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Mon aventure au Népal 1993

Premier jour de trek

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                       Ce matin Ramzi s'est réveillé à 6 h. Comme nous partageons la même chambre, je m'aperçois qu'il a dormi en boule, à genou sur le lit. Sa souplesse est étonnante. Il a dû avoir froid car il s'est couvert avec ma doudoune.

 

            En règle générale au cours du trek, faute d'électricité, on se couche avec le soleil: à 6h.. Après un sommeil de près de douze heures, il n'y a aucune difficulté à se lever dès les premières lueurs du jour. Dans la grande salle de la  lodge, la patronne ranime le feu du fourneau autour duquel les premiers levés viennent se rassembler en attendant que le thé et le déjeuner soient prêts. Cette préparation dure une bonne heure car le fourneau est petit et la tradition veut qu'en dehors du thé au lait qu'on fait pour tout le monde et qu'on stocke dans un Thermos, le reste du déjeuner soit servi client après client. Autant dire que si dix clients commandent un chapati et une omelette, dix fois la patronne fera un chapati puis une omelette.

 

            Les villages ne sont pas très éloignés les uns des autres et entre deux il n'est pas rare de trouver un abri où quelques femmes vendent du thé, des boissons fraîches, des fruits ou des souvenirs. Vers les 11 h, il est conseillé de rechercher une lodge pour le repas de midi, car, là aussi la préparation durera une bonne heure. Enfin à trois heures, il vaut mieux s'arrêter pour chercher une lodge pour passer la nuit. Le temps de s'installer, de se faire préparer le repas du soir, il fait nuit.

 

            En ce premier jour, la première occupation de Ramzi a été d'acheter un morceau de tissu et un bout de corde pour le portage de mes sacs. Il les a liés avec la corde et attaché celle-ci au bandeau de tissu qui couvrira son front.

 

            Ce matin, nous partons sans manger. J'ai l'impression que Ramzi qui n'est pas guide, a le sentiment d'avoir dépassé son budget. Hier, je l'ai vu faire ses comptes et il a disparu au moment où je prenais mon repas. Au loin quelques sommets enneigés dépassent des montagnes environnantes. J'ai hâte de les voir de plus près. Toute la journée, nous montons, descendons et traversons la Marsyangdi en empruntant de nombreux ponts suspendus. Le premier fut le plus surprenant. Son tablier était constitué de bambous posés dans le sens de sa longueur. Beaucoup commencent à prendre de l'âge et il n'est pas évident de marcher dessus. Il faut éviter les trous du tablier, supporter le ballant, ne pas être impressionné par le vide et surtout à l'approche de la berge remonter la pente du tablier qui se fait de plus en plus raide.

 

            Partis ce matin d'un peu plus de 800 m d'altitude, nous marchons parfois au bord du torrent, parfois nous le surplombons, le chemin passant 100 à 150 m plus haut. Le lit de la Marsyangdi ne cesse de s'élargir et de se rétrécir. De chaque côté les montagnes sont pentues et nous offrent de nombreuses cascades. Nous devons traverser de nombreux torrents. Dès le départ, j'ai expliqué à Ramzi que, marchant assez vite, le mieux était qu'il marche à son pas, je n'aurai aucune difficulté à m'adapter. En fait, je n'ai ni à forcer, ni à traîner, nous allons tous deux marcher du même pas. Bassou m'apprit, beaucoup plus tard, qu'il était réputé pour être un marcheur rapide, mais la performance vaut d'être saluée, car avec une charge double de la mienne et comme chaussure des "tongs", il n'est pas évident de monter des pentes raides et souvent glissantes, surtout lorsqu'après avoir traversé un ruisseau on a les pieds mouillés.

 

            A 9 heures, près de Bhulbhule, la vallée s'ouvre sur un massif tout enneigé. Cette vision sera furtive et il se peut que ce fut le massif du Manaslu, mais ma carte ne me permet pas de le vérifier. Une heure et demi plus tard, nous nous arrêterons à Ngadi pour boire un thé et manger des biscuits. C'est un village fleuri et très beau, on se croirait dans un village suisse. Les villages se suivent et ne se ressemblent pas. En général, la rue sert aussi d'égout et de décharge. Ici, elle est entièrement dallée de pierres qui couvrent un canal d'irrigation servant aussi d'égout . Ainsi avec sa propreté, ce village a beaucoup de charme.

 

            A midi, nous arrivons à Bahundanda (1311 m). Le village est perché sur un promontoire qui domine la vallée. Pour l'atteindre il a fallu gravir une côte très raide. Lorsque nous arrivons sur la place, quelques buffles  se désaltèrent dans des cuvettes que le berger leur a fait servir. Tout autour, il y a des lodges et des boutiques de souvenirs. De nombreux trekkeurs sont en train de manger. A côté des deux arbres sacrés, une fontaine où les femmes font la vaisselle. La vue sur la vallée est superbe. Ramzi me fait servir un "dal bat" et disparaît dans l'arrière boutique. Une nouvelle fois je m'inquiète : "mange-t-il?".

 

            Cette halte donne à Ramzi l'occasion de se lier d'amitié avec un tibétain que nous avons plusieurs fois rencontré en cours de route. Il nous accompagnera jusqu'à Tal, le lendemain. De mon côté sur la place, je fais sensation avec ma veste de militaire, mes "double glass", mon sac à dos solaire et mon camescope. Ramzi qui commence à me connaître, explique à qui veut l'entendre que je suis français, ce que je fais, comment mon sac à dos permet à mon camescope de fonctionner, etc...

        

     Nous reprenons enfin la route, mais avant, nous passons devant le check post. Ramzi explique que mon permis de trek me suit. Il montre à l'officier la lettre que nous a fait l'agence. Sur le registre, je cherche le nom des deux français que nous devons rattraper. Impossible de le trouver. L'officier me demande d'inscrire mes coordonnées, c'est là que je m'aperçois que j'ai laissé mon passeport à l'agence. Heureusement je me souviens que j'ai noté tous ces renseignements sur un pense-bête. Je ressors ce document qui me permet de donner mon numéro de passeport et de visa. Apparemment, l'officier s'en contente. Il en sera de même à tous les autres check posts.

 

          A 15 h nous traversons le tout petit village de Sange (1136 m). Nous admirons un moment le travail de quelques laboureurs manoeuvrant leurs buffles pour travailler leurs minuscules parcelles de terre. La pente se fait de plus en plus raide et la vallée plus étroite. Certains passages ont dû être taillés dans le roc. Enfin à 16 h 30 nous arrivons à Jagat (1314 m) où Ramzi m'a trouvé une lodge très simple, propre et moderne. Je me suis acheté des tongs pour pouvoir m'aérer les pieds à la veillée. Après le repas, je pars ainsi à la recherche d'une fontaine pour me laver les dents. La seule que je trouve est à l'autre bout du village. Par endroits, la rue n'est que boue et purin. Je me trempe un peu les pieds et au retour je constate combien il est difficile de marcher en tongs les pieds humides. Plusieurs lodges accueillent des trekkeurs. Près de la fontaine, tout un groupe de français termine joyeusement son repas à la terrasse de l'une d'elles.

 

 

Vue sur l'Annapurna II des environs de Pisang

  

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