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Mon aventure au Népal 1993

Départ pour le Tour des Annapurna

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            Dans le hall de l'hôtel, j'attends qu'on vienne me chercher. Je contemple les grands panoramas de l'Himalaya qui sont affichés sur les murs.

           

            18 h 45, l'associé de Bassou arrive avec un porteur et un chauffeur de taxi. Il nous conduit à la gare routière de Katmandou. Il est rare qu'on puisse ouvrir seul les portes. En général, le chauffeur a une poignée qu'il garde dans sa poche, ainsi il doit faire le tour de son véhicule pour ouvrir les portes et faire embarquer ses passagers.

 

            Nous nous retrouvons, moi et mes trois sacs, le porteur et son petit sac à dos, devant la gare routière. Au cours de mes promenades dans Katmandou, j'étais déjà passé ici. De jour ce lieu où grouille toute une foule, où les autocars sont stationnés dans le plus grand désordre, où le bruit des moteurs et la fumée de leurs gaz d'échappement rendent l'ambiance infernale, ce lieu m'avait fait peur. De nuit c'est encore plus impressionnant. Les nombreux autobus, pour la plupart déjà fort dégradés attendent l'ordre de départ. L'associé de Bassou m'apprend que je pars sans permis de trek, celui-ci me rattrapera en cours de route. Le Bureau de l'Immigration qui le délivre ne sera ouvert que demain matin. Pour l'heure, une lettre fait foi que l'agence se charge de l'obtenir.

 

            Dans cette pagaille, je suis avec les bagages à mes pieds, pendant que mon porteur s'affaire à trouver le bus qui doit nous rapprocher des Annapurna. Là je suis content d'être avec un guide. Impossible de connaître la destination de ces cars, tout est écrit en népali et l'organisation est un vrai mystère pour un occidental comme moi. A vrai dire, aujourd'hui c'est le dernier de mes soucis. Je suis bien trop heureux de partir et je baigne du plaisir de savoir que je vais réaliser l'un de mes rêves.

 

            Enfin nous montons dans un car. Ramzi, mon porteur, m'installe sur la banquette arrière et me recommande de ne pas bouger pendant qu'il va faire une ultime démarche. Ainsi, mes deux sacs de voyage sous les pieds et mon sac à dos entre les jambes, j'attends. Peu à peu le bus se remplit, mais même plein, il en rentre toujours. Nous ne tardons pas à nous retrouver à six sur la même banquette. Ramzi s'étonne de me voir accepter d'avoir les pieds plus haut que les fesses, mais lui en se blottissant contre moi, n'hésite pas à mettre les siens sur l'appuie tête qui lui fait face.

 

            Il est près de 20 h, le car s'ébranle, il manoeuvre entre les véhicules environnants, à grands coups de Klaxon, conduit par une foule de contrôleurs sifflant, donnant de grands coups sur les portes, pour lui permettre de se faufiler. Enfin, devant la barrière d'entrée du parking, nous attendons 20 h, l'heure exacte du départ.

 

            Enfin, c'est parti. Du moins je le crois. Nous roulons dans les rues de Katmandou mais un quart d'heure plus tard, nous nous arrêtons pour faire le plein d'essence, A peine reparti, nouvel arrêt pour contrôler la pression des pneus. Ce coup ci, le départ est réel, nous avançons lentement, il me semble que nous n'arrivons pas à quitter la ville tant sa banlieue est étendue.

 

            Après plusieurs arrêts, à minuit trente nous arrivons à Mugling Bazar. Tout le monde descend. Comme souvent avec les transports népalais, il y a de grandes haltes pour manger. L'heure peut paraître bizarre, mais ici il ne faut s'étonner de rien. Ramzi me propose de faire comme tout le monde. J'accepte volontiers, car je n'ai quasiment mangé que des "Mars" depuis ce matin. Il me demande ce que je veux, je lui réponds : "comme toi". "Dal Bat", "O.K.".

 

            Le "dal bat" est le plat que les népalais mangent matin, midi et soir. Le sens du mot est : riz - lentille.

En fait, le "dal bat" est servi dans un plat en inox style restaurant universitaire. Ce plat comporte :

            - devant, une très grande case où est mis le riz,

            - sur chacun des côtés, une plus petite case. Dans celle de droite on met les légumes (choux, pommes de terre, carottes), et dans celle de gauche de la viande, s'il y en a,

            - enfin au fond et au centre, une case ronde pour recevoir une coupelle d'une soupe, c'est dans celle-ci que doivent être les lentilles.

 

            Les népalais mangent avec les mains, ils font des boules avec le riz et les trempent dans la sauce avant de les avaler. Il est vraisemblable que cela a l'avantage de pouvoir obtenir un goût différent à chaque bouchée. Ramzi, connaissant les habitudes européennes,  me fait donner une cuillère. Pour ma part, je choisis de tout mélanger au départ. En général, un petit moment après avoir servi le "dal bat", la serveuse repasse et propose une ration de riz supplémentaire, puis de la soupe, des légumes et de la viande. Ce soir, la faim aidant j'accepte de doubler la mise, mais par la suite je n'eus jamais assez faim pour prendre une deuxième part. Pour les népalais, celle-ci est normale, ils disent souvent manger des "Everest" de riz. Je me suis toujours demandé comment ils pouvaient faire, d'autant qu'ils ne sont ni plus grands ni plus corpulents que moi. Enfin des hommes à ma taille!

 

            A peine le repas terminé, nous remontons dans le car et poursuivons notre chemin. La route ne cesse de monter et de redescendre des collines, d'enjamber des torrents sur des ponts dont beaucoup semblent provisoires (dans le style du pont Bellay qui fut utilisé à Digne). A chaque fois, il faut attendre que la voie unique soit libérée, puis grimper la rampe d'accès, traverser le pont et redescendre la rampe. Même principe pour croiser un véhicule, il faut rouler sur le bas côté. De temps en temps, la chaussée est partie et les véhicules soulèvent de grands nuages de poussière.

 

            Enfin nous arrivons à Dumre. Il est 2 h du matin, nous avons parcouru 150 km. Il est vrai qu'au Népal la vitesse des cars est limitée à 40 km/h.

 

            A cette heure, la ville est déserte. Ramzi part sans doute à la recherche de je ne sais quelle information. Peut-être cherche-t-il une lodge (en anglais "cabane", ici la lodge est une auberge rurale)? Sans l'attendre, je profite d'une fontaine publique pour me laver les dents et je déplie mon sac de couchage sur les marches d'une boutique. De retour, il m'imite, mais faute de sac de couchage, c'est dans la doudoune que l'agence m'a prêtée pour passer "Thorung Pass" qu'il s'enroule. En fait, il ne fait pas très froid. Mon altimètre m'indique que nous sommes à 300 m d'altitude. Le Népal est à la même latitude que Le Caire, il fait très bon.

 

            A cinq heures et demie, la ville commence à s'animer. Ce sont d'abord quelques restaurants qui mettent en marche leur réchaud à essence. C'est tout un cérémonial. Il faut compresser l'air, puis allumer le brûleur, régler la flamme etc. et une fois que cela fonctionne, il en sort un bruit de chalumeau. C'est toujours l'occasion de rassembler une foule de badauds qui ne manquent pas de commenter l'opération et même de mettre la main à la pâte pour activer le système. Comme nous ne sommes pas les seuls à être descendus à Dumre, il se forme rapidement des attroupements autour des quelques restaurants de la ville. En fait de ville, il s'agit essentiellement d'une rue très large, l'essentiel des habitations bordant celle-ci.

 

            Ramzi me propose de boire un thé ce que j'accepte. Nous faisons donc comme tout le monde en nous attablant près d'une cuisinière en pleine action. Le thé au lait que boivent les népalais, est déjà prêt. Il est stocké dans de grands Thermos. Ramzi me commande également des beignets qu'il appelle "Tibétain Bread". et une soucoupe de légumes à la sauce piquante puis il part à la recherche de l'autobus qui doit nous conduire jusqu'à Bhote Odar. Les boutiques ouvrent peu à peu, et la première activité de ces commerçants est de repousser les saletés du seuil de leur boutique avec une balayette sans manche qui les contraint à être pliés en deux et à tenir cette position en appuyant leur main gauche sur leur genou gauche.

 

            A 6 h 30 nous montons dans un car et pour le faire démarrer le chauffeur nous demande de le pousser vers une petite pente. Heureusement, il part au quart de tour. Tout le monde remonte, on fait une savante manoeuvre pour aller faire le plein d'essence et immédiatement nous abandonnons la route goudronnée pour passer entre deux maisons et plonger dans un ruisseau que nous traversons à gué. Le chemin monte et descend. A ma grande surprise, nous croisons beaucoup de cars et de camions, mais aussi beaucoup de personnes à pied transportant souvent de lourdes charges.

 

            A 10 h 15, nous arrivons à Bhote Odar. Une grande place nous accueille. Le car klaxonne pour signaler son arrivée. Il semble d'ailleurs être la source d'une grande agitation. Tout le monde descend. La ville n'est pas très grande. Elle semble être concentrée autour d'une grande place avec, comme il est de tradition au Népal, deux grands arbres au centre. J'apprendrai plus tard que ces deux arbres sont des arbres sacrés : le "Bel" et le "Pipal", c'est sous ce dernier que Bouddha aurait reçu l'illumination. Ils sont donc toujours par paire et en général entourés d'un terre-plein sur lequel les porteurs déposent leurs charges pour reprendre leur souffle.

 

            Nous sommes à 700 mètres d'altitude, je vois pour la première fois clairement des glaciers, mais ils sont encore si loin qu'ils se fondent dans les nuages. Nous buvons un thé et Ramzi m'offre une orange. Je suis tout surpris car sa peau est verte. J'en ai vu des quantités à Katmandou, mais j'ai cru que c'était des citrons. Un jeune homme avec un violon très rustique fait l'attraction dans la rue. Je ne saurai s'il s'agit de l'idiot du village ou d'un saltimbanque, toujours est-il qu'il va faire son numéro d'un commerce à l'autre, entraînant avec lui une meute de gamins.

 

            En face de l'auberge où nous attendons le car, des femmes lavent la vaisselle à la fontaine publique. Un gamin en slip a commencé à se savonner tout le corps. Je commence à découvrir la vie du Népal profond. Quelques commerçants arrosent devant leur boutique pour limiter la poussière. La rue sert aussi d'égout. Il fait bon et il ne doit pas pleuvoir souvent car tout le monde vit dehors et rien ne semble prévu pour s'abriter.

  

            Ramzi semble inquiet, il craint qu'avec la fête nous ne puissions trouver un car pour aller plus loin. A chaque fois qu'un autobus ou un camion arrive, il part s'informer. A 3 h. il me fait signe de monter sur le toit d'un camion qu'on vient de charger de gros sacs de farine. Dans la benne, des femmes et des enfants ont déjà pris place. Nous y déposons nos sacs et imitant mon porteur, je m'assois sur le toit de la cabine, les arceaux de la benne dans le dos. Il y a de plus en plus de monde qui monte soit sur le toit, soit dans la benne.

 

            Nous démarrons enfin. Je croyais avoir vécu le pire, mais cette partie du voyage s'avère une horreur. Sur les chemins tortueux et défoncés, le camion se plie, se tord et les arceaux de la benne me frappent le dos. Au bout d'un moment je n'en peux plus, je m'assois dessus, mais là ce sont mes fesses qui prennent les coups. Pendant deux jours j'en serai meurtri. Notre passage soulève d'énormes nuages de poussière et le camion dégage une horrible odeur de mazout. Des passagers ont pris place sur mes sacs qu'ils semblent trouver confortables. Je me demande comment je vais retrouver mon panneau solaire. Lors d'un arrêt un américain préfère descendre et poursuivre sa route à pied. Comme j'aurais apprécié d'en faire autant!

 

            Enfin à 16 h 30 nous arrivons à Besi Sahar le but de notre étape du jour.

Vallée de la Marsyangdi aux environs de Manang

 

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