’éloigne de nous. Maintenant Pisang apparaît comme vu d’avion. Un peu plus à l’ouest, j’aperçois distinctement la piste d’aviation du village de Hongde et les rochers qui lui font face. Ils ressemblent étrangement à ceux des Mées. Nous montons au fond d’un couloir rocheux qui contraste avec les pentes monotones que je viens de traverser. Au sortir de ce vallon, il n’y a plus que des pentes herbeuses. Le sentier est de plus en plus visible. Il serpente sur une arête montant droit en direction de Pisang Peak. Un ronronnement de moteur se fait entendre. De l’est, un avion remonte la vallée. Il passe devant nous, puis plonge sur l’aéroport de Hongde. Un peu plus tard je l’entends redescendre la vallée. Je ne savais pas qu’il existait une liaison régulière avec cet aéroport. Ngawang me dit que c’est nouveau.

 

A midi nous arrivons sur un belvédère. Ngawang me signale que c’est le plus bas des camps de base de Pisang Peak. Nous en profitons pour faire une halte et pour nous restaurer. Mon cachet d’aspirine a un peu amélioré la forme de Nima, mais il continue à se traîner. Depuis une heure le vent s’est levé. Je lui ai donné un pantalon et une veste Kway pour qu’il n’ait pas froid. Nous sommes à 4250 mètres d’altitude. Peiné de le voir dans cet état. Je lui propose de faire demi-tour et de reprendre l’ascension quand il ira mieux. Je sens que ma proposition ne plaît guère à Ngawang, mais je reçois un non net et définitif de Nima.

 

Pendant que nous grignotons un aigle passe devant nous. J’admire son vol. Sans le moindre battement d’ailes, il suit les ondulations du relief. Un moment plus tard il repasse, empruntant rigoureusement le même itinéraire. Je suis si éblouis que j’oublie de le filmer. Lorsqu’enfin, caméra en main, je suis prêt, il est déjà trop loin. En face de moi les Annapurnas II, III et IV commencent à m’apparaître dans toutes leurs magnificences. Le plus proche est l’Annapurna II. J’essaye de retrouver la route que j’avais empruntée, Thorung Pass[1] et la route du lac Tilicho[2] que j’aimerais tant voir. Cette zone sert maintenant à l’entraînement des militaires et elle est interdite. Je suis devant un panorama fabuleux. 5000 m séparent le sommet de l’Annapurna II du fond de la vallée. D’ici cela paraît presque anodin, pourtant même l’an dernier, au pied de l’Everest, je n’ai pas vu une telle dénivelée.

 

Ngawang est allé chercher de l’eau. Il est parti avec un bidon de 10 litres vers le fond d’un vallon. Je le vois agenouillé, assez loin. Aucun ruisseau ne semble couler et le sol semble sec. Je ne sais ce qu’il fait, mais je trouve qu’il met beaucoup de temps. Au retour, il me présente son bidon. Il n’a pu puiser qu’un fond d’eau, deux litres au plus. Cela me semble juste pour deux jours de randonnées. Il faut espérer qu’on en trouvera plus loin car j’ai déjà fortement puisé dans ma réserve de thé.

 

A 13 h nous reprenons notre ascension. Les sifflements qui sortent des poumons de Nima sont de plus en plus sonores. Ses haltes sont fréquentes. Adossé à mes bagages, les bras en croix, je sens qu’il ne peut plus avancer. Ngawang se décide à prendre sa charge, en contre partie je porte le bidon d’eau. Bien qu’il n’ait plus rien à porter, Nima continue à se traîner. Nous atteignons le deuxième camp de base à 15 h.

Ngawang

panorama sur les Annapurnas

Ngawang décide que nous nous arrêterons là. Nous sommes à 4700 m d’altitude, nous avons gravi 1500 m dans la journée, il n’en reste plus que 1400 pour atteindre Pisang Peak.

 

Un petit terre-plein a été aménagé par les précédentes expéditions. La tente que nous montons rentre juste entre les murets de pierres construits par les expéditions précédentes. Il fait un temps magnifique. Alors que le fond de la vallée est à l’ombre depuis un bon moment, nous bénéficions des derniers rayons du soleil et d’un fabuleux panorama. Ngawang me montre le Machhapuchhre[3], dépassant à peine d’un col entre l’Annapurna II et l’Annapurna III. Je suis étonné de voir d’ici ce sommet. Plus petit que tous les sommets qui l’entourent, il est isolé au centre du croissant que forme la chaîne des Annapurnas et sur le versant opposé à celui que je contemple. La carte que je consulte lui donne raison.

 

Pendant que j’admire ce panorama, un hélicoptère remonte la vallée. Il arrive près de nous, suit en rase motte le relief des différents vallons. Ngawang me dit qu’il est à la recherche des guides français disparus dans Pisang Peak. Il me confirme l’information que j’avais eue. J’essaye de comprendre comment cet accident a été possible alors que rien ne semble présenter de danger. Pendant une vingtaine de minutes, l’hélicoptère tourne, puis repart, apparemment sans succès.

 

Il est 16 h 30 lorsque le soleil disparaît derrière les sommets environnants. Nous avons fini de nous installer. J’ai pris place au fond de la tente. Ngawang est près de la porte. Nima est entre nous. J’ai sorti de mon sac : crampons, piolet, anorak, sur-pantalon  et baudrier. J’ai réparti autour de mon duvet tout ce qui me sera nécessaire pour la nuit. Je laisse le reste dans mon sac dehors. Il ne fait pas très froid.

 

Avant de m’enfoncer dans le duvet, je fais fondre un cachet d’aspirine dans une tasse de thé et je le partage avec Nima. Bien que je sois en pleine forme, cette précaution me permettra de me détendre pendant la nuit et d’être frais et dispos pour l’ascension. Il est prévu que nous partirons à 2 h du matin. Nima restera à la tente pour garder les affaires et retrouver ses jambes. Je dois donner le signal du réveil.

 

Pisang Peak, le 8 novembre.

 

D’un œil discret je jette de temps à autre un coup d’œil sur ma montre. A une heure du matin, Ngawang commence à préparer le petit déjeuner. Il a devancé l’heure du lever. Déjà hier soir je le sentais inquiet et désireux de d’avancer l’heure du départ. Malgré ma vigilance, j’ai bien dormi. Il n’a pas fait froid. Je suis en pleine forme. Nima dort comme un bien heureux. J’enfile mes affaires et m’équipe pour la haute montagne.

 

Il est 1 h 45 lorsque nous partons. Nima s’enferme dans la tente. Avec cette nuit de pleine lune, nos lampes de poche sont totalement inutiles. Le sentier est très visible. Nous grimpons lentement jusqu'à un col. Nous atteignons une partie rocheuse. Le sentier suit la ligne de crête et passe parfois sur l’autre versant. Il est beaucoup plus à pic. Nous traversons quelques plaques de neige. Jusque là je n’osais me l’avouer mais j’ai les jambes en coton. Comme je n’ai aucun signe de fatigue, pas la moindre crampe, pas le moindre mal de tête, je pensais qu’en marchant je retrouverais mon allant habituel. Nous marchons depuis plusieurs heures et rien n’a changé. Pire, maintenant que nous sommes sur des pentes un peu plus vertigineuses, je ne me sens pas sûr de mon équilibre.

 

Nous arrivons sur de grandes dalles inclinées. Ngawang cherche le meilleur passage. Je me traîne de plus en plus. Tous les quatre ou cinq pas je suis contraint de reprendre mon souffle. Ces haltes me font percevoir de plus en plus fortement le froid et la calotte glaciaire de Pisang Peak semble s’éloigner au fur et à mesure que nous avançons. Il est 5 h 15, je n’en peux plus. Je demande à Ngawang de redescendre. Nous devons à peine avoir atteint 5400 m d’altitude. 700 m nous sépare encore du sommet. Je suis déçu de devoir battre en retraite. Il y a longtemps que je crève de soif et que j’ai épuisé les dernières gouttes d’eau qui nous restaient.

 

De retour au col, le ciel commence à s’éclaircir. Pendant que nous poursuivons notre descente, la chaîne des Annapurnas retrouve peu à peu son relief. Les couleurs se font de plus en plus marquées. Les plus hauts sommets brillent sous les premiers rayons du soleil. Je regrette que nous soyons partis si tôt, car même sans atteindre Pisang Peak, c’est à cette heure que la montagne est la plus belle. De là haut j’aurais eu un panorama encore plus riche. Camescope en main, je balaie et balaie à nouveau ces sommets pour garder en mémoire l’évolution des couleurs sur ces glaces éternelles. Si ce n’était la soif qui me tenaille, je resterais là des heures à contempler ce fabuleux spectacle, cette masse de roc et de glace dont je connais les dimensions pour en avoir fait le tour. J’en étudierais tous les contours jusqu'à en retenir les moindres détails. Sept sommets[4] de plus de 7000 m sont devant moi, le plus proche est à 15 km devant moi et pourtant je le trouve si près. Je m’imagine du haut des Pénitents des Mées contemplant la citadelle de Sisteron ou le signal de Lure. La Durance coulerait 2000 m au dessous de mes pieds et ces sites seraient 3000 m au-dessus de ma tête.

 

En descendant j’ai retrouvé mes jambes et mon équilibre. Je ne tarde pas à apercevoir la tente. A 7 h nous retrouvons Nima que notre arrivée réveille. Le temps de démonter la tente et d’enfourner tous nos affaires dans les sacs, nous reprenons la descente. La nuit a remis Nima en forme. Ses trente kilos sur le dos, il descend presque en courant et préfère tirer droit que suivre les lacets du sentier. Avec Ngawang nous avons le plus grand mal à le suivre. A l’approche de Pisang nous croisons un groupe d’allemands. Il est 8 h 30 lorsque nous entrons dans Pisang. Ngawang m’installe dans la première lodge que nous rencontrons, juste devant le grand mur de moulins à prières. Elle est très coquette. Elle est récente, construite en U, avec au centre une sorte de patio bien ensoleillé et quelques tables pour accueillir la clientèle. Un jeune chevelu nous reçoit. Il installe l’électricité.

 

A cette heure nous sommes les premiers clients de la journée. Je demande à Ngawang de me faire servir deux bols de citronnade chaude et de me faire préparer une douche. Je suis en nage après la descente que nous venons de faire. Une bonne toilette me permet de me changer complètement et d’adapter mon habillement à la chaleur ambiante. Ngawang me demande ce que je souhaite faire. Je lui réponds que je souhaite passer la journée ici pour me reposer et visiter un peu Pisang. J’aimerais aller au village ainsi qu’à un chorten qui me semble très beau.

 

Nous avons gagné cinq jours sur le programme normal. Cela me donne peut-être la possibilité de réaliser un de mes projets : « rentrer en traversant le Lamjung Himal et descendre sur Pokara[5]. C’est un itinéraire peu usité, mais qui me semble présenter l’avantage d’une descente avec vue sur le versant intérieur de la chaîne des Annapurnas. Catherine n’a pas su me dire le temps qu’il faudrait pour cette traversée et il n’y a presque aucun village pour nous accueillir et une dénivelée de 3000 m à faire en très peu de temps pour passer le col du Lamjung. J’en fais part à Ngawang. Il me dit se renseigner. Il revient en me disant que c’est possible, mais lorsqu’il questionne Nima, lui, refuse de nous accompagner.

 

La patronne consent enfin à m’attribuer une chambre. Le groupe d’israéliens, rencontré au check post de Koto, s’installe dans la chambre voisine. Il a longuement discuté le prix, mais je n’ai pas l’impression qu’il ait eu de rabais. Il n’est pas très discret. Il m’empêche de me reposer en attendant midi. Sur le balcon qui dessert les chambres l’électricien travaille à même le sol. Il découpe les boîtiers des prises d’interrupteurs dans des morceaux de bois. Le sol est jonché de copeaux. Bien qu’il ne semble pas être de la maison, il n’hésite pas à donner des renseignements lorsqu’un client passe.

           

           Un  petit groupe, de porteurs chargés de tuyaux de polyéthylène arrive .  Entre la lodge et le mur de moulins à prières, la faible largeur du chemin  les contraint à avancer de travers. Devant la cour, ils s'accordent un moment de repos et déposent leur charge. Leurs grands yeux ronds se détachent du sol pour lancer un regard aussi beau que pitoyable. Tirant le torchon qui couvre leurs têtes, ils épongent les gouttes de sueur perlant sur leurs fronts. Je m'approche de Ngawang et de Nima. Ils prennent le soleil face à la lodge, à côté des porteurs. Je leur demande les raisons de ce chargement. Ils m'expliquent que le village sera électrifié dans quinze jours.

 

            Il est midi. Je m'installe dans la cour et commande à manger. La lodge est déserte. Il n'y a que l'électricien pour s'attabler en même temps que moi. Le déjeuner terminé je pars vers le chorten flambant neuf qui domine les lieux. Je pars en direction de l'Annapurna II. Le chorten n'est qu'à 300 m de là. Je suis en tongues et je ne fais que glisser bien que je m'attache à prendre appui sur les pierres les plus stables qui jonchent le sol. Le chorten est tout blanc et fraîchement peint. Il est construit sur une aire parfaitement plane et entouré de quatre cubes plus petits. Riant mais plus sobre que ceux des environs, sa construction a fait appel à des techniques plus modernes. Un escalier de pierres, peu facile à monter, permet d'y accéder.

 

            Cette visite terminée, je pars pour l'ancien village de Pisang. Je traverse la Marsyangdi Khola. Pisang est bâti à flanc de coteaux. Sans les drapeaux à prières qui flottent au vent, il se fondrait dans le paysage. Il n'y a pas de sentier pour rejoindre le village. Je me dirige vers une trace qui traverse un champ. Elle part d'un muret que j'enjambe et aboutit à une sorte de draille puis, monte en zigzag jusqu'au village. A l'entrée un jeune occupe la fontaine et procède à une grande toilette. Au-dessus un mur de moulins à prières. De l'autre côté de la place, une famille papote devant sa maison pendant que le père spasmodie une prière en faisant tourner un petit moulin.

 

            Je déambule dans les rues presque désertes. Quelques villageois offrent l'hospitalité aux trekkeurs, mais peu doivent faire l'effort de monter jusque là. Malgré une architecture simple les bâtiments révèlent une certaine richesse de construction. Je relève quelques détails d'ornements. Ils confirment ce sentiment. Je monte jusqu'au monastère qui domine le village. Lui aussi est simple et beau. Je redescends par une autre voie et me retrouve dans une longue draille pierreuse.

 

Chorten au dessu de Pisang

maisons de Pisang

           En arrivant à la lodge, je trouve Ngawang attablé avec un guide. En m'apercevant, il me propose de prendre une bière avec eux. Ce n'est pas de refus, ma promenade m'a donné soif. C'est l'heure où les trekkeurs arrivent. Par petits groupes ils traversent le village et jaugent les différentes lodges. Un petit arrêt sur le seuil leur permet de mieux apprécier la qualité de l'accueil et vient la décision. La plupart des chambres est déjà occupée.

 

            Un groupe de français conduit par une jeune femme passe. Elle parle le népali et discute avec les enfants. Ses compagnons s'attardent devant une boutique de bibelots qui vient d'ouvrir. A la sortie de l'école, quelques gamins ont envahi la rue. Ils incitent les passants à faire des paris. Une fois entrés dans le jeu, ils leur offrent quelques capsules qu'ils doivent lancer pour atteindre une cible. A chaque jeu c'est un véritable attroupement avec acclamations et rires pour ponctuer les succès ou les échecs.

 

            A 18 h je me rends dans la salle à manger pour le repas. La lodge n'est pas loin d'être complète. Peu à peu les autres clients s'installent. Une seule lampe à essence éclaire la pièce et je lui tourne le dos. Un couple d'anglais et un néo-zélandais s'installent à mes côtés. Les anglais sont très inquiets à l'idée de devoir passer Thorung Pass. Ils m'interrogent sur le mal des montagnes. Le néo-zélandais est un jeune grand gaillard. Il travaille pour Firestone et parcourt le monde entier pour conseiller les coureurs des grands prix sur le choix des pneus à utiliser. Il connaît le sud de la France pour être allé au Castellet. C'est aussi un militant de Green Peace. En ma présence, il n'ose aborder le problème des expériences nucléaires. Ce sont les excès des pêcheurs japonais qui font les frais de notre conversation. Comme d'habitude je suis contraint de manger dans le désordre. J'avale mon omelette de pomme de terre, puis un "apple pie" puis la soupe.

 

            A 20 h, repu je monte dans la chambre et me glisse dans mon duvet. Peu à peu l'agitation de la lodge s'amenuise. Je n’arrête pas de tourner sur ma banquette. Désespéré de ne pas trouver le sommeil, je commence à m’inquiéter. Je m'aperçois que j'ai un peu de fièvre. Par mesure de sécurité, j'avale un demi cachet d'aspirine.