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Ce matin Ramzi
s'est réveillé à 6 h. Comme nous partageons la même chambre,
je m'aperçois qu'il a dormi en boule, à genou sur le lit. Sa
souplesse est étonnante. Il a dû avoir froid car il s'est
couvert avec ma doudoune.
En règle générale
au cours du trek, faute d'électricité, on se couche avec le
soleil: à 6h.. Après un sommeil de près de douze heures, il
n'y a aucune difficulté à se lever dès les premières lueurs du
jour. Dans la grande salle de la lodge, la patronne ranime le
feu du fourneau autour duquel les premiers levés viennent se
rassembler en attendant que le thé et le déjeuner soient
prêts. Cette préparation dure une bonne heure car le fourneau
est petit et la tradition veut qu'en dehors du thé au lait
qu'on fait pour tout le monde et qu'on stocke dans un Thermos,
le reste du déjeuner soit servi client après client. Autant
dire que si dix clients commandent un chapati et une omelette,
dix fois la patronne fera un chapati puis une omelette.
Les villages ne
sont pas très éloignés les uns des autres et entre deux il
n'est pas rare de trouver un abri où quelques femmes vendent
du thé, des boissons fraîches, des fruits ou des souvenirs.
Vers les 11 h, il est conseillé de rechercher une lodge pour
le repas de midi, car, là aussi la préparation durera une
bonne heure. Enfin à trois heures, il vaut mieux s'arrêter
pour chercher une lodge pour passer la nuit. Le temps de
s'installer, de se faire préparer le repas du soir, il fait
nuit.
En ce premier jour,
la première occupation de Ramzi a été d'acheter un morceau de
tissu et un bout de corde pour le portage de mes sacs. Il les
a liés avec la corde et attaché celle-ci au bandeau de tissu
qui couvrira son front.
Ce matin, nous
partons sans manger. J'ai l'impression que Ramzi qui n'est pas
guide, a le sentiment d'avoir dépassé son budget. Hier, je
l'ai vu faire ses comptes et il a disparu au moment où je
prenais mon repas. Au loin quelques sommets enneigés dépassent
des montagnes environnantes. J'ai hâte de les voir de plus
près. Toute la journée, nous montons, descendons et traversons
la Marsyangdi en empruntant de nombreux ponts suspendus. Le
premier fut le plus surprenant. Son tablier était constitué de
bambous posés dans le sens de sa longueur. Beaucoup commencent
à prendre de l'âge et il n'est pas évident de marcher dessus.
Il faut éviter les trous du tablier, supporter le ballant, ne
pas être impressionné par le vide et surtout à l'approche de
la berge remonter la pente du tablier qui se fait de plus en
plus raide.
Partis ce matin
d'un peu plus de 800 m d'altitude, nous marchons parfois au
bord du torrent, parfois nous le surplombons, le chemin
passant 100 à 150 m plus haut. Le lit de la Marsyangdi ne
cesse de s'élargir et de se rétrécir. De chaque côté les
montagnes sont pentues et nous offrent de nombreuses cascades.
Nous devons traverser de nombreux torrents. Dès le départ,
j'ai expliqué à Ramzi que, marchant assez vite, le mieux était
qu'il marche à son pas, je n'aurai aucune difficulté à
m'adapter. En fait, je n'ai ni à forcer, ni à traîner, nous
allons tous deux marcher du même pas. Bassou m'apprit,
beaucoup plus tard, qu'il était réputé pour être un marcheur
rapide, mais la performance vaut d'être saluée, car avec une
charge double de la mienne et comme chaussure des "tongs", il
n'est pas évident de monter des pentes raides et souvent
glissantes, surtout lorsqu'après avoir traversé un ruisseau on
a les pieds mouillés.
A 9 heures, près de
Bhulbhule, la vallée s'ouvre sur un massif tout enneigé. Cette
vision sera furtive et il se peut que ce fut le massif du
Manaslu, mais ma carte ne me permet pas de le vérifier. Une
heure et demi plus tard, nous nous arrêterons à Ngadi pour
boire un thé et manger des biscuits. C'est un village fleuri
et très beau, on se croirait dans un village suisse. Les
villages se suivent et ne se ressemblent pas. En général, la
rue sert aussi d'égout et de décharge. Ici, elle est
entièrement dallée de pierres qui couvrent un canal
d'irrigation servant aussi d'égout . Ainsi avec sa propreté,
ce village a beaucoup de charme.
A midi, nous
arrivons à Bahundanda (1311 m). Le village est perché sur un
promontoire qui domine la vallée. Pour l'atteindre il a fallu
gravir une côte très raide. Lorsque nous arrivons sur la
place, quelques buffles se désaltèrent dans des cuvettes que
le berger leur a fait servir. Tout autour, il y a des lodges
et des boutiques de souvenirs. De nombreux trekkeurs sont en
train de manger. A côté des deux arbres sacrés, une fontaine
où les femmes font la vaisselle. La vue sur la vallée est
superbe. Ramzi me fait servir un "dal bat" et disparaît dans
l'arrière boutique. Une nouvelle fois je m'inquiète :
"mange-t-il?".
Cette halte donne à
Ramzi l'occasion de se lier d'amitié avec un tibétain que nous
avons plusieurs fois rencontré en cours de route. Il nous
accompagnera jusqu'à Tal, le lendemain. De mon côté sur la
place, je fais sensation avec ma veste de militaire, mes
"double glass", mon sac à dos solaire et mon camescope. Ramzi
qui commence à me connaître, explique à qui veut l'entendre
que je suis français, ce que je fais, comment mon sac à dos
permet à mon camescope de fonctionner, etc...
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Nous
reprenons enfin la route, mais avant, nous passons devant le
check post. Ramzi explique que mon permis de trek me suit. Il montre à
l'officier la lettre que nous a fait l'agence. Sur le
registre, je cherche le nom des deux français que nous devons
rattraper. Impossible de le trouver. L'officier me demande
d'inscrire mes coordonnées, c'est là que je m'aperçois que
j'ai laissé mon passeport à l'agence. Heureusement je me
souviens que j'ai noté tous ces renseignements sur un
pense-bête. Je ressors ce document qui me permet de donner mon
numéro de passeport et de visa. Apparemment, l'officier s'en
contente. Il en sera de même à tous les autres check posts.
A 15 h nous traversons le tout petit village de Sange (1136 m). Nous
admirons un moment le travail de quelques laboureurs
manoeuvrant leurs buffles pour travailler leurs minuscules
parcelles de terre. La pente se fait de plus en plus raide et
la vallée plus étroite. Certains passages ont dû être taillés
dans le roc. Enfin à 16 h 30 nous arrivons à Jagat (1314 m) où
Ramzi m'a trouvé une lodge très simple, propre et moderne. Je
me suis acheté des tongs pour pouvoir m'aérer les pieds à la
veillée. Après le repas, je pars ainsi à la recherche d'une
fontaine pour me laver les dents. La seule que je trouve est à
l'autre bout du village. Par endroits, la rue n'est que boue
et purin. Je me trempe un peu les pieds et au retour je
constate combien il est difficile de marcher en tongs les
pieds humides. Plusieurs lodges accueillent des trekkeurs.
Près de la fontaine, tout un groupe de français termine
joyeusement son repas à la terrasse de l'une d'elles.
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Vue sur
l'Annapurna II des environs de Pisang |
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