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Carnet de route du tour du Manaslu 1995

Une journée avec Rakech

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Katmandou, le 16 novembre.

 

En partant Catherine me fait visiter l’école où sont les plus jeunes des enfants de Népal Enfance et Lumière. Elle est à quelques centaines de mètres de chez elle. En nous voyant, le directeur abandonne sa partie de tennis pour nous accueillir. Le bâtiment ressemble à un petit pavillon. Lorsque nous entrons une vingtaine d’enfants révisent leurs cours sous la surveillance de quelques éducatrices. Ils sont répartis dans trois salles. Les cours ne commenceront qu’à 9 h. Catherine leur annonce qu’il y aura une séance de vaccination demain après-midi. La nouvelle n’est pas faite pour les réjouir, mais c’est l’assurance qu’ils pourront éviter les quelques épidémies qui sévissent dans la région.

 

Catherine me montre un bâtiment abandonné en face de l’école. Elle le convoite pour réaliser le pensionnat qui lui permettrait de rassembler tous les enfants. Elle espère obtenir du propriétaire un bail à long terme pour disposer du maximum de moyens financiers pour adapter le bâtiment.

 

Catherine nous dépose à l’agence. Rakech n’est jamais sorti de son quartier de Katmandou. Je me propose de lui faire visiter Patan et le zoo. Il est 8 h. Nous prenons un taxi et lui demande de me déposer au Durbar Square de Patan[1]. Les camelots ne sont pas encore installés. Il est trop tôt pour tenter une visite du palais. Je profite de cette occasion pour me perdre dans les rues environnantes. Un coup à droite, un à gauche et je me retrouve dans des impasses, traverse une ruelle, tombe sur une cour et découvre un magnifique temple. De cour en cour, je découvre des dizaines de temples tous plus beau les uns que les autres. Rakech me suit. Il n’ose rien dire, mais doit se demander ce que ce fou a besoin de fouiller. Moi, je découvre un Patan bien différent de celui que j’ai vu l’an dernier. Ici il n’y a pas de quartiers rénovés comme dans Katmandou. Les bâtiments neufs sont rares. Tout est plus homogène.

 

Nous nous sommes beaucoup éloigné de Durbar Square. Je crains de ne plus trouver le chemin du retour. Je fais demi-tour et me retrouve sans difficulté.

Nous faisons le tour du palais. Il est fermé. Devant, des camelots se sont installés. Je fouine à la recherche de souvenirs. Un vendeur sent l’affaire et me vente tous les bibelots qu’il a. Je penche pour une statuette de Bouddha et pour une clochette. Il me fait tinter chaque cloche et apprécier la pureté de leur sonorité. Pendant que je marchande, un jeune me demande si je ne me souviens pas de lui. Je reconnais le petit guide qui nous a fait visiter le quartier l’an dernier. Je suis tout étonné qu’à un an d’intervalle et parmi les nombreux touristes qui passent, il se souvienne encore de moi.

 

J’ai soif et j’invite Rakech à prendre une orangeade dans un restaurant. J’essaye de parler avec lui. Il est trop intimidé pour se lancer dans des confidences. Je m’aperçois qu’il m’appelle « Uncle »[2] . C’est plus flatteur que « grand-father » . Je profite de notre passage à Patan pour l’emmener au Kwa Bahal. On l’appelle aussi le temple d’or. Les deux lions qui marquent l’entrée me permettent de le retrouver facilement. Fondé en 1409, c’est l’un des rares temples bouddhistes dont la ferveur des fidèles suffit à assurer financièrement l’entretien des bâtiments. Enserré dans un ensemble d’immeubles, il n’en demeure pas moins beau par la finesse de tout ce qui s’y trouve. Je l’emmène aussi au Maha Bouddha dit le temple des 1000 bouddhas. Lui aussi est enserré dans un pâté de maisons.

 

Le zoo est au sud de Patan dans le quartier où les réfugiés tibétains produisent leurs tapis. Au moment où nous descendons du taxi un éléphant rentre par le grand portail. A la caisse je m’aperçois qu’il y a aussi un prix pour les Népalais et un pour les étrangers. Une large allée traverse un jardin fleuri jusqu’à un lac aux eaux vertes. Tout autour, des boxes et des cages abritent les animaux sans réels efforts de présentation. Hors de leur milieu naturel ces animaux paraissent souvent piteux. De nombreuses cages sont vides. Buffles, gazelles, zèbres, ours, singes et de nombreux oiseaux sont là. Aucun effort n’est fait pour mettre en valeur les animaux et certains sont en piteux état. Celui qui m’impressionne le plus est le tigre du Bengale. Il y en a deux couples cachés derrières un bosquet d’arbres. Ce sont les seuls à bénéficier d’un semblant de milieu naturel. Tout au fond de la cour, nous retrouvons l’éléphant attaché à un piquet. Il est en plein soleil, abandonné comme une voiture sur un parking. Il me fait peine. Rakech  que je photographie, prend une pause tout aussi triste.

 

J’invite Rakech à faire une promenade en barque sur le lac. A l’embarcadère ma demande semble poser problème. Il semble que le couple franco-népalais que nous formons, pose le problème du prix à faire payer. Enfin un jeune se décide à nous embarquer. Sur ce lac rectangulaire,  plein de vase, cette promenade m’apparaît dérisoire.

 

Il est plus de 13 h. Je cherche un restaurant. Nous nous installons dans une petite boutique où des femmes semblent cuisiner. Des vitrines présentent des pâtisseries. Je demande à Rakech de négocier un repas. Il n’obtient que du thé. Je reste perplexe sur cet attitude et me résout à me replier sur Thamel où je sais trouver de quoi manger.

 

Je dois ramener Rakech à son école avant 16 h. C’est l’heure. Sur la Tridevi Marg, je questionne un taxi. Catherine m’a fait un plan pour rentrer chez elle. J’arrive sans problème à guider le chauffeur jusqu'à l’école. Rakech est tout heureux de retrouver ses copains. Je le laisse avec eux, espérant qu’il gardera le meilleur souvenir de cette journée. De retour le chauffeur m’explique que c’est l’école de son fils. C’est sans difficulté que je trouve la route conduisant chez Catherine. Le taxi n’est pas encore arrêté que « Didi » est déjà là pour m’accueillir.

Mon voyage est sur le point de se terminer. Le temps de faire une dernière fois mes bagages est venu.

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