Sanaa le 1°
octobre,
Nous
avons rendez-vous à 8 h. Devant l'hôtel plusieurs 4x4
attendent. Les différents groupes de Nouvelles Frontières
embarquent. Nos bagages sont prêts. Nous attendons devant la
réception. Le portier nous présente Amed un petit homme sec.
Immédiatement nous embarquons. Je monte à l'avant, Jac et
Michel derrière.
Nous
traversons les grandes avenues de Sanaa en direction du sud.
Les yeux rivés sur la route, Amed est peu loquace. A la
sortie de la ville nous passons devant un immense champs de
parade militaire. La route est large et roulante. Pourtant
Amed doit fréquemment ralentir pour passer ou contourner un
gendarme couché. Ici ce sont de véritables herses
constituées de cailloux encastrés dans le bitume. Toutes les
occasions sont bonnes pour en mettre: entrée et sortie de
village, arrêt de taxi, commerce isolé ou poste de police.
Nous
parcourons ainsi une centaine de kilomètres sur ce plateau
qui entoure Sanaa. Tout à coup un col (2750 m d'altitude). A
peine franchi, nous plongeons dans une vaste vallée. J'ai
enfin le sentiment d'être en montagne. En peu de temps nous
perdons 500m. Les villages sont accrochés à la montagne, les
pentes parsemées de terrasses cultivées. La végétation a
changé: il y a plus de verdure. Beaucoup d'hommes et de
femmes travaillent aux champs, surveillent des troupeaux de
chèvres et de moutons. En bas nous retrouvons une vaste
plaine, mais les collines qui l'entourent, ont une toute
autre ampleur que celles de Sanaa. La route devient sinueuse
et les villages nombreux.
Quand nous entrons dans Ibb le ciel est couvert. La ville
paraît grande et sans grande particularité. Amed emprunte
une rue conduisant à la partie haute de la ville. Il gare le
4x4 et nous invite à visiter la vieille ville. Il appelle un
gamin pour nous servir de guide. C'est une ruée de gamins
qui s'abat sur nous. Jac et Michel, attachés à ce que les
choses soient claires, exigent que seul le premier désigné
ait le titre de guide, mais lui souhaite s'adjoindre son
copain parlant anglais. Nous acceptons. En fait, toute la
bande nous suit dans les ruelles. Ici les maisons sont
bâties en pierres appareillées. L'architecture semble plus
pesante malgré des formes identiques à celles de Sanaa. La
grande différence est dans les vitraux en stuc qui
réhaussent les fenêtres. Ici ils ont été remplacés trois
hublots en albâtre.
Les enfants attirent notre attention sur les maisons juives
reconnaissables à l'étoile de David sculptée sur les portes.
Ils nous montrent bien d'autres détails sans toutefois
pouvoir nous en expliquer le sens. Ils sont beaucoup plus
loquace pour nous raconter ce qu'ils font à l'école. Nous
parcourrons les rues à toute allure. Nous avons le plus
grand mal à trouver le temps de prendre des photos. Une
brèche nous permet de jouir du panorama sur la ville. Il n'a
rien de très particulier mais nous révèle une agglomération
moderne, sans grand caractère.
Nous
retrouvons Amed près du 4x4. Nous quittons nos petits guides
après leur avoir distribué quelques rials et des bonbons. Il
est 13 h. Amed nous arrête à la sortie de la ville pour
déjeuner. Nous commandons: riz, carotes, pommes de terre,
salade, poulet. Nous mangeons directement dans les nombreux
plats qui occupent toute la table. Amed nous a fait donner
des cuillères. J'ai sorti mon couteau. Amed avale à toute
vitesse quelques bouchées des plats qu'on lui sert et les
abandonne rapidement pour aller prendre l'air sur la
terrasse. Jac, Michel et moi, prenons notre temps, mais ce
que nous mangeons n'a rien d'exceptionnel. Je remarque que
l'eau minérale est mise en bouteille selon les techniques
d'Evian.
Notre 4x4 quitte la route de Taëz pour s'enfoncer sur la
droite. La route monte et serpente pour aboutir à un cul de
vallée. La végétation y est luxuriante et les flancs
totalement urbanisés. Nous sommes à Jibla.
Amed nous arrête à l'entrée de la ville devant un marchand
de vitraux. Jac et Michel s'empressent d'admirer la variété
géométrique des découpages les décorant. Le soleil est
absent, le ciel est gris, l'endroit me semble lugubre. Les
ordures jonchent la rue et le torrent en contrebas de la
route n'est qu'une décharge publique.
Nous
remontons la rue sans pouvoir éviter les flaques de boues
qui stagnent. Nous sommes immédiatement pris en main par un
groupe de gamins qui nous ont salués dans toutes les
langues. Ils se proposent de nous faire visiter la ville.
Jac et Michel leur signifient qu'il n'est pas question de
leur donner le moindre rial. La ville n'est pas très grande,
ce ne devrait pas être très difficile d'en voir tous les
détails. J'ai lu qu'ici se trouvait la seule mosquée du
Yémen ouverte aux touristes. Son minaret domine
l'agglomération. Arrivés devant, un jeune homme se présente
et nous propose sa visite pour 200 rials (10 F) par
personne. L'offre me semble excessive mais j'engage Jac et
Michel à l'accepter. Je pense que c'est l'unique occasion
que nous auront. Ils sont méfiants, rechignent à dire oui et
se font préciser plusieurs fois les conditions de la visite.
Toute la troupe nous suit. A grandes enjambées nous
pénétrons dans la mosquée. Elle est crasseuse, sans la
moindre décoration et, tout au moins à nos yeux, sans
intérêt. Je me demande comment on peut avoir envie de prier
dans un tel lieux et accepter de faire ses ablutions dans
des eaux aussi sales. Nous ressortons rapidement. Notre
guide nous propose de monter sur une terrasse pour
bénéficier d'un panorama sur la ville. Nous pénétrons dans
une maison très sombre. Nous avons le plus grand mal à
distinguer les marches. De là nous dominons la ville. Nous
sommes au même niveau que le palais de la Reine Arwa qui
recouvre une colline voisine. Avec plus de soleil et moins
de crasse, le spectacle serait beau. Nous nous retrouvons
dans la rue déçus et payons notre guide avec une certaine
amertume. L'argent à peine encaissé, il nous en réclame un
peu plus pour l'Ecole Coranique. Michel est en colère. Nous
en avons marre d'être pris pour des machines à sous! Au
moment où je tourne les talons, un homme en djellaba blanche
richement décorée de broderies en fil doré se présente à
moi. Il me saisit le poignet avec une grande fermeté. Les
enfants m'explique que c'est l'Imam. Il s'inquiète de savoir
si nous avons payé. Michel est hors de lui. Il exige que les
enfants confirment que nous avons payé et refuse de donner
le moindre rial de plus.
Exaspérés par ces comportements, notre descente dans les
rues étroites de la ville ressemble à une fuite. Nous
débouchons sur une place où une bande de jeunes hommes
propres et vêtus des habits traditionnels du Yémen semblent
fort gais. Leur propreté et leur fraicheur contraste avec la
crasse environnante. Même les djambyas et les Kalachnicov
qu'ils arborent nous rassurent. Ils semblent sortir d'une
boutique très propre que je prends pour un café et qui
s'avère être une poste. Ils sont autant surpris de notre
présence que nous de la leur et ils nous posent mille
questions. Nous sommes décontenancés.
En
retrouvant Amed et son 4x4, nous redescendons sans regret
cette vallée pourtant verdoyante. Il est 16 h quand nous
entrons dans Taëz. Quelques gouttes de pluies commencent à
tomber. La ville est vaste. Nous descendons une large
avenue. Amed nous a indiqué la présence du djebel Saber, un
sommet de 3006 m dominant la ville et que l'on peut
atteindre par une route qui grimpant le long de son arête
sud. La pensée d'atteindre 3000 en voiture nous fait
immédiatement rejeter l'idée d'y aller.
Amed
propose de nous installer à l'Asia Hotel, les guides que
nous avions consultés nous en indiquaient un autre. Après
avoir visité les chambres des deux, nous nous rallions à la
proposition d'Amed. La chambre dispose d'une salle de bains,
trois lits, une télévision, un petit réfrigérateur, le tout
pour 2500 rials. L'hôtel est une vaste demeure en plein
centre ville. Un peu de propreté et d'entretien suffiraient
à en faire un établissement de grand standing.
Déçus par la journée que nous venons de passer, nous
abandonnons Amed et nous plongeons dans la lecture de nos
guides. A 18 h nous décidons d'aller faire un tour en ville
pour y acheter à manger. Nous ne sommes pas très affamés.
Michel ne souhaite pas visiter le souk. Nous descendons la
grande rue commerçante qui passe devant l'hôtel. L'animation
est grande. Les boutiques, nombreuses, semblent offrir une
plus grande variété de produits qu'à Sanaa.
Sur les trottoirs beaucoup de camelots animent la rue.
Nous
achetons quelques fruits et nous entrons dans une pâtisserie
tenue par un jordanien si on en croit une photo du roi
Hussen mise en évidence. La boutique est propre. Derrière
les vitrines toutes sortes de gâteau. Jac qui a une certaine
connaissance des pâtisseries arabes, nous concocte un
assortiment que nous dégustons.
Au
retour, nous faisons provision de yaourts, biscuits et jus
de fruit pour notre petit déjeuner du lendemain. En passant
à la réception de l'hôtel, notre regard est attiré par un
reportage de la CNN sur la récupération d'un satellite par
la navette américaine.
L'apparition des vitraux colorés en stuc est très
récente. Ils ont remplacé les vitraux en albâtre qui
surmontaient autrefois les fenêtres, comme c'est le cas
ici.
La ville d'Ibb est au coeur d'une vallée très fertile.
C'est une agglomération de 50 000 habitants en pleine
expansion.
Jibla devint la capitale du Yémen en 1068 sous le règne
de la Reine Arwa. Son développement fut grand pendant
tous le règne de celle-ci mais cessa à sa mort en 1138.
La mention la plus ancienne de Taëz remonte à 1175.
Cette ville a souvent été l'objet de batailles et de
pillages entre les différents envahisseurs du Yémen et
les tribus des montagnes. Ce n'est qu'en 1948 que l'Imam
Ahmed décida d'en faire la capitale du Yémen et un
important centre industriel du pays. Cette ville n'est
plus la capitale, mais elle demeure le principal centre
économique du pays.
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