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Au pays de la Reine de Saba 1997

Le Marché aux poisssons d'Hodeidah

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Hodeidah, samedi 4 octobre,

 

            6 h 30 la nuit a été bonne. C'est à peine si j'ai entendu l'appel à la prière des mosquées environnantes. La climatisation rétablie nous a permis de dormir dans de bonnes conditions. Tranquillement, nous rangeons nos affaires et prenons notre petit déjeuner. A 8 h nous sommes prêts. Je règle l'hôtel (2400 rials) et Amed nous conduit à quelques centaines de mètres de là au marché aux poissons.

 

            Sur ce long terrain vague qu'est le bord de mer, le marché aux poissons apparaît comme une anodine digue où règne une grande agitation. Hier, dans nos allées et venues nous ne l'avions pas remarqué. Quelques charrettes transportant des pains de glace marquent l'entrée. Un peu plus loin des camelots vendent friandises et cigarettes entre les pêcheurs qui réparent leurs filets. Au fond une grande halle semble être le nœud de toute cette agitation. J'abandonne Jac et Michel qui entreprennent leur visite plus posément que moi.

 

            Il règne une forte odeur de poisson. J'avance au milieu de la foule. Des gamins poussent des brouettes chargées de requins marteaux. Des hommes traînent sur le sol de véritables monstres. Tout le monde crie pour se faire entendre. Arrivé à l'intérieur de la halle, je suis déçu. Peu de monde et un sol jonché poissons mis en tas par espèce. Quelques marchands, carnet en main font leurs comptes. Après un tour rapide, je ressors et longe le quai. De chaque côté des dizaines de barques et bâteaux forment un plancher ondulant envahit par la foule. Je passe d'une embarcation à l'autre pour tenter de comprendre les raisons de cette agitations. Penchés autour des cales, les clients choisissent leurs poissons parmi ceux que les enfants leur tendent. Sur le quai des commissaires-priseurs vendent à la criée dans un incessant va et vient de brouettes, de charrettes et de camionnettes.

 

           Je retrouve Jac et Michel. Je suis ivre de tant d'agitation, saoulé par le bruit, les couleurs, la chaleur, l'odeur et par tout cet exotisme insolite. Amed nous attend. Nous traversons la ville et filons vers la montagne. Une dernière halte pour boire un thé. Nous quittons la plaine de la Tihama et ses vastes étendues de sable. Des montagnes rouges surgissent. La route devient tortueuse et s'enfonce dans une immense gorge verdoyante. Les lacets se multiplient. Au fond d'un vallon surgit une cascade. Le changement est si brutal que je n'ai pas le temps de demander à Amed de s'arrêter. La route grimpe de plus en plus. A 11 h nous arrivons à Manakha. La ville s'étale sur un col à 2000 m d'altitude. Tout autour des pentes vertigineuses et des terrasses cultivées.

 

           Depuis que nous avons quitté Hodeidah, le ciel n'a cessé de s'encombrer. Les nuages butent sur ces montagnes et n'arrivent pas à les franchir. Il fait plus frais et nous avons enfin le sentiment d'être dans un paysage alpin.

 

           Amed nous arrête à l'entrée de la ville devant un hôtel qu'il nous recommande. L'entrée débouche sur une sorte de salle de bar. Le patron, homme fort et souriant, nous fait visiter les chambres. Elles sont simples et très belles. Au sol de la moquette. Des matelas mousse servent de lit. Une grande fenêtre surmontée d'un magnifique vitrail avec une décoration en stucs très finement ciselé. A peine installés, nous avons des regrets. Logés côtés rue, en face d'un groupe électrogène fournissant l'électricité au quartier, le ronronnement du moteur et les odeurs de gazoil sont insupportables. Le patron accepte de nous donner une chambre coté vallée. Elle est tout aussi belle.

 

            Nous quittons Amed qui rentre seul sur Sanaa. Après quelques poignées de main et quelques salamalecs, je lui remets 1000 rials et nous nous séparons. Notre hôte nous propose de manger. Jac et Michel n'ont pas faim. Je reste dans la salle de restaurant. D'autres touristes s'installent autour de moi. On nous sert sans tarder. J'avale le traditionnel poulet au riz et regagne la chambre pour une petite sieste.

 

            Nous décidons d'aller visiter la ville et ses environs. Souriant et empressé notre aubergiste nous explique qu'il est facile de trouver un guide. Il nous indique quelques villages à voir mais nous déconseille d'aller vers les collines tenues par des militaires[1].

 

            La ville est très touristique. En quittant l'hôtel nous passons devant des boutiques d'antiquaires. C'est l'heure du qat et tout est fermé et la rue est déserte et large. Tous les matins un important marché s'y tient. Vue de là, Manakha , avec ses rues non goudronnées, poussiéreuses et jonchées d'ordures, n'a rien d'extraordinaire, mais dès qu'on prend un peu de distance, les alignements de maisons, les terrasses cultivées, la montagne avec ses falaises verticales, les multiples sommets se découpant sur le ciel et ses vallées profondes, forment un paysage fascinant. Ici, il m'est difficile d'imaginer qu'hier soir je prenais un bain dans la mer Rouge.

 

            Nous n'avons pas atteint le haut du village que deux gamins nous entourent et insistent pour nour accompagner. Ils doivent avoir 10 - 12 ans, ils débitent une floppée de phrases en anglais, en français, en allemand, en espagnol et, étonnant pour nous, en japonnais et nous chantent "frère Jacques" dans toutes ces langues[2]. Ils sont drôles et sympathiques mais nous préfèrerions nous passer de guides. Jac qui les attire, n'arrive pas à les abandonner. Malgré toutes nos mises en garde, ils nous accompagnent. Amed est le plus petit des deux, mais il est tenace et charmeur. Peu à peu, son dévouement et ses explications le rendre indispensable.

 

            En haut du village: le col. Encore quelques rangées de maisons et une succession de terrasses plongent dans d'autres vallées profondes. Sur chaque sommet un village et à perte de vue des terrasses ondulant au gré des courbes de niveau. Nous prenons un chemin en direction du sud-est. Aucune route ne semble conduire au village qui domine Manakha. Amed vient à notre secours et nous oriente vers un chemin escarpé qui semble aller nulle part. Nous passons au milieu d'une véritable forêt de cactus. Amed se dépèche de ramasser des figues de barbarie et nous les propose. Pour le remercier Michel nous photographie tous réunis sur un rocher.

 

            Nous arrivons enfin devant l'enceinte de village. Une seule porte donne accès, mais elle est fermée. Amed s'empresse de l'ouvrir. Le village semble abandonné. La plupart des maisons sont en ruines, d'autres sont très belles et construites en pierres de couleurs différentes pour reproduire les habituels motifs d'ornement des bâtisses yéménites. Déambulant entre les maisons par des rues étroites et pentues, Amed nous fait emprunter des passages que nous n'aurions osé prendre. Il nous signale une mosquée. Une croix de David manifestant la présence d'une maison ayant appartenue à un juif. Enfin il nous arrête devant une porte, nous demande si nous avons soif et appelle. Au bout d'un moment une jeune fille ouvre la porte. Devant ses explications, elle disparait nous laissant seuls. Un jeune homme arrive et nous ouvre un cabanon. C'est l'épicerie du village. Nous commandons du thé et offrons des Cokas à nos deux guides.

 

            Après ce bref repos, Amed prend de nouvelles ruelles et nous descendons par un sentier droit sur Manakha. A l'arrivée nous rencontrons un groupe de Nouvelles Frontières arrivant de l'Hadramaout[3]. Ravis de leur séjour, ils nous encouragent à visiter cette région écartée de notre programme, mais furieux après les militaires qui viennent de leur confisquer un appareil photo sans la moindre explication. Il est vrai qu'ils étaient partis en direction de l'autre sommet dominant Manakha où se trouvait une caserne. Devant cette méthode un peu rude ils se sont plaints à un responsable local du tourisme. Désolé il s'est engagé à tenter d'intervenir auprès des militaires.

 

            Nous quittons nos deux "petits" guides en leur donnant 150 rials chacun. Le plus grand accepte, mais Amed refuse notre argent. Il se sent offensé de recevoir si peu et il nous le manifeste vivement. Nous sommes un peu décontenancés. Le visage d'Amed jusqu'ici souriant, s'est assombri. Jac tente de négocier sans y parvenir. Il nous demande 500 rials. La somme nous paraît exagérée de la part d'un enfant. Nous nous quittons fâchés et déçus.

 

            La grande rue de Manakha a retrouvé son animation. Les boutiques sont ouvertes, les artisans en pleine activité. Un jeune boulanger ressemble à un grand poupon. Il fait voler la pâte avec une grande aisance avant de l'étaler sur une sorte de coufin conique puis la plaque sur la paroie de son four. Nous avions vu plusieurs boutiques vendre ces sortes d'autoclaves ou de lessiveuses d'autrefois. Il s'agit de fours à galette de pain chauffés au gaz. Un peu plus loin, nous photographions un meunier couvert de farine de la tête aux pieds.

 

            De retour à l'hôtel nous étudions la possibilité d'aller dans l'Hadramaout. Cette visite occuperait totalement le reste de notre séjour, mais suppose quatre jours de voiture pour deux jours de visite, donc d'importants frais de location de 4x4 et surtout le paiement de la "taxe bédouine" soit 300 $. En restant sur notre projet initial les dépenses seraient réduites au minimum et pourrions terminer notre séjour calmement. C'est sur ce choix que nous concluons notre discussion.

 

            A la tombée de la nuit nous descendons prendre notre repas. Nous nous installons en face de deux jeunes français rondouillards et joviaux. Journalistes de "Géo" au Yémen pour trois mois. Ils réalisent un reportage sur Sanaa. C'est leur première journée de détente depuis trois semaines passées  dans la capitale. Ils sont ravis de l'accueil qui leur a été fait.

 

            Le repas terminé le patron nous invite à descendre dans une salle du sous-sol pour une soirée musicale. Le sol est recouvert de tapis. Le milieu totalement dégagé, des coussins sont disposés tout autour pour reproduire une ambiance de mafraj[4].  Deux musiciens avec leurs instruments attendent les spectateurs. Déçu par la soirée de Khokha et un peu fatigué, je ne fais qu'une apparition et monte me coucher.

 

            Jac et Michel rentrent satisfaits de cette soirée et de la bonne musique entendue.


[1] Les activités de l'armée sont considérées comme secret d'état. Nous avons déjà vu qu'il est interdit de filmer ou photographier les édifices militaires. A Manakha l'attitude de l'armée est encore plus rigide. La présence d'une communauté musulmane minoritaire : les ismaélites, rend plus sensible encore sa présence. Les ismaélites ne sont que 50 000 au Yémen et le village de Al-Hutayb proche de Manakha en est la "Mecque". Il arrive subissent la violence des extrémistes islamistes.

 

[2] Des Jésuites ont tenu une école dans le secteur. Il en reste cette chanson que tous les enfants de Manakha savent.

 

[3] L'Hadramaout est la partie est du Yémen. Une zone en partie désertique.

 

[4] Le mafraj est une pièce essentielle dans l'habitat yéménite. Il occupe généralement la totalité du dernier étage des immeubles. C'est la maison où le chef de famille reçoit ses visiteurs, notamment pour les parties de qat. De vastes baies vitrées permettent d'avoir les meilleurs panorama.

 

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