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Pisang,
le 7 novembre.
6 h
15, la cuisine de la lodge commence à s’agiter. Il a fait froid mais
j’ai passé une excellente nuit. Je replie mon duvet et range mes
affaires. Dehors c’est encore la pénombre. Je descends à la salle à
manger. Je suis le premier à me présenter. Ngawang me demande ce que
je veux comme petit déjeuner et passe commande à la cuisine. Peu à
peu les anglais arrivent et envahissent la salle. Ils font partie d’Exodus,
une grande organisation de trekking d’Angleterre. Le déjeuner s’avère
plus pagailleux que le repas du soir. Chaque nouvel arrivant passe sa
commande. Les plats arrivent les uns après les autres. J’attrape au
vol ce qui semble m’être destiné. Je me gorge de thé et demande à
Ngawang d’en faire remplir mon Thermos.
Dehors
le soleil commence à illuminer les collines avoisinantes et à réchauffer
l’atmosphère. Tout là-haut le dôme glaciaire de Pisang Peak brille
sous les premiers rayons du soleil. La pente semble continue, sans le
moindre accident rocheux. J’ai le plus grand mal à croire que cette
ascension s’effectue normalement en quatre jours. Pour accéder aux
toilettes, j’ai dû bousculer quelques porteurs qui terminaient leur
nuit et barraient le passage. Les W-C sont propres, mais il n’y a pas
de serrure. Le bâtiment est en forme de U, avec deux étages. Il est récent.
De l’autre côté de la rue, une lodge est en construction.
Les anglais se
regroupent peu à peu au soleil, en face, le long du mur. Pendant
qu’ils jacassent je pars visiter le village. Après avoir traversé
une sorte de place, je fais un peu de lèche-vitrines aux quelques
magasins que je rencontre. Je ne trouve rien de très intéressant. La
rue se prolonge autour d’un long mur de moulins à prières, puis fait
quelques zigzags. Toutes les lodges semblent neuves. Très vite j’en
atteins le bout. Je fais demi-tour. Le vrai village de Pisang est de
l’autre côté de la Marsyandi Khola. Plus compact, il est installé
à flanc de colline.
Au retour, je
trouve en face de la logde un fourmillement d’ouvriers. Une lodge est
en construction. Les uns approvisionnent le chantier en cailloux
qu’ils vont chercher sur un tas à une centaine de mètres de là. Les
autres les cassent avec des marteaux de fortune, souvent avec un autre
cailloux. Une fois équarris ils les entassent consciencieusement. Des
maçons les utiliseront plus tard pour monter les murs.
Mes affaires
sont prêtes. Les anglais sont partis. Je reste seul au soleil en
attendant le signal du départ. Je n’ai pas encore aperçu Nima.
Ngawang est parti chercher un porteur. Il revient seul et me dit que
nous partons. Nous récupérons Nima un peu plus loin. Il prend en
charge mes bagages et nous quittons la route du tour des Annapurnas pour
celle de l’ancien village de Pisang. Nous traversons la Marsyangdi
Khola et de l’autre côté nous partons à travers champs à la
recherche du sentier de Pisang Peak.
Nous atteignons
rapidement un chemin serpentant sur une arête. Il est assez raide. Nous
sommes entourés de taillis. Peu à peu la forêt s’épaissit. De
temps à autre nous rencontrons un chorten. Nima commence à donner des
signes de fatigue. Par moment, il souffle fort, comme pour reprendre son
souffle. Il sort alors de ses poumons un son sinistre, comme celui
d’un pipeau quand on ne sait pas en jouer. Il s’arrête une première
fois, puis une deuxième. A cette vitesse là nous n’arriverons jamais
au sommet. Ngawang finit par m’avouer qu’il a pris froid. Je fais
fondre un comprimé d’aspirine effervescent dans une tasse de thé et
je la lui donne.
Peu à peu, le
fond de la vallée s’éloigne de nous. Maintenant Pisang apparaît
comme vu d’avion. Un peu plus à l’ouest, j’aperçois
distinctement la piste d’aviation du village de Hongde et les rochers
qui lui font face. Ils ressemblent étrangement à ceux des Mées. Nous
montons au fond d’un couloir rocheux qui contraste avec les pentes
monotones que je viens de traverser. Au sortir de ce vallon, il n’y a
plus que des pentes herbeuses. Le sentier est de plus en plus visible.
Il serpente sur une arête montant droit en direction de Pisang Peak. Un
ronronnement de moteur se fait entendre. De l’est, un avion remonte la
vallée. Il passe devant nous, puis plonge sur l’aéroport de Hongde.
Un peu plus tard je l’entends redescendre la vallée. Je ne savais pas
qu’il existait une liaison régulière avec cet aéroport. Ngawang me
dit que c’est nouveau.
A midi nous
arrivons sur un belvédère. Ngawang me signale que c’est le plus bas
des camps de base de Pisang Peak. Nous en profitons pour faire une halte
et pour nous restaurer. Mon cachet d’aspirine a un peu amélioré la
forme de Nima, mais il continue à se traîner. Depuis une heure le vent
s’est levé. Je lui ai donné un pantalon et une veste Kway pour
qu’il n’ait pas froid. Nous sommes à 4250 mètres d’altitude.
Peiné de le voir dans cet état. Je lui propose de faire demi-tour et
de reprendre l’ascension quand il ira mieux. Je sens que ma
proposition ne plaît guère à Ngawang, mais je reçois un non net et définitif
de Nima.
Pendant que
nous grignotons un aigle passe devant nous. J’admire son vol. Sans le
moindre battement d’ailes, il suit les ondulations du relief. Un
moment plus tard il repasse, empruntant rigoureusement le même itinéraire.
Je suis si éblouis que j’oublie de le filmer. Lorsqu’enfin, caméra
en main, je suis prêt, il est déjà trop loin. En face de moi les
Annapurnas II, III et IV commencent à m’apparaître dans toutes leurs
magnificences. Le plus proche est l’Annapurna II. J’essaye de
retrouver la route que j’avais empruntée, Thorung Pass et la route du lac Tilicho que j’aimerais tant voir. Cette zone sert maintenant à l’entraînement
des militaires et elle est interdite. Je suis devant un panorama
fabuleux. 5000 m séparent le sommet de l’Annapurna II du fond de la
vallée. D’ici cela paraît presque anodin, pourtant même l’an
dernier, au pied de l’Everest, je n’ai pas vu une telle dénivelée.
Ngawang est allé
chercher de l’eau. Il est parti avec un bidon de 10 litres vers le
fond d’un vallon. Je le vois agenouillé, assez loin. Aucun ruisseau
ne semble couler et le sol semble sec. Je ne sais ce qu’il fait, mais
je trouve qu’il met beaucoup de temps. Au retour, il me présente son
bidon. Il n’a pu puiser qu’un fond d’eau, deux litres au plus.
Cela me semble juste pour deux jours de randonnées. Il faut espérer
qu’on en trouvera plus loin car j’ai déjà fortement puisé dans ma
réserve de thé.
A 13 h nous
reprenons notre ascension. Les sifflements qui sortent des poumons de
Nima sont de plus en plus sonores. Ses haltes sont fréquentes. Adossé
à mes bagages, les bras en croix, je sens qu’il ne peut plus avancer.
Ngawang se décide à prendre sa charge, en contre partie je porte le
bidon d’eau. Bien qu’il n’ait plus rien à porter, Nima continue
à se traîner. Nous atteignons le deuxième camp de base à 15 h.

Ngawang

panorama sur
les Annapurnas |
Ngawang décide que nous nous arrêterons là. Nous sommes à 4700 m
d’altitude, nous avons gravi 1500 m dans la journée, il n’en reste
plus que 1400 pour atteindre Pisang Peak.
Un petit
terre-plein a été aménagé par les précédentes expéditions. La
tente que nous montons rentre juste entre les murets de pierres
construits par les expéditions précédentes. Il fait un temps
magnifique. Alors que le fond de la vallée est à l’ombre depuis un
bon moment, nous bénéficions des derniers rayons du soleil et d’un
fabuleux panorama. Ngawang me montre le Machhapuchhre, dépassant à peine d’un col entre l’Annapurna II et l’Annapurna
III. Je suis étonné de voir d’ici ce sommet. Plus petit que tous les
sommets qui l’entourent, il est isolé au centre du croissant que
forme la chaîne des Annapurnas et sur le versant opposé à celui que
je contemple. La carte que je consulte lui donne raison.
Pendant que
j’admire ce panorama, un hélicoptère remonte la vallée. Il arrive
près de nous, suit en rase motte le relief des différents vallons.
Ngawang me dit qu’il est à la recherche des guides français disparus
dans Pisang Peak. Il me confirme l’information que j’avais eue.
J’essaye de comprendre comment cet accident a été possible alors que
rien ne semble présenter de danger. Pendant une vingtaine de minutes,
l’hélicoptère tourne, puis repart, apparemment sans succès.
Il est 16 h 30
lorsque le soleil disparaît derrière les sommets environnants. Nous
avons fini de nous installer. J’ai pris place au fond de la tente.
Ngawang est près de la porte. Nima est entre nous. J’ai sorti de mon
sac : crampons, piolet, anorak, sur-pantalon
et baudrier. J’ai réparti autour de mon duvet tout ce qui me
sera nécessaire pour la nuit. Je laisse le reste dans mon sac dehors.
Il ne fait pas très froid.
Avant de
m’enfoncer dans le duvet, je fais fondre un cachet d’aspirine dans
une tasse de thé et je le partage avec Nima. Bien que je sois en pleine
forme, cette précaution me permettra de me détendre pendant la nuit et
d’être frais et dispos pour l’ascension. Il est prévu que nous
partirons à 2 h du matin. Nima restera à la tente pour garder les
affaires et retrouver ses jambes. Je dois donner le signal du réveil.
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Pisang
Peak, le 8 novembre.
D’un œil
discret je jette de temps à autre un coup d’œil sur ma montre. A une
heure du matin, Ngawang commence à préparer le petit déjeuner. Il a
devancé l’heure du lever. Déjà hier soir je le sentais inquiet et désireux
de d’avancer l’heure du départ. Malgré ma vigilance, j’ai bien
dormi. Il n’a pas fait froid. Je suis en pleine forme. Nima dort comme
un bien heureux. J’enfile mes affaires et m’équipe pour la haute
montagne.
Il est 1 h 45
lorsque nous partons. Nima s’enferme dans la tente. Avec cette nuit de
pleine lune, nos lampes de poche sont totalement inutiles. Le sentier
est très visible. Nous grimpons lentement jusqu'à un col. Nous
atteignons une partie rocheuse. Le sentier suit la ligne de crête et
passe parfois sur l’autre versant. Il est beaucoup plus à pic. Nous
traversons quelques plaques de neige. Jusque là je n’osais me
l’avouer mais j’ai les jambes en coton. Comme je n’ai aucun signe
de fatigue, pas la moindre crampe, pas le moindre mal de tête, je
pensais qu’en marchant je retrouverais mon allant habituel. Nous
marchons depuis plusieurs heures et rien n’a changé. Pire, maintenant
que nous sommes sur des pentes un peu plus vertigineuses, je ne me sens
pas sûr de mon équilibre.
Nous arrivons
sur de grandes dalles inclinées. Ngawang cherche le meilleur passage.
Je me traîne de plus en plus. Tous les quatre ou cinq pas je suis
contraint de reprendre mon souffle. Ces haltes me font percevoir de plus
en plus fortement le froid et la calotte glaciaire de Pisang Peak semble
s’éloigner au fur et à mesure que nous avançons. Il est 5 h 15, je
n’en peux plus. Je demande à Ngawang de redescendre. Nous devons à
peine avoir atteint 5400 m d’altitude. 700 m nous sépare encore du
sommet. Je suis déçu de devoir battre en retraite. Il y a longtemps
que je crève de soif et que j’ai épuisé les dernières gouttes
d’eau qui nous restaient.
De retour au
col, le ciel commence à s’éclaircir. Pendant que nous poursuivons
notre descente, la chaîne des Annapurnas retrouve peu à peu son
relief. Les couleurs se font de plus en plus marquées. Les plus hauts
sommets brillent sous les premiers rayons du soleil. Je regrette que
nous soyons partis si tôt, car même sans atteindre Pisang Peak,
c’est à cette heure que la montagne est la plus belle. De là haut
j’aurais eu un panorama encore plus riche. Camescope en main, je
balaie et balaie à nouveau ces sommets pour garder en mémoire l’évolution
des couleurs sur ces glaces éternelles. Si ce n’était la soif qui me
tenaille, je resterais là des heures à contempler ce fabuleux
spectacle, cette masse de roc et de glace dont je connais les dimensions
pour en avoir fait le tour. J’en étudierais tous les contours jusqu'à
en retenir les moindres détails. Sept sommets de plus de 7000 m sont devant moi, le plus proche est à 15 km devant
moi et pourtant je le trouve si près. Je m’imagine du haut des Pénitents
des Mées contemplant la citadelle de Sisteron ou le signal de Lure. La
Durance coulerait 2000 m au dessous de mes pieds et ces sites seraient
3000 m au-dessus de ma tête.
En descendant
j’ai retrouvé mes jambes et mon équilibre. Je ne tarde pas à
apercevoir la tente. A 7 h nous retrouvons Nima que notre arrivée réveille.
Le temps de démonter la tente et d’enfourner tous nos affaires dans
les sacs, nous reprenons la descente. La nuit a remis Nima en forme. Ses
trente kilos sur le dos, il descend presque en courant et préfère
tirer droit que suivre les lacets du sentier. Avec Ngawang nous avons le
plus grand mal à le suivre. A l’approche de Pisang nous croisons un
groupe d’allemands. Il est 8 h 30 lorsque nous entrons dans Pisang.
Ngawang m’installe dans la première lodge que nous rencontrons, juste
devant le grand mur de moulins à prières. Elle est très coquette.
Elle est récente, construite en U, avec au centre une sorte de patio
bien ensoleillé et quelques tables pour accueillir la clientèle. Un
jeune chevelu nous reçoit. Il installe l’électricité.
A cette heure
nous sommes les premiers clients de la journée. Je demande à Ngawang
de me faire servir deux bols de citronnade chaude et de me faire préparer
une douche. Je suis en nage après la descente que nous venons de faire.
Une bonne toilette me permet de me changer complètement et d’adapter
mon habillement à la chaleur ambiante. Ngawang me demande ce que je
souhaite faire. Je lui réponds que je souhaite passer la journée ici
pour me reposer et visiter un peu Pisang. J’aimerais aller au village
ainsi qu’à un chorten qui me semble très beau.
Nous avons gagné
cinq jours sur le programme normal. Cela me donne peut-être la
possibilité de réaliser un de mes projets : « rentrer en
traversant le Lamjung Himal et descendre sur Pokara. C’est un itinéraire peu usité, mais qui me semble présenter
l’avantage d’une descente avec vue sur le versant intérieur de la
chaîne des Annapurnas. Catherine n’a pas su me dire le temps qu’il
faudrait pour cette traversée et il n’y a presque aucun village pour
nous accueillir et une dénivelée de 3000 m à faire en très peu de
temps pour passer le col du Lamjung. J’en fais part à Ngawang. Il me
dit se renseigner. Il revient en me disant que c’est possible, mais
lorsqu’il questionne Nima, lui, refuse de nous accompagner.
La patronne
consent enfin à m’attribuer une chambre. Le groupe d’israéliens,
rencontré au check post de Koto, s’installe dans la chambre voisine.
Il a longuement discuté le prix, mais je n’ai pas l’impression
qu’il ait eu de rabais. Il n’est pas très discret. Il m’empêche
de me reposer en attendant midi. Sur le balcon qui dessert les chambres
l’électricien travaille à même le sol. Il découpe les boîtiers
des prises d’interrupteurs dans des morceaux de bois. Le sol est jonché
de copeaux. Bien qu’il ne semble pas être de la maison, il n’hésite
pas à donner des renseignements lorsqu’un client passe.
Un
petit groupe, de porteurs chargés de tuyaux de polyéthylène
arrive . Entre la lodge et
le mur de moulins à prières, la faible largeur du chemin
les contraint à avancer de travers. Devant la cour, ils
s'accordent un moment de repos et déposent leur charge. Leurs grands
yeux ronds se détachent du sol pour lancer un regard aussi beau que
pitoyable. Tirant le torchon qui couvre leurs têtes, ils épongent les
gouttes de sueur perlant sur leurs fronts. Je m'approche de Ngawang et
de Nima. Ils prennent le soleil face à la lodge, à côté des
porteurs. Je leur demande les raisons de ce chargement. Ils m'expliquent
que le village sera électrifié dans quinze jours.
Il
est midi. Je m'installe dans la cour et commande à manger. La lodge est
déserte. Il n'y a que l'électricien pour s'attabler en même temps que
moi. Le déjeuner terminé je pars vers le chorten flambant neuf qui
domine les lieux. Je pars en direction de l'Annapurna II. Le chorten
n'est qu'à 300 m de là. Je suis en tongues et je ne fais que glisser
bien que je m'attache à prendre appui sur les pierres les plus stables
qui jonchent le sol. Le chorten est tout blanc et fraîchement peint. Il
est construit sur une aire parfaitement plane et entouré de quatre
cubes plus petits. Riant mais plus sobre que ceux des environs, sa
construction a fait appel à des techniques plus modernes. Un escalier
de pierres, peu facile à monter, permet d'y accéder.
Cette
visite terminée, je pars pour l'ancien village de Pisang. Je traverse
la Marsyangdi Khola. Pisang est bâti à flanc de coteaux. Sans les
drapeaux à prières qui flottent au vent, il se fondrait dans le
paysage. Il n'y a pas de sentier pour rejoindre le village. Je me dirige
vers une trace qui traverse un champ. Elle part d'un muret que j'enjambe
et aboutit à une sorte de draille puis, monte en zigzag jusqu'au
village. A l'entrée un jeune occupe la fontaine et procède à une
grande toilette. Au-dessus un mur de moulins à prières. De l'autre côté
de la place, une famille papote devant sa maison pendant que le père
spasmodie une prière en faisant tourner un petit moulin.
Je
déambule dans les rues presque désertes. Quelques villageois offrent
l'hospitalité aux trekkeurs, mais peu doivent faire l'effort de monter
jusque là. Malgré une architecture simple les bâtiments révèlent
une certaine richesse de construction. Je relève quelques détails
d'ornements. Ils confirment ce sentiment. Je monte jusqu'au monastère
qui domine le village. Lui aussi est simple et beau. Je redescends par
une autre voie et me retrouve dans une longue draille pierreuse.

Chorten au
dessu de Pisang

maisons de
Pisang |
En
arrivant à la lodge, je trouve Ngawang attablé avec un guide. En
m'apercevant, il me propose de prendre une bière avec eux. Ce n'est pas
de refus, ma promenade m'a donné soif. C'est l'heure où les trekkeurs
arrivent. Par petits groupes ils traversent le village et jaugent les
différentes lodges. Un petit arrêt sur le seuil leur permet de mieux
apprécier la qualité de l'accueil et vient la décision. La plupart
des chambres est déjà occupée.
Un
groupe de français conduit par une jeune femme passe. Elle parle le népali
et discute avec les enfants. Ses compagnons s'attardent devant une
boutique de bibelots qui vient d'ouvrir. A la sortie de l'école,
quelques gamins ont envahi la rue. Ils incitent les passants à faire
des paris. Une fois entrés dans le jeu, ils leur offrent quelques
capsules qu'ils doivent lancer pour atteindre une cible. A chaque jeu
c'est un véritable attroupement avec acclamations et rires pour
ponctuer les succès ou les échecs.
A
18 h je me rends dans la salle à manger pour le repas. La lodge n'est
pas loin d'être complète. Peu à peu les autres clients s'installent.
Une seule lampe à essence éclaire la pièce et je lui tourne le dos.
Un couple d'anglais et un néo-zélandais s'installent à mes côtés.
Les anglais sont très inquiets à l'idée de devoir passer Thorung Pass.
Ils m'interrogent sur le mal des montagnes. Le néo-zélandais est un
jeune grand gaillard. Il travaille pour Firestone et parcourt le monde
entier pour conseiller les coureurs des grands prix sur le choix des
pneus à utiliser. Il connaît le sud de la France pour être allé au
Castellet. C'est aussi un militant de Green Peace. En ma présence, il
n'ose aborder le problème des expériences nucléaires. Ce sont les excès
des pêcheurs japonais qui font les frais de notre conversation. Comme
d'habitude je suis contraint de manger dans le désordre. J'avale mon
omelette de pomme de terre, puis un "apple pie" puis la soupe.
A 20 h, repu je monte dans la chambre et me glisse dans mon
duvet. Peu à peu l'agitation de la lodge s'amenuise. Je n’arrête pas
de tourner sur ma banquette. Désespéré de ne pas trouver le sommeil,
je commence à m’inquiéter. Je m'aperçois que j'ai un peu de fièvre.
Par mesure de sécurité, j'avale un demi cachet d'aspirine.
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