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Je n'aime pas vivre
en ville et c'est le 5° jour que je passe à Katmandou. Je
commence à en avoir marre de la foule, de la poussière, des
ordures et des temples. En allant prendre mon petit déjeuner,
je m'aperçois que les services municipaux de la ville
ramassent les ordures dans les rues. J'ai peut-être une chance
de trouver une banque ouverte. Il me semble aussi qu'un plus
grand nombre de magasins sont ouverts. Je me rends donc à
Triveni Marg où, dans un immeuble très moderne (avec un
Escalator), se trouve la Népal Grindlays Bank. Il y a
effectivement plus d'animation qu'à l'habitude, les portes de
la banque sont ouvertes et des gardiens sont à l'entrée, mais
dès que je m'approche, ils m'expliquent que c'est la Dassain
et que je dois repasser un autre jour. Je devrais donc
attendre, mais les roupies commencent à me manquer. Faute de
pouvoir en trouver, je décide de m'éloigner de la ville.
Je me dirige droit
au nord. Je longe d'abord une rue plus large que celles
rencontrées dans Thamel. Il s'y trouve des commerces plus
variés, marchands de pièces détachées pour voiture, de tuiles,
de fers à béton et même de capteurs solaires. Plus je
m'éloigne, plus les maisons sont espacées, je traverse un
pont, à un carrefour je prends sur la droite et commence à
monter. Sur ma gauche, une forêt que je longe. Celle-ci
s'avère entourée d'un mur. Un peu plus loin, l'entrée de cette
enceinte m'apprend qu'il s'agit d'un site protégé alimentant
la ville en eau, qu'il est possible de le visiter mais
qu'aujourd'hui il est fermé, à cause de la Dassain.
Sous les arbres, il
fait relativement frais. J'avance rapidement bien que de temps
en temps, l'eau que restitue la forêt, déborde sur la route et
la recouvre de boue. De nombreux cars chargés de touristes
m'obligent à emprunter le bord de la chaussée et me font
respirer leurs gaz d'échappement. Il faut dire que lorsque les
népalais chargent des passagers, ils chargent vraiment. Cela
va jusqu'à en mettre sur le toit et à en avoir pendus aux
portes. Les contrôles antipollution sont ici totalement
inconnus, et ce sont de grands nuages noirs qui sortent du pot
d'échappement lorsqu'ils démarrent, passent les vitesses ou
montent une côte.
Sur ma droite je
domine la campagne. Cette vue me révèle qu'ici tout l'espace
disponible est travaillé. Dès qu'une pente se manifeste, des
banquettes sont réalisées. Elles découpent le paysage en
parcelles parallèles à la pente. C'est absolument fabuleux! De
quoi faire rêver les amoureux des "bancau", mais jamais en
Provence on n'a eu l'audace de réaliser de tels travaux.
D'ailleurs cela aurait été une catastrophe, mais ici c'est
possible, car il y a beaucoup d'eau et je ne pense pas qu'il y
ait les fortes averses que nous connaissons et qui emportent
tout.
Katmandou est
construit sur un ancien lac qui se serait asséché. Cette vaste
cuvette est donc relativement plate, seules les quelques
rivières qui la traversent y ont creusé leur lit. Par contre,
cette grande plaine dont l'altitude est de 1300 m, est
entourée de collines qui rapidement atteignent les 2500 m. En
prenant de l'altitude, j'aperçois au loin, entre deux
montagnes, dans une percée de nuages, les cimes enneigées de
je ne sais quel sommet. Des environs de Katmandou, seuls
quelques sites, permettent de voir les plus hauts sommets de
l'Himalaya, encore faut-il que le temps le permette, car cette
chaîne bloque les nuages. Il n'est d'ailleurs pas rare de voir
les neiges éternelles au dessus des nuages.
Arrivé à un col, je
quitte la route goudronnée pour suivre la crête d'une colline
partant à l'est. Je traverse le hameau qui est là, puis le
chemin se transforme en sentier, je passe près de petites
maisons d'agriculteurs. Les sentiers d'accès, me donnent une
idée des pentes et des distances que ces ruraux parcourent
pour se rendre à leurs champs, ou pour aller vendre leurs
récoltes à la ville pourtant proche. Au passage d'un petit col
qui forme une vaste plate-forme, des enfants jouent sur une
balançoire construite en bambous à l'occasion de la fête. Il
est midi passé, je décide de m'en retourner en descendant par
le fond de la vallée. En bas, je traverse de nombreux champs
et des fermes, surprenant ou tout au moins intrigant les
autochtones.
Tout au long de mon
périple au Népal, mes "double glass" et ma caméra ont été
l'objet de nombreuses remarques de la part des népalais. Les
verres solaires que l'on rajoute sur les lunettes sont en
effet totalement inconnus ici. Quant à la couleur de mon
camescope, enserré dans sa boite étanche bleu lumineux, il est
tout à fait nouveau pour ces populations qui n'ont la
télévision que depuis quelques années, encore faut-il qu'ils
habitent près des deux grandes villes du pays.
De retour, je passe
à l'agence pour voir s'il y a enfin un guide pour
m'accompagner. Bassou m'accueille avec toute l'amabilité qui
le caractérise. Il m'explique que mon départ pourrait être
pour le lendemain, qu'il a espéré mon passage. De mon côté, en
lui décrivant la promenade que je viens de faire, je lui
confirme que je souhaite partir le plus tôt possible. Il
m'explique que je peux partir seul dans deux jours. Je fais la
moue. Il me semble que dans un groupe je pourrais mieux
comprendre les différents aspects des vallées traversées et
deux jours de plus dans cette ville ne me réjouissent pas.
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Pour lui, une autre
possibilité serait de me joindre à un français et un suisse
qui partent le lendemain pour le camp de base de l'Everest. Sa
proposition me déçoit un peu, ce n'est pas le Tour des
Annapurna pour lequel je suis venu, et la durée du trek est
beaucoup plus courte. Je ne souhaite pas me retrouver à
nouveau à traîner dans Katmandou. Par contre cette proposition
présente l'avantage d'un vol en avion à proximité du toit du
monde. Bassou sent ma perplexité. De toute façon, avant de
prendre la décision, il faut l'accord des deux personnes.
J'apprends qu'elles ont la soixantaine, ce qui me fait
craindre que nous n'ayons pas réellement la même façon de
marcher.
Puis tout à coup,
il me fait une autre proposition: "rejoindre un groupe de deux
jeunes français partis ce matin pour faire le tour des
Annapurna". Mon accord est immédiat. Rendez-vous est pris pour
18 h 30 à l'hôtel. Il me reste un tout petit peu plus d'une
heure pour me préparer. Je n'ai plus une seule roupie et je
n'ai pas mangé depuis le petit déjeuner. Bassou m'échange 1000
frs. Je pars dans Thamel. J'achète une de ces vestes de
l'armée américaine bourrées de poches, que j'ai repérée dans
les nombreuses boutiques de matériel de montagne. Je conclus
le marché pour 1000 roupies. Cette veste me permettra d'avoir
sur moi, ma boussole, mon altimètre, mon appareil photo, mes
papiers, mon argent et sans doute bien d'autres choses. Mon
sac banane s'est avéré très peu pratique. A l'angle de Tridevi
Marg, je trouve un supermarché où j'achète quelques "Mars" et
des stylos bille. Philippe m'a dit qu'il était bien d'en avoir
à donner aux enfants.
Je regagne l'hôtel
où j'organise mes trois sacs et fais un dernier brin de
toilette. Je ne sais pas comment cela se passera pour la
suite.
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