Katmandou,
le 14 novembre
Il
est 6 heures. J’ai passé une excellente nuit confortablement installé
dans un grand lit avec draps et couverture. Je sors peu à peu de mon
sommeil et me lève. Je profite de mon passage dans la salle de bains
pour me tailler la barbe. De retour, je prépare mon sac pour la journée
et fais le tri entre les affaires que je dois encore utiliser et celles
que je peux enfouir au fond de mon grand sac.
A 7
h Catherine et Raphaëlle descendent. Nous prenons ensemble le déjeuner.
Il est 8 h, "Didi" vient d'arriver. Nous partons et attendons
devant l'ambassade de France l'arrivée du car de ramassage scolaire de
Raphaëlle. A l'agence je laisse Catherine à ses occupations et en
attendant Ngawang, je pars à la recherche de cartes postales et d'une méthode
pour apprendre le français. L'an dernier j'en ai vu dans les librairies
et je souhaiterais en faire cadeau à Ngawang. J'achète le journal et
entreprends un tour des différentes librairies. Je reviens à l'agence
sans avoir trouvé cette méthode qui ressemblait un peu à la méthode
"Assimil". Il est 10 h 30. Catherine m'informe que Ngawang est
là, en train de se faire payer par le comptable.
Nous
nous retrouvons. Il est venu en vélo et me propose d'en louer un. Je
fais un peu la grimace. Je préfère marcher. J'aimerais visiter le musée
royal et Swayambunath. Il me propose d'aller rendre le vélo qu'il avait
loué. Nous partons, passons devant le palais royal, son loueur est un
peu plus loin. Nous empruntons un "tempo" pour aller à Durbar
Square. J'accepte car c'est à l'autre bout de Katmandou et il est déjà
tard. Catherine m'a prévenu que les musées nationaux n’étaient que
rarement ouverts, qu'elle n'avait jamais réussi à visiter le Musée
Royal. Je sais où est le musée, mais je suis incapable de
l’expliquer à notre chauffeur. Il nous dépose à l'autre bout de
Durbar Square. A pieds nous contournons l'ancien palais royal et les
nombreux temples qui l'entourent. C'est l'heure où il y a foule. Tous
les touristes sont en vadrouille. Camelots, mendiants et Sadhous[1] sont là pour profiter de leurs roupies. Un soldat superbement habillé
garde l'entrée du musée. A notre approche il nous barre l’accès et
nous explique qu'il est fermé aujourd'hui.
Il
est presque midi, je propose à Ngawang d'aller manger. Freak street[2] n'est pas loin. J’ai découvert l’an dernier un bon restaurant dans
cette petite rue. Plutôt sordide, bien qu'animée, je me demande
comment les hippies ont pu espérer trouver là le nirvana dans cette
ruelle. Le restaurant est ouvert, son patron est toujours habillé en
rockeur, l'atmosphère est toujours aussi particulière et la nourriture
autant agréable.
En
sortant, Ngawang me demande si nous pouvons passer à la poste. Elle
n'est pas très loin. Nous entrons dans une cour plutôt
"crado". Une petite porte connaît un incroyable trafic.
Ngawang rentre. Je l'attends dehors et regarde cet incessant
va-et-vient. Je découvre qu’il y a là des milliers de boites
postales servant à l’essentiel de la distribution du courrier de la
ville. Dans le "Tempo" qui nous conduit à Swayambunath,
Ngawang dépouille son courrier. A sa mimique, je sens qu'il n'a pas ce
qu'il espérait.
Nous nous arrêtons
devant l’interminable escalier qui monte vers ce haut lieu du
bouddhisme. En bas ce sont les pétarades des « tempos » ,
la musique nasillarde des camelots. En haut le cône doré de la stupa
nous montre les voies de l’éternité. Plus nous montons plus les
marches deviennent raides. De là nous dominons d’une centaine de mètres
tout Katmandou et ses environs. Ce panorama serait encore plus beau sans
pollution. Bouddhistes et touristes déambulent avec respect entre les
temples les moulins à prières et les statues. C’est pour moi
l’occasion de compléter ma collection de photographies. Elle complétera
les vidéos déjà faites. Nous passons d’une esplanade à l’autre
et je retrouve ces lieux étranges et plusieurs fois parcourus. J’ai
lu qu’il y avait un musée d’histoire naturelle. Je propose à
Ngawang de le visiter. Renseignements pris, il est en contrebas, un peu
à l’écart. Nous descendons et traversons une sorte de champ. A
l’entrée, une jeune fille nous vend les billets et je découvre
qu’il existe deux tarifs, un pour les étrangers et un pour les Népalais.
Les étrangers payant bien entendu le prix fort. A l’intérieur nous
trouvons de nombreux animaux empaillés, mais peu d’espèces de grand
intérêt. La plus part des pièces présentées commencent à être sérieusement
défraîchies et peu d’explications sont données. Je ressors un peu désappointé.
Je propose à
Ngawang de rentrer à pieds. J’aime trop me baigner dans cette foule
insolite pour me priver de ce plaisir. Nous passons devant la grande
fontaine publique proche de Tahiti Square. C’est le jour de la
lessive. Elle est quasiment recouverte de draps séchant au soleil. Il
est 15 h lorsque nous arrivons à l’agence. Ngawang doit régler
quelques affaires. Il me donne rendez-vous pour 17 h. Il souhaite
m’inviter chez lui. De mon côté je poursuis le shopping commencé le
matin. De retour je trouve Boussal à la porte de l’agence. Nous sommes tout heureux de nous retrouver.
Nous bavardons jusqu'à l’arrivée de Catherine. Elle est pressée.
Nous devons prendre Raphaëlle devant l’ambassade. Je laisse un
message pour Ngawang.
Les rumeurs sur
les « avalanches » qui circulent, inquiètent Catherine.
Nous tentons d’en savoir plus en écoutant les informations télévisées.
Catherine a peu l’occasion de les regarder. Sans connaître les heures
de diffusion, nous zapons, guidés par Raphaëlle. La télévision
retransmet un grand meeting militaire, mais nous n’arrivons à trouver
un journal télévisé. Nous ne sauront rien sur « les avalanches ».
Katmandou,
le 15 novembre.
Il est 8 h
lorsque nous arrivons à l’agence. Nous sommes les premiers. Je laisse
Catherine à ses occupations et pars dans Thamel acheter des journaux. A
8 h 30 je repasse. Ngawang n’est pas là. Je ne sais si mon message
lui a été transmis. Comme je pars
visiter
Pasupatinath, je devrais le
croiser.
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Je passe devant
le palais royal et descends la rue qui le longe. Il y a là un quartier
grouillant de commerces. Par petits groupes des écoliers et des écolières
en uniforme partent à l’école. Je déambule dans ce quartier me
laissant porter par tous les événements insolites qui se présentent.
J’arrive sur Ring Road que je commence à reconnaître. Je descends
cette grande route, sachant que Pasupatinath est au point le plus bas. Une petite rue me fait pénétrer parmi les
marchands de poudres colorées et autres souvenirs pour pèlerins et
touristes. Je descends jusqu'à la Bagmati. Sur la rive, une crémation
se termine. La famille s’est déjà retirée et le cadavre achève de
se consumer sur son brasier. Je traverse le pont qui relie les deux
rives et monte sur la colline d’en face. Je découvre un bois où
l’on peut surprendre de nombreux singes jouant avec leurs petits. Une
large allée conduit jusqu'à un autre bras de la Bagmati. Là encore
des plates-formes sont prêtes à recevoir les bûchers des cérémonies
d’incinération.
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Ce quartier
photographié, j’ai envie de tenter à nouveau la visite du Royal Muséum.
Je retraverse Katmandou. En cours de route, j’achète des cacahuètes
et des oranges. Il est 11 h lorsque j’arrive au musée. A l’entrée
les gardiens enferment mon sac à dos dans un coffre et m’en remettent
la clé. Un circuit conduit les visiteurs d’une pièce à l’autre.
Le palais est un dédale de pièces entourant une vaste cour. Aux murs
des photos et des commentaires exposent toute l’histoire royale du Népal
et présentent les objets familiers des princes et des rois : leurs
habits, les pièces dans lesquelles ils ont vécu, les personnes
qu’ils ont rencontrées. Une certaine naïveté se dégage de cette
exposition qui n’en est pas moins bien présentée. Les pièces
traversées reflètent le faste désuet de ce pays coupé du monde, son
regard sur l’Europe et son décalage technologique. Aux portes des
salles il n’y a pas de serrures. Ce sont des barres de bois qui les
ferment. Le bureau d’un des derniers rois avec sa chaîne stéréo et
ses meubles Art Déco, semble anachronique dans ce bâtiment.
Il est 14 h
lorsque je sors. Je n’ai grignoté que mes cacahuètes. Il est trop
tard pour aller dans un restaurant. Je tente de trouver de nouvelles
friandises. En remontant Kanti Path, je trouve une échoppe ressemblant
à un snack. J’entre. Le serveur me présente le menu. Un peu au
hasard je demande une « paper manda rosa » et un thé. On me
sert une énorme chips avec une sauce. Apparemment je ne suis pas le
seul à manger ce plat un peu gras et sans goût prononcé. Je commande
un autre thé pour étancher ma soif et me présente à la caisse pour
payer. Sur le comptoir les différentes notes attendent la sortie du
client. Je suis étonné par la quantité de monnaie que l’on me rend.
Pas plus sûr de la somme que j’ai donnée, que de celle qu’on me
rend, je pars malgré tout sceptique. Un peu plus tard, il me vient à
l’esprit que je n’ai payé que le deuxième thé.
A 15 h je suis
à l’agence. Une demi-heure plus tard Catherine part chercher Raphaëlle
à l’école. Nous nous retrouvons pour aller chercher Rakech. Son école
est en bordure de Ring Road. Nous prenons une sorte de contre-allée et
nous arrêtons devant un portail. Nous entrons par une petite porte. Un
vaste terrain de sport nous sépare d’un immeuble. Alors que nous
sommes encore loin, Catherine me signale que les filles nous ont vus. En
effet, un petit groupe de filles arrivent en courant, entourent
Catherine et la harcèlent de questions. Cette manifestation spontanée
me montre, s’il le fallait, combien l’action de Catherine est appréciée.
Dans le hall d’entrée, Catherine me présente l’intendant et fait
appeler Rakech. Un garçonnet d’une douzaine d’année se présente.
Il est timide et tout souriant, pourtant Catherine me le présente comme
le leader et le premier de sa classe. Il nous emmène dans son dortoir
pour rassembler ses affaires. L’école est très propre. Catherine me
signale que c’est une des meilleures de Katmandou.
A la maison, je
sors de mes affaires un pantin que j’ai acheté à Paris. C’est un
petit bonhomme en plastique qui se colle sur les parois lisses et
qu’il redescend comme le ferait un acrobate de l’escalade. Didi qui
est là, est toute étonnée par ce gadget. Pendant que Raphaëlle fait
ses devoirs, j’entreprends une partie de bataille navale avec Rakech.
Malgré toutes mes explications, il n’arrive pas à saisir les règles
du jeu. Je lui propose d’entreprendre une partie de Nain Jaune.
Timide, il me répond par un petit hochement de tête sur le côté.
J’ai déjà remarqué ce geste chez les Népalais, mais on ne sait
quand cela signifie « oui » ou quand cela signifie « non ».
Catherine elle-même n’arrive pas à distinguer la nuance. En voyant
le jeu ses yeux se mettent à briller et là c’est lui qui me rappelle
les règles depuis longtemps oubliées. A l’heure du repas, nous
bataillons toujours et Catherine doit mettre un terme à notre partie.
A table, Rakech
retrouve sa timidité. Il n’est pas habitué à devoir manger assis
devant une assiette avec un couteau, une fourchette et une cuillère. Il
se mélange un peu les pinceaux et nous avons du mal à le faire parler.
Même Raphaëlle qui parle le Népali, n’y arrive pas.
Le repas terminé, Catherine me suggère de lui montrer une vidéo. Ce
n’est pas le premier que j’utilise, mais je dois me retrouver entre
les télécommandes, les branchements à mettre en place et les canaux
à choisir. Rakech s’impatiente. Il appuie sur tous les boutons. Je
suis prêt à renoncer quand il arrive à tout mettre en place et opte
pour regarder « Le Roi Lion ». Catherine et Raphaëlle sont
parties se coucher. Nous, nous regardons le film jusqu’au bout. Alors
que je m’enfonce dans mon lit, j’entends les portes qui claquent et
claquent encore. Catherine est contrainte de se lever pour lui expliquer
comment se ferment les portes.
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