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Au pays de la Reine de Saba 1997

Randonnée autour de Manakha

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Manakha, le 5 octobre.

 

            A 5 h 30 le ronronnement du groupe électrogène s'arrête brusquement. Je m'aperçois qu'il n'y a plus d'électricité. C'est sans doute lui qui alimente le quartier[1]. La nuit a été bonne. Nous profitons de ce grand silence pour flemmardé. A 7 h nous nous levons. La salle de restaurant est vide. La cuisine est fermée. Patrons et employés doivent encore dormir. Nous décidons d'aller faire un tour au marché[2].

 

            La grande rue est envahie de voitures et de camionnettes. Les marchands commencent à se mettre en place. Ce sont essentiellement des agriculteurs venus vendre leurs produits et des commerçants de Sanaa venus s'approvisionner[3].

 

            Après un petit tour nous rentrons à l'hôtel. Le déjeuner est prêt et à 8 h 30, nous sommes rassasiés et parés pour partir randonner. Nous partons pour Al-Hajjara, un village perché que nous apercevons depuis hier. Nous traversons une nouvelle fois le marché. Sur la piste qui nous conduit à Al-Hajjara, nous croisons de nombreuses camionnettes de paysans se rendant ou revenant du marché. La piste suit les sinusoïdes des courbes de niveau. Il fait très beau et à perte de vue nous découvrons des villages agrippés aux sommets de montagnes et des cultures en terrasse accrochées aux pentes escarpées. Nos montagnes françaises ne nous permettent pas d'imaginer autant de vie et d'activité dans un site aussi tourmenté. Dans un virage, sur des rochers, je découvre une sorte de lézard bleu que je m'empresse de filmer.

 

            Après une heure de marche, nous arrivons à Al-Hajjara. Ses maisons, défiant le vide, ont été construites tout au bord d'une falaise verticale tandis qu'à l'opposé de larges terrasses ont été réservée à l'agriculture. Nous sommes immédiatement accueillis par des enfants qui nous proposent des timbres de collections et des cartes postales. L'heure n'est pas aux achats, nous sommes venus pour randonner et nous le leur faisons savoir. Qu'à cela ne tienne, ils nous conduisent au premier hôtel où on nous propose un guide pour 1500 rials (75 F), cela nous parait cher, mais après discussion le prix tombe à 500 rials. Nous acceptons et un homme jeune et mince nous est présenté. Il ne connaît que quelques mots d'anglais mais l'affaire se fait.

 

            Notre guide est petit, mince, avec une peau très foncé et des cheveux noirs au point d'en être luisant. Il porte sur sa djellàba blanche une veste noire. Sa réserve des premiers instants disparaît vite. Il marche d'un bon pas et n'hésite à nous abandonner pour sauter d'une terrasse à l'autre et aller nous cueillir un fruit, un légume ou une fleur. Sans trop perdre ou gagner de dénivelée nous passons d'une vallée à l'autre et découvrons une foule de villages et d'espaces agricoles. La région connut une grande richesse avec le café. Les caféiers sont encore là, mais ils ont en grande partie été remplacé par le qat. Avec une température presque constante et sans excès, un soleil toujours présent et des nuages s'écrasant quotidiennement sur ce premier contrefort de la péninsule arabique, il est possible de cultiver en toutes saisons et de réaliser plusieurs récoltes par an. Notre seule interrogation est de savoir comment ses villages et ses champs perchés aux sommets des montagnes peuvent s'approvisionner en eau. Hors nous découvrons disséminé partout de nombreux réserves d'eau pour l'irrigation des champs. Comment sont-ils alimentés? S'agit d'eau de pluie ou d'eau remontée du fond de la vallée, cela reste pour nous un mystère!

 

            Plus le temps passe, plus notre guide presse le pas. Il ne semble pas le moins du monde épuisé. Tout au contraire, il chante à tue-tête. Interpelle toutes les personnes que nous rencontrons alors que nous commençons à tirer la langue, à avoir soif et faim. Il est 13 h 30 lorsque nous approchons Al-Hajjara. Notre guide interpelle une femme voilée arrivant en face de nous et nous la présente comme étant sa femme. Nous le règlons, le remercions de son aide et rejoignons l'hôtel d'Al-Hajjara pour prendre notre repas dans la cour.

 

            Nous sommes les seuls clients. Quelques employés sont là,. Ils s'empressent d'exprimer leurs connaissances en anglais et en français. Tous semblent très jeunes. L'un d'eux nous parle avec mélancolie de son attachement à la France et de son souhait de venir y travailler. Nous tentons gentiment de l'en dissuader mais nos arguments ont peu de poids en rapport du rève que cela représente pour lui.

 

            Rapidement notre table se couvre de plats et notre appétit compense la monotonie du choix. Nous terminons en commandant un thé. Un groupe de touristes arrive et nous sommes invités à nous joindre à eux pour participer à une partie de qat. On nous fait nous déchausser pour rentrer dans le mafraj. La pièce est vaste, rectangulaire et éclairée par de grandes baies vitrées. Comme la veille au soir, le sol est moquetté. Nous nous asseyons sur les épais coussins qui entourent la pièce. Sur les murs de nombreux instruments de musique sont pendus.

 

            Pendant que nous nous installons, les yéménites sont allés chercher leurs bouquets de qat. L'un d'eux a décroché un luth. Assis dans un coin, comme entre copains, il laisse s'échapper de son instruments une douce mélodie. Les autres défont leur bouquet et entreprennent d'en extraire les jeunes pousses qu'ils entassent devant eux. A cet instant nous sommes bien loin de la vie trépidante de notre société industriel. J'ai tout au contraire le sentiment d'être dans un de ces palais des "milles et une nuits" de "l'Arabie Heureuse". Deux d'entre eux se sont levés et entreprennent de danser et lorsqu'ils font virevolter leur djambya au dessus de leur tête, il est bien difficile d'imaginer qu'il s'agit d'un peuple de guerrier.

 

            En rentrant, nous nous arrêtons un instant dans les boutiques d'antiquité proche de l'hôtel. Là, nous découvrons djambyas, habits divers, pièces de monnaie et meubles anciens.

 

            Dans notre chambre, pendant que nous prenons un peu de repos, la porte s'entr'ouvre et se referme sans que nous puissions savoir qui était derrière. Michel pense à une tentative de vol. Quelques instants plus tard, nouvelle tentative. Cette fois une fille entre. La fille, une employée de l'hôtel, réquisitionne toutes les pièces vides pour préparer un grand repas. Ce soir l'hôtel doit faire manger 120 personnes. Ils arriveront en car de Sanaa et repartiront immédiatement après. A notre grand étonnement, la fille nous donne toutes les détails des préparatifs et nous invite à la suivre. Plusieurs chambres ont déjà été aménagées et dans les combles une dizaine de personnes travaillent, avec les moyens du bord, pour préparer le repas.

 

            A la tombée de la nuit, je pars faire un tour en ville avec Jac pour acheter de quoi manger ce soir. En rentrant, nous demandons à l'aubergiste de nous retenir un taxi pour Sanaa et, comme nous partirons à la première heure, nous lui règlons le prix du séjour.


 

[1] La nuit suivant le groupe s'arrêtera à peu près à la même heure pour redémarrer trois heures plus tard, lorsqu'il aura été approvisionné en gasoil.

 

[2] Le dimanche est le jour du marché de Manakha

 

[3] Nous sommes à 90 km de la capitale.

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