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Manakha, le 5
octobre.
A 5 h
30 le ronronnement du groupe électrogène s'arrête brusquement.
Je m'aperçois qu'il n'y a plus d'électricité. C'est sans doute
lui qui alimente le quartier.
La nuit a été bonne. Nous profitons de ce grand silence pour
flemmardé. A 7 h nous nous levons. La salle de restaurant est
vide. La cuisine est fermée. Patrons et employés doivent
encore dormir. Nous décidons d'aller faire un tour au marché.
La
grande rue est envahie de voitures et de camionnettes. Les
marchands commencent à se mettre en place. Ce sont
essentiellement des agriculteurs venus vendre leurs produits
et des commerçants de Sanaa venus s'approvisionner.
Après
un petit tour nous rentrons à l'hôtel. Le déjeuner est prêt et
à 8 h 30, nous sommes rassasiés et parés pour partir
randonner. Nous partons pour Al-Hajjara, un village perché que
nous apercevons depuis hier. Nous traversons une nouvelle fois
le marché. Sur la piste qui nous conduit à Al-Hajjara, nous
croisons de nombreuses camionnettes de paysans se rendant ou
revenant du marché. La piste suit les sinusoïdes des courbes
de niveau. Il fait très beau et à perte de vue nous découvrons
des villages agrippés aux sommets de montagnes et des cultures
en terrasse accrochées aux pentes escarpées. Nos montagnes
françaises ne nous permettent pas d'imaginer autant de vie et
d'activité dans un site aussi tourmenté. Dans un virage, sur
des rochers, je découvre une sorte de lézard bleu que je
m'empresse de filmer.
Après
une heure de marche, nous arrivons à Al-Hajjara. Ses maisons,
défiant le vide, ont été construites tout au bord d'une
falaise verticale tandis qu'à l'opposé de larges terrasses ont
été réservée à l'agriculture. Nous sommes immédiatement
accueillis par des enfants qui nous proposent des timbres de
collections et des cartes postales. L'heure n'est pas aux
achats, nous sommes venus pour randonner et nous le leur
faisons savoir. Qu'à cela ne tienne, ils nous conduisent au
premier hôtel où on nous propose un guide pour 1500 rials (75
F), cela nous parait cher, mais après discussion le prix tombe
à 500 rials. Nous acceptons et un homme jeune et mince nous
est présenté. Il ne connaît que quelques mots d'anglais mais
l'affaire se fait.
Notre
guide est petit, mince, avec une peau très foncé et des
cheveux noirs au point d'en être luisant. Il porte sur sa
djellàba blanche une veste noire. Sa réserve des premiers
instants disparaît vite. Il marche d'un bon pas et n'hésite à
nous abandonner pour sauter d'une terrasse à l'autre et aller
nous cueillir un fruit, un légume ou une fleur. Sans trop
perdre ou gagner de dénivelée nous passons d'une vallée à
l'autre et découvrons une foule de villages et d'espaces
agricoles. La région connut une grande richesse avec le café.
Les caféiers sont encore là, mais ils ont en grande partie été
remplacé par le qat. Avec une température presque constante et
sans excès, un soleil toujours présent et des nuages
s'écrasant quotidiennement sur ce premier contrefort de la
péninsule arabique, il est possible de cultiver en toutes
saisons et de réaliser plusieurs récoltes par an. Notre seule
interrogation est de savoir comment ses villages et ses champs
perchés aux sommets des montagnes peuvent s'approvisionner en
eau. Hors nous découvrons disséminé partout de nombreux
réserves d'eau pour l'irrigation des champs. Comment sont-ils
alimentés? S'agit d'eau de pluie ou d'eau remontée du fond de
la vallée, cela reste pour nous un mystère!
Plus
le temps passe, plus notre guide presse le pas. Il ne semble
pas le moins du monde épuisé. Tout au contraire, il chante à
tue-tête. Interpelle toutes les personnes que nous rencontrons
alors que nous commençons à tirer la langue, à avoir soif et
faim. Il est 13 h 30 lorsque nous approchons Al-Hajjara. Notre
guide interpelle une femme voilée arrivant en face de nous et
nous la présente comme étant sa femme. Nous le règlons, le
remercions de son aide et rejoignons l'hôtel d'Al-Hajjara pour
prendre notre repas dans la cour.
Nous
sommes les seuls clients. Quelques employés sont là,. Ils
s'empressent d'exprimer leurs connaissances en anglais et en
français. Tous semblent très jeunes. L'un d'eux nous parle
avec mélancolie de son attachement à la France et de son
souhait de venir y travailler. Nous tentons gentiment de l'en
dissuader mais nos arguments ont peu de poids en rapport du
rève que cela représente pour lui.
Rapidement notre table se couvre de plats et notre appétit
compense la monotonie du choix. Nous terminons en commandant
un thé. Un groupe de touristes arrive et nous sommes invités à
nous joindre à eux pour participer à une partie de qat. On
nous fait nous déchausser pour rentrer dans le mafraj. La
pièce est vaste, rectangulaire et éclairée par de grandes
baies vitrées. Comme la veille au soir, le sol est moquetté.
Nous nous asseyons sur les épais coussins qui entourent la
pièce. Sur les murs de nombreux instruments de musique sont
pendus.
Pendant que nous nous installons, les yéménites sont allés
chercher leurs bouquets de qat. L'un d'eux a décroché un luth.
Assis dans un coin, comme entre copains, il laisse s'échapper
de son instruments une douce mélodie. Les autres défont leur
bouquet et entreprennent d'en extraire les jeunes pousses
qu'ils entassent devant eux. A cet instant nous sommes bien
loin de la vie trépidante de notre société industriel. J'ai
tout au contraire le sentiment d'être dans un de ces palais
des "milles et une nuits" de "l'Arabie Heureuse". Deux d'entre
eux se sont levés et entreprennent de danser et lorsqu'ils
font virevolter leur djambya au dessus de leur tête, il est
bien difficile d'imaginer qu'il s'agit d'un peuple de
guerrier.
En
rentrant, nous nous arrêtons un instant dans les boutiques
d'antiquité proche de l'hôtel. Là, nous découvrons djambyas,
habits divers, pièces de monnaie et meubles anciens.
Dans
notre chambre, pendant que nous prenons un peu de repos, la
porte s'entr'ouvre et se referme sans que nous puissions
savoir qui était derrière. Michel pense à une tentative de
vol. Quelques instants plus tard, nouvelle tentative. Cette
fois une fille entre. La fille, une employée de l'hôtel,
réquisitionne toutes les pièces vides pour préparer un grand
repas. Ce soir l'hôtel doit faire manger 120 personnes. Ils
arriveront en car de Sanaa et repartiront immédiatement après.
A notre grand étonnement, la fille nous donne toutes les
détails des préparatifs et nous invite à la suivre. Plusieurs
chambres ont déjà été aménagées et dans les combles une
dizaine de personnes travaillent, avec les moyens du bord,
pour préparer le repas.
A la
tombée de la nuit, je pars faire un tour en ville avec Jac
pour acheter de quoi manger ce soir. En rentrant, nous
demandons à l'aubergiste de nous retenir un taxi pour Sanaa
et, comme nous partirons à la première heure, nous lui règlons
le prix du séjour.
La nuit suivant le groupe s'arrêtera à peu près à la même
heure pour redémarrer trois heures plus tard, lorsqu'il
aura été approvisionné en gasoil.
Le dimanche est le jour du marché de Manakha
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