Accueil
Qui suis-je?
Ma généalogie
Mon environnement
Mes voyages
Mon Portfolio
Dernières nouvelles
Mes liens

 

Boite aux lettres

 

 

 

 

 

Au pays de la Reine de Saba 1997

Départ pour le Yémen Vert

page précédente

page suivante

Sanaa le 1° octobre,

 

            Nous avons rendez-vous à 8 h. Devant l'hôtel plusieurs 4x4 attendent. Les différents groupes de Nouvelles Frontières embarquent. Nos bagages sont prêts. Nous attendons devant la réception. Le portier nous présente Amed un petit homme sec. Immédiatement nous embarquons. Je monte à l'avant, Jac et Michel derrière.

 

            Nous traversons les grandes avenues de Sanaa en direction du sud. Les yeux rivés sur la route, Amed est peu loquace. A la sortie de la ville nous passons devant un immense champs de parade militaire. La route est large et roulante. Pourtant Amed doit fréquemment ralentir pour passer ou contourner un gendarme couché. Ici ce sont de véritables herses constituées de cailloux encastrés dans le bitume. Toutes les occasions sont bonnes pour en mettre: entrée et sortie de village, arrêt de taxi, commerce isolé ou poste de police.

 

            Nous parcourons ainsi une centaine de kilomètres sur ce plateau qui entoure Sanaa. Tout à coup un col (2750 m d'altitude). A peine franchi, nous plongeons dans une vaste vallée. J'ai enfin le sentiment d'être en montagne. En peu de temps nous perdons 500m. Les villages sont accrochés à la montagne, les pentes parsemées de terrasses cultivées. La végétation a changé: il y a plus de verdure. Beaucoup d'hommes et de femmes travaillent aux champs, surveillent des troupeaux de chèvres et de moutons.  En bas nous retrouvons une vaste plaine, mais les collines qui l'entourent, ont une toute autre ampleur que celles de Sanaa. La route devient sinueuse et les villages nombreux.

 

            Quand nous entrons dans Ibb le ciel est couvert. La ville paraît grande et sans grande particularité. Amed emprunte une rue conduisant à la partie haute de la ville. Il gare le 4x4 et nous invite à visiter la vieille ville. Il appelle un gamin pour nous servir de guide. C'est une ruée de gamins qui s'abat sur nous. Jac et Michel, attachés à ce que les choses soient claires, exigent que seul le premier désigné ait le titre de guide, mais lui souhaite s'adjoindre son copain parlant anglais. Nous acceptons. En fait, toute la bande nous suit dans les ruelles. Ici les maisons sont bâties en pierres appareillées. L'architecture semble plus pesante malgré des formes identiques à celles de Sanaa. La grande différence est dans les vitraux en stuc qui réhaussent les fenêtres. Ici ils ont été remplacés trois hublots en albâtre[1]. Les enfants attirent notre attention sur les maisons juives reconnaissables à l'étoile de David sculptée sur les portes. Ils nous montrent bien d'autres détails sans toutefois pouvoir nous en expliquer le sens. Ils sont beaucoup plus loquace pour nous raconter ce qu'ils font à l'école. Nous parcourrons les rues à toute allure. Nous avons le plus grand mal à trouver le temps de prendre des photos. Une brèche nous permet de jouir du panorama sur la ville. Il n'a rien de très particulier mais nous révèle une agglomération moderne, sans grand caractère[2].

 

            Nous retrouvons Amed près du 4x4. Nous quittons nos petits guides après leur avoir distribué quelques rials et des bonbons. Il est 13 h. Amed nous arrête à la sortie de la ville pour déjeuner. Nous commandons: riz, carotes, pommes de terre, salade, poulet. Nous mangeons directement dans les nombreux plats qui occupent toute la table. Amed nous a fait donner des cuillères. J'ai sorti mon couteau. Amed avale à toute vitesse quelques bouchées des plats qu'on lui sert et les abandonne rapidement pour aller prendre l'air sur la terrasse. Jac, Michel et moi, prenons notre temps, mais ce que nous mangeons n'a rien d'exceptionnel. Je remarque que l'eau minérale est mise en bouteille selon les techniques d'Evian.

 

            Notre 4x4 quitte la route de Taëz pour s'enfoncer sur la droite. La route monte et serpente pour aboutir à un cul de vallée. La végétation y est luxuriante et les flancs totalement urbanisés. Nous sommes à Jibla[3]. Amed nous arrête à l'entrée de la ville devant un marchand de vitraux. Jac et Michel s'empressent d'admirer la variété géométrique des découpages les décorant. Le soleil est absent, le ciel est gris, l'endroit me semble lugubre. Les ordures jonchent la rue et le torrent en contrebas de la route n'est qu'une décharge publique.

 

            Nous remontons la rue sans pouvoir éviter les flaques de boues qui stagnent. Nous sommes immédiatement pris en main par un groupe de gamins qui nous ont salués dans toutes les langues. Ils se proposent de nous faire visiter la ville. Jac et Michel leur signifient qu'il n'est pas question de leur donner le moindre rial. La ville n'est pas très grande, ce ne devrait pas être très difficile d'en voir tous les détails. J'ai lu qu'ici se trouvait la seule mosquée du Yémen ouverte aux touristes. Son minaret domine l'agglomération. Arrivés devant, un jeune homme se présente et nous propose sa visite pour 200 rials (10 F)  par personne. L'offre me semble excessive mais j'engage Jac et Michel à l'accepter. Je pense que c'est l'unique occasion que nous auront. Ils sont méfiants, rechignent à dire oui et se font préciser plusieurs fois les conditions de la visite.

 

            Toute la troupe nous suit. A grandes enjambées nous pénétrons dans la mosquée. Elle est crasseuse, sans la moindre décoration et, tout au moins à nos yeux, sans intérêt. Je me demande comment on peut avoir envie de prier dans un tel lieux et accepter de faire ses ablutions dans des eaux aussi sales. Nous ressortons rapidement. Notre guide nous propose de monter sur une terrasse pour bénéficier d'un panorama sur la ville. Nous pénétrons dans une maison très sombre. Nous avons le plus grand mal à distinguer les marches. De là nous dominons la ville. Nous sommes au même niveau que le palais de la Reine Arwa qui recouvre une colline voisine. Avec plus de soleil et moins de crasse, le spectacle serait beau. Nous nous retrouvons dans la rue déçus et payons notre guide avec une certaine amertume. L'argent à peine encaissé, il nous en réclame un peu plus pour l'Ecole Coranique. Michel est en colère. Nous en avons marre d'être pris pour des machines à sous! Au moment où je tourne les talons, un homme en djellaba blanche richement décorée de broderies en fil doré se présente à moi. Il me saisit le poignet avec une grande fermeté. Les enfants m'explique que c'est l'Imam. Il s'inquiète de savoir si nous avons payé. Michel est hors de lui. Il exige que les enfants confirment que nous avons payé et refuse de donner le moindre rial de plus.

 

            Exaspérés par ces comportements, notre descente dans les rues étroites de la ville ressemble à une fuite. Nous débouchons sur une place où une bande de jeunes hommes propres et vêtus des habits traditionnels du Yémen semblent fort gais. Leur propreté et leur fraicheur contraste avec la crasse environnante. Même les djambyas et les Kalachnicov qu'ils arborent nous rassurent. Ils semblent sortir d'une boutique très propre que je prends pour un café et qui s'avère être une poste. Ils sont autant surpris de notre présence que nous de la leur et ils nous posent mille questions. Nous sommes décontenancés.

 

         En retrouvant Amed et son 4x4, nous redescendons sans regret cette vallée pourtant verdoyante. Il est 16 h quand nous entrons dans Taëz. Quelques gouttes de pluies commencent à tomber.  La ville est vaste. Nous descendons une large avenue. Amed nous a indiqué la présence du djebel Saber, un sommet de 3006 m dominant la ville et que l'on peut atteindre par une route qui grimpant le long de son arête sud. La pensée d'atteindre  3000 en voiture nous fait immédiatement rejeter l'idée d'y aller.

 

            Amed propose de nous installer à l'Asia Hotel, les guides que nous avions consultés nous en indiquaient un autre. Après avoir visité les chambres des deux, nous nous rallions à la proposition d'Amed. La chambre dispose d'une salle de bains, trois lits, une télévision, un petit réfrigérateur, le tout pour 2500 rials. L'hôtel est une vaste demeure en plein centre ville. Un peu de propreté et d'entretien suffiraient à en faire un établissement de grand standing.

 

            Déçus par la journée que nous venons de passer, nous abandonnons Amed et nous plongeons dans la lecture de nos guides. A 18 h nous décidons d'aller faire un tour en ville pour y acheter à manger. Nous ne sommes pas très affamés. Michel ne souhaite pas visiter le souk. Nous descendons la grande rue commerçante qui passe devant l'hôtel. L'animation est grande. Les boutiques, nombreuses, semblent offrir une plus grande variété de produits qu'à Sanaa[4]. Sur les trottoirs beaucoup de camelots animent la rue.

 

            Nous achetons quelques fruits et nous entrons dans une pâtisserie tenue par un jordanien si on en croit une photo du roi Hussen mise en évidence. La boutique est propre. Derrière les vitrines toutes sortes de gâteau. Jac qui a une certaine connaissance des pâtisseries arabes, nous concocte un assortiment que nous dégustons.

 

            Au retour, nous faisons provision de yaourts, biscuits et jus de fruit pour notre petit déjeuner du lendemain. En passant à la réception de l'hôtel, notre regard est attiré par un reportage de la CNN sur la récupération d'un satellite par la navette américaine.


[1] L'apparition des vitraux colorés en stuc est très récente. Ils ont remplacé les vitraux en albâtre qui surmontaient autrefois les fenêtres, comme c'est le cas ici.

 

[2] La ville d'Ibb est au coeur d'une vallée très fertile. C'est une agglomération de 50 000 habitants en pleine expansion.

 

[3] Jibla devint la capitale du Yémen en 1068 sous le règne de la Reine Arwa. Son développement fut grand pendant tous le règne de celle-ci mais cessa à sa mort en 1138.

 

[4] La mention la plus ancienne de Taëz remonte à 1175. Cette ville a souvent été l'objet de batailles et de pillages entre les différents envahisseurs du Yémen et les tribus des montagnes. Ce n'est qu'en 1948 que l'Imam Ahmed décida d'en faire la capitale du Yémen et un important centre industriel du pays. Cette ville n'est plus la capitale, mais elle demeure le principal centre économique du pays.

Suite